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Les réactions du président du RPM sont la preuve qu’il n’a d’autre ambition politique aujourd’hui que de tout mettre en oeuvre pour escalader Koulouba. IBK croit-il fermement qu’il à la possibilité d’atteindre cet objectif à l’occasion des élections présidentielles de 2007? Rien n’est moins sûr, étant donné la situation qui prévaut un peu partout au sein de la classe politique depuis la période du consensus politique. Cependant, comme il l’a si bien dit, sa candidature à ces élections est à la fois un devoir et une mission. Un devoir vis-à-vis des militants du parti et du peuple malien et une mission du parti qu’il préside et qui a voulu que les choses se passent ainsi.

En effet, au RPM, on pense sans doute que IBK est indispensable, étant donné le rôle qu’il joue au sein du parti, mais aussi son aura dans l’arène politique. Mais, quoi qu’on dise, le RPM ainsi que son président ne sont pas dans une position confortable, malgré qu’ils fournissent de gros efforts pour amener les gens à admettre cela.

UNE PROMESSE TENUE

Au sein de l’opinion publique nationale, même certains observateurs avertis de la scène politique nationale qui avaient beaucoup de sympathie pour IBK et son parti, ont été quelque peu heurtés dans leur conviction, voire leur amour propre, en raison de la teneur de certaines déclarations faites lors du 2ème congrès ordinaire du parti. Dans son discours à la clôture du congrès, le président du RPM s’est acquitté d’un devoir, d’une promesse, celle faite lors de l’interview qu’il a accordée à un confrère français au sujet de “ATTcratie-la promotion d’un homme et de son clan”. A ce sujet, IBK disait en substance que le moment n’était pas venu de faire des critiques et de dénoncer les tares de la gestion du pouvoir par ATT. Mais qu’il aura l’occasion de le faire. Ainsi, peut-on dire: chose promise, chose due.

IBK vient donc de s’acquitter d’un devoir, de se conformer à une promesse qui doit conduire à des déballages, à travers des déclarations qui devront logiquement affecter l’aura politique d’ATT, entacher son image; le tout devant conduire à renverser la tendance actuelle vers l’alternance politique en 2007. Ainsi, peut-on affirmer que le ton vient d’être donné par IBK à la clôture des travaux du deuxième congrès ordinaire du RPM. Cette tendance devra se poursuivre pendant les campagnes électorales et jusqu’aux élections qui offrent enfin l’opportunité de départager les différents candidats en lice. C’est pourquoi nous annoncions que c’est la reprise des offensives contre le pouvoir ATT.

QU’EST-CE QUE LE RPM PEUT-IL PROPOSER DE CREDIBLE?

C’est d’ailleurs pourquoi nul n’a été surpris qu’il ait été investi par le parti. A présent, son investiture est confirmée. C’était lors du 2ème congrès ordinaire du parti, tenu dimanche dernier. Que le RPM décide de présenter un candidat aux élections présidentielles de 2007, à la différence de plusieurs autres partis d’envergure, n’est pas, en soi, une mauvaise chose, bien au contraire, cela ne pourra qu’honorer notre processus démocratique. Il s’agit d’une option politique dont le choix est tout aussi libre et démocratique. Mais, ce que l’on ne comprend pas au sein de l’opinion publique nationale, c’est le fait que le RPM, tout en maintenant ses cadres dans le gouvernement, tire dans tous les sens sur le pouvoir que ses responsables jugent paradoxalement inefficace, voire disqualifié.

En prenant les choses sous un tel angle, le RPM lui même est d’emblée disqualifié pour présider aux destinées du Mali, notre chère patrie qui représente le bien commun. Pourquoi cette affirmation?

DE LA POLITIQUE POLITICIENNE

Le RPM est constitué généralement de cadres qui ont eu l’opportunité de gérer le pays pendant plusieurs années, sans pourtant parvenir à changer fondamentalement la situation, renverser la tendance, notamment dans le cadre du soulagement de la pauvreté des couches sociales les plus profondes du pays. On se rappelle, en effet que l’ancien président de la République Alpha Oumar Konaré; à l’issue de son premier mandat, avait placé le second sous le signe du social.

Entendez par là qu’il s’était fixé comme objectif de focaliser ses efforts sur les questions sociales. On ne peut dire qu’il n’y a pas eu de progrès dans le domaine socio-économique; mais ils n’ont pas été de nature à soulager de façon significative les souffrances des populations. Le pouvoir Adéma n’est pas le seul dans le cas. Ceux qui l’ont précédé ont été dans la même situation et chaque fois que la situation atteint son paroxysme, il y a des remous.

DIVERGENCES D’INTERETS ET QUERELLES DE PLACES

Pour rappel, à la veille des élections générales de 2002, IBK avait déjà quitté l’Adéma. Les autres cadres de ce parti qui l’ont rejoint ont fait d es déclarations, selon lesquelles, la manière dont le parti était géré ne correspondait plus à leur vision. Là déjà, la rupture était consommée sur la manière de faire, de gérer le parti, voire les affaires publiques entre ceux qui ont quitté l’Adéma pour créer le RPM et CE de l’Adéma.

En réalité, cet état de fait s’expliquait ni plus ni moins que par les divergences d’intérêts, les querelles pour les places dans le CE de l’Adéma. Il se pose à nouveau la problématique de la morale en politique au Mali, en cette veille d’élections générales de 2007. Dans tous les cas, on sait que celui qui a été premier ministre pendant six ans sous un régime, logiquement ne peut se permettre de le critiquer, au risque de remettre en cause ses propres efforts et initiatives.

JUGE ET PARTIE?

Partant de cette hypothèse, on comprend tout de suite les allusions faites par le président du RPM aux expériences et efforts positifs qu’ils auront engrangés avec le président Alpha Oumar Konaré pour faire bouger les choses. Avouons-le, il est difficile d’être à la fois juge et partie. Mais, ce qui est sans ambiguïté, c’est qu’hier, comme aujourd’hui, les efforts dans le cadre de la prise en compte des préoccupations socioéconomiques demeurent toujours en deçà des attentes d’une population où c’est la majorité écrasante de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté. Cela est une réalité de plusieurs pays à travers le monde qui ont du mal à décoller effectivement. Economiquement.

DES CONTRAINTES DE LA GOUVERNANCE

Malgré tout ce qui a pu être dit de mauvais, à des moments différents, au compte de l’ancien président Alpha, force est de constater que sa gestion du pouvoir aura permis de faire avancer le pays dans le cadre de la recherche de solutions aux questions épineuses, voire dans la réalisation de nombreux programmes et projets ayant constitué des jalons sûrs du développement socioéconomique harmonieux et durable. Cela témoigne de son attachement profond au bien être des populations. La volonté politique était là, réelle, peut être qu’elle s’était heurtée à des contraintes diverses dont celles liées aux partenaires au développement du Mali. A cela s’étaient ajoutées d’autres d’ordre économique ou dues aux réalités de l’environnement international.

En occultant sans doute ces aspects, le président du RPM, curieusement dans son discours, fait croire qu’ils ont une alternative plus crédible à la gestion actuelle des affaires publiques. La question que l’on se pose, c’est de savoir d’où ils sortiront cette thérapie miracle contre les maux qui rongent aujourd’hui notre société. On a tout l’impression que nous sommes en ce moment à l’heure de la politique politicienne.

Moussa SOW

31 janvier 2007.