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«Je ne veux plus entendre parler d’Initiative Riz du Premier Ministre», a récemment tranché le président de la République, en vue de mettre un terme, à une ambiance cacophonique qui risquait d’avoir raison de l’efficacité gouvernementale. ATT, encore moins le Ministre de l’Agriculture, n’est pas le seul irrité par l’attitude chevaleresque du Premier Ministre Modibo Sidibé.

Si l’on ne peut encore présager de la suite des divergences qui l’opposent au ministre de l’Équipement et des Transports, Ahmed Diane Séméga aussi, nul n’ignore désormais le contentieux qui le lie à l’initiateur du PDES, Ahmed Sow, désormais allié inconditionnel de Ahmed Diane Séméga. Si tant il est que «l’ennemi de mon ennemi est mon ami».

Nombre d’autres ministres du Gouvernement n’ont, par ailleurs, nullement apprécié d’être traités comme des écoliers par ce chef du Gouvernement, au motif d’un apprentissage de la meilleure manière de défendre les dossiers du Mali face aux bailleurs de fonds. Pour ainsi dire, au grand détriment des solutions aux vrais problèmes de l’heure, le torchon brule entre M. Sidibé et ses plus proches collaborateurs.

Modibo Sidibé est l’un des Premiers Ministres et chefs de Gouvernement à la légitimité indirectement conférée, tel que le régime ATT en a jusqu’ici habitué les Maliens : au détour d’un défaut de majorité parlementaire claire en 2002, profitant pour 2007 d’une acclimatation progressive des consciences à la pratique tout au long d’un premier quinquennat passé sous le vocable du consensus.

Mais en dépit cette fois d’une majorité manifestement attribuable à l’ADP – au regard des résultats électoraux sans bavures de cette composante politique de la mouvance présidentielle aux dernières législatives -, le président de la République réélu, pour la concrétisation de ses promesses électorales, a plutôt jeté son dévolu sur l’ancien Secrétaire général de la présidence.

À l’instar donc de ses prédécesseurs, M. Sidibé, pour toute légitimité, jouit de la confiance du chef de l’État qui, lui, est investi des suffrages populaires, même s’il en use et abuse sans égard pour les équilibres politiques, pour la composition de ses gouvernements notamment.

Qu’à cela ne tienne. Ce qui distingue, par ailleurs, l’actuel Premier Ministre de ses devanciers, c’est sans doute la dimension épique de ses ambitions régaliennes. Modibo Sidibé a en effet pris les rênes du gouvernement avec l’intention à peine voilée de s’en servir comme marchepied pour accéder au plus haut sommet de l’État.

S’il s’y prenait au départ avec plus ou moins de pudeur, il le manifeste avec beaucoup moins de retenue, depuis que le chef de l’État, son employeur, lui a ouvert un boulevard en levant toute équivoque sur ses intentions de ne chercher aucunement un troisième mandat.

Calculs d’épicier et méticulosité dans l’affectation du moindre strapontin, infiltration des formations politiques les plus significatives aux fins d’influence sur leurs instances de décision respectives, attributions de faveurs en fonction des tendances, positions et préférences politiques, etc.

Telles sont les pratiques par lesquelles le troisième Premier Ministre d’ATT III, avec moins la finesse d’un stratège politique que l’habileté du policier, est en train de s’illustrer sur une scène politique, faisant des pieds et des mains pour combler tant d’années de retard causé par l’effacement.

Dans un Mali où la légitimité cathodique et la position dominante peuvent suppléer et compenser la carence d’assises électives, cela réussi tant bien que mal au chef du Gouvernement, dont l’image est de plus en plus indissociable de tout ce qui bouge : qu’il s’agisse de ses influences invisibles mais trop perceptibles sur le renouvellement des structures du PASJ, de sa présence médiatique excessive ou de sa tendance à s’attribuer la paternité exclusive de toute action du Gouvernement.

