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Excepté les Lions indomptables du Cameroun, aucun pays n’avait jusque-là réussi à plumer les Eperviers chez eux
On les savait moins costauds pour conserver un score. On les savait aussi fébriles dans la gestion d’une partie. Maintenant, on les sait irréductibles lorsque tout semble perdu.

En réalisant une éclatante victoire, vendredi dernier au stade de Kegué face aux Éperviers, (0-2), les Aigles ont prouvé qu’ils sont parmi les meilleures sélections du continent.

Pourtant, les choses ont tardé à se dessiner pour Jean-François Jodar et ses hommes lors de cette ultime journée des éliminatoires. Les Aigles ont d’abord tâtonné, douté jusqu’à bafouer leur football dans la première demi-heure de jeu.

Trop de pertes de balles dans l’animation offensive par Seydoublen et Momo et beaucoup de failles et de déchets dans le dispositif défensif, surtout sur le couloir gauche où Adama Tamboura manquait franchement d’allant et éprouvait de réelles difficultés à contenir les assauts répétés de Maman Abdoul Garou et Senaya Yao Junior.

Il a fallu toute la solidarité défensive de Cédric Kanté, Adama Coulibaly, du keeper Maha et du capitaine Djila pour réduire à néant les velléités de Emmanuel Adébayor et ses compères de la ligne d’attaque. L’équipe malienne a plié plusieurs fois sans rompre.

La reprise fulgurante de Dramane Traoré (18′) permettait au gardien Tchanguirou O. Nimini de sortir de sa torpeur pour saisir son premier ballon dangereux. Les Aigles commencent peu à peu à sortir leur tête de l’eau et à porter la réplique aux Éperviers, mais la bataille du milieu de terrain reste toujours tributaire du manque de cohésion des Maliens qui se marchent sur le pied et permettent à leurs adversaires de placer des contres.

Maman Abdoul Gafarou profite de l’espace laissé béant par Adama Tamboura pour s’infiltrer et offrir une passe lumineuse à Adébayor dans les 16 mètres, mais la star togolaise tire au dessus de la cage de Maha (29′). Dans la minute suivante, le même Adébayor rate un lob de l’intraitable Maman Abdou dans le dos de la défense malienne.

Le ton est donné, le public du stade de Kegué exulte et tente de pousser de la voix et des gestes la sélection locale. Le jeu se durcit mais l’équipe malienne répond du tac au tac au combat physique proposé par les Éperviers. Bassala Touré, le recordman en sélection comprend les inquiétudes de l’équipe togolaise et tente de la déstabiliser par des raids solitaires.

aidgles1.jpgLa première tentative de Bassala est moins fructueuse : il réussit le plus difficile en chipant le ballon à Atte Oudeyi, se présente seul devant le portier avant de tirer à côté (37′). La minute suivante, Dramane Traoré chipe à son tour le ballon à son vis-à-vis, place pour Bassala qui s’envole sur le flanc droit et offre un caviar à Frédéric Kanouté dont le tir est imparable pour Tchanguirou O. Nimini (38′, 0-1).

Au retour des vestiaires, les Éperviers tentent de revenir très vite dans le jeu et au score. Mais les Aigles ne comptent pas lâcher prise. Les milieux de terrain Djila, Momo et Seydoublen se battent comme de beau diable et sortent souverains de tous les duels. L’entraîneur du Togo, Stephen Keshi verse dans le bain tous ses remplaçants après six minutes de jeu.

Olifadé Adekami cède sa place à Coubadja Kader Touré qui file à droite, l’avant centre Maman Souleymane complètement absorbé par Police sort pour Dossevi Jonas à la pointe de l’attaque alors que Kanouté retrouve un nouveau garde du corps Moumini A Djabarou qui remplace Nibombé Daré. Les Togolais haussent le ton et veulent coûte que coûte rétablir la parité.

Unie comme les doigts d’une main, l’équipe malienne joue à la conservation. Les Aigles alternent passes courtes et passes longues et forcent l’admiration du public local par la qualité de leur jeu. Les locaux sont absorbés et finalement débordés par cette bonne maîtrise technique et tactique des visiteurs. Adébayor reste cependant une menace constante pour les nôtres, par deux fois (71′ et 75′ ) il échappe à la vigilance de la défense malienne et se présente face à Maha, mais perd le duel.

Jodar apporte du sang neuf à son attaque, Mamadi Sidibé entré à la place de Dramane Traoré et Mamadou Diallo qui remplace Bassala répondent avec satisfaction aux attentes du coach. Les deux nouveaux rentrants multiplient les chevauchées et sonnent l’alerte plusieurs fois. Mais Keshi reste sourd à l’injonction de l’attaque malienne. Et finalement dans les arrêts de jeu, Mamadi Sidibé fait ravage sur le flanc droit et sert Mamadou Diallo qui glisse le cuir sous Tchanguirou (90+2, 0-2).

L’équipe malienne venait ainsi de réaliser un double défi : arraché sa qualification pour Ghana 2008 et humilié le onze togolais dans son antre de Kegué. Depuis l’inauguration de ce stade en 2001, seuls les Lions indomptables du Cameroun avaient jusque-là réussi à battre les Togolais (1-2) dans leur chaudron. Les Aigles s’y étaient essayés sans succès en 2005, mais cette fois ils ont brisé le mythe de la plus belle manière.

Envoyés spéciaux

M. N. TRAORE

Aliou Sissoko.


Vendredi 12 octobre au stade de Kegué

Togo-Mali : 0-2

Buts de Frédéric Oumar Kanouté (38′) et Mamadou Diallo (90’+2)

Arbitrage moyen du trio seychellois Eddy Maillet, Damoo Jason et Omath David

Commissaire : Hima Souley du Niger

Togo : Tchanguirou O. Nimini, Emmanuel Adébayor (cap), Nibombé Daré (Moumouni A Djabarou), Komi Tchangai, Maman Abdoul Gafarou, Salifou Moustapha, Mohama Atte Oudeyi, Soulemane Maman (Dossevi Jonas), Adekami Olufadé (Abdel Kader Coubadja ), Alaxis Romao, Senaya Yao Junior. Entraîneur : Stephen Keshi.

Mali : Mahamadou Sidibé, Adama Tamboura, Adama Coulibaly, Souleymane Diamouténé, Mahamadou Diarra (cap), Seydou Keïta, Bassala Touré (Mamadou Diallo), Frédéric Oumar kanouté, Dramane Traoré (Mamadi Sidibé), Mohamed Lamine Sissoko et Cédric Kanté. Entraîneur : Jean-François Jodar.

Incidents : 62 supporters maliens blessés

Les Maliens ont vécu un vrai cauchemar, ce vendredi 12 octobre au stade de Kegué. Pendant toute la rencontre, les supporters togolais (comme les télespectateurs ont pu le voir lors de la retransmission en différé) n’ont cessé de lancer des projectiles sur la pelouse (sachets d’eau, épluchures de banane et autres) et dès le coup de sifflet final de la partie, nos compatriotes seront pris à partie par le public local.

Personne ne sera épargné du côté de la délégation malienne. Les joueurs, les reporters et les supporters maliens ont été malmenés, molestés et dépouillés de tous leurs biens par des supporters togolais en colère. Le bilan est lourd : 62 supporters blessés.

Contraints de rester sur la pelouse, les joueurs maliens et leur encadrement ont été vite assaillis par des groupes de supporters qui ont enjambé les grilles de protection de l’arène pour investir la main courante.

Frédéric Kanouté, Seydoublen Keïta, Bassala Touré, Djila et Mamadi Sidibé pensaient avoir en face d’eux des fans qui voulaient juste s’approcher d’eux, mais quelle ne fut leur surprise de voir les supporters togolais les bousculer, les frapper avant de les pousser à terre.

Pendant ce temps, les supporters maliens étaient « bombardés » à gauche de la tribune par d’autres énergumènes restés dans les gradins. Orphelins et lâchés en pâture par ceux-là mêmes qui étaient sensés assurer leur protection, les Maliens ne savaient plus où donner la tête.

N’eût été le courage d’un capitaine de la gendarmerie nationale et ancien de l’Emia de Koulikoro, l’équipe malienne n’aurait même pas réussi à regagner les vestiaires. C’est ce jeune officier qui assurera la sentinelle devant les vestiaires du Mali, permettant ainsi aux joueurs d’échapper à la vindicte des supporters togolais dépités.

Notre photographe, Alou Sissoko a été molesté et bastonné par des policiers qui ont ensuite brisé ses appareils. Notre collaborateur a reçu des coups de matraque sur les côtes et dans le dos, mais a réussi à sauver la carte mémoire de sa camera numérique. Les autres journalistes maliens sont restés bloqués sous la tribune