Au fait, Modibo Sidibé n’est pas politiquement profane au point d’ignorer que les ambitions du genre qu’il nourrit tiennent avant tout aux résultats et performances de l’équipe qu’il dirige. Mais de là à empiéter maladroitement sur le domaine de ses coéquipiers où à ravaler ces derniers au rang d’écoliers,

il y a plusieurs lieues que le chef du Gouvernement n’a pas hésité à enjamber pour les besoins de la cause. maliweb.net. Comment expliquer autrement cette maladresse de vouloir transgresser l’ordre administratif habituel par l’élaboration d’une ‘Initiative Riz du Premier Ministre’ en lieu et place du département ministériel auquel le secteur revient de droit par décret d’attribution des services ?

La chose est apparue si grotesque et si triviale que le chef de l’État a dû intervenir en personne pour anticiper sur les dysfonctionnements inhérents au genre de vaudeville.

«Je ne veux plus entendre parler d’Initiative Riz du Premier Ministre», a sèchement tranché le président de la République, selon nos confidences, en vue de mettre un terme, une bonne fois pour toutes, à une ambiance cacophonique qui risquait d’avoir raison de l’efficacité gouvernementale.

Ce n’est pourtant pas la seule cause de divergence entre le Premier Ministre et ses collaborateurs. D’aucuns sont par exemple tombés des nues, il y a quelques jours, lorsqu’il leur proposait d’écourter un Conseil des Ministres pour des exercices de simulation en plaidoyer.

En effet, au motif de mieux défendre les dossiers du Mali face aux bailleurs de fonds, le chef du Gouvernement a ainsi mis sous colonne-couvée des hauts cadres Maliens et mis à l’épreuve leurs aptitudes à affronter moins expérimentés qu’eux sur les réalités de leur propre pays.

Mais, si le Gouvernement échouait dans quelque domaine que ce soit, c’est visiblement moins par l’incompétence d’un quelconque maillon ministériel que par un manque de cohésion entretenue par le capitaine de l’équipe en personne.

Et pour cause. Depuis un certain temps, par exemple, Modibo Sidibé applique un traitement sélectif à ses ministres selon qu’ils lui concèdent une soumission extra-administrative ou qu’ils soient sans partage par rapport à leur autonomie politique.

Le ministre de l’Agriculture, Tiémoko Sangaré, fait par exemple partie de ceux-là qui ne se trouvent plus en odeur de sainteté avec le N°1 du Gouvernement et qui le lui paient au prix d’une forte amputation de ses prérogatives.

On ne sait pas ce qu’il en est de ses malentendus avec le ministre Ahmed Sow – lequel n’est visiblement fautif que d’avoir conçu le PDES -, mais la brouille entretenue avec M. Sangaré, Secrétaire général adjoint du CE-Adéma, est à l’origine d’un handicap de plus en plus inquiétant au niveau des services de l’Agriculture.

Aussi le fonctionnement dudit département en fera-t-il les frais aussi longtemps que le tout-puissant Premier Ministre aura choisi de maintenir les griffes serrées sur le processus de renouvellement de ses ressources humaines, au moyen de blocages d’une rare fermeté sur les décisions et intentions de nominations de son ministre.

Difficile pour l’heure de fournir des indications plus détaillées sur la nature d’une autre divergence qui l’oppose au ministre de l’Équipement et des Transports. Mais, selon des bonnes sources, le malentendu avec Ahmed Diané Séméga prend des proportions de plus en plus en sérieuses

En tout état de cause, les disputes d’influence et de compétences sur fond de plans ambitieux et de fabrication de destin sont en passe de prendre une considérable ascendance sur les réelles vocations et missions d’un gouvernement qui ne manque surtout pas d’arène où relever des défis : pauvreté accentué par la cherté de la vie et la hausse irrésistible du prix des carbures, crise scolaire à rebondissements multiples, problème de sécurité au Nord-Mali, etc.

A. Keïta

Source Aurore

27 Juin 2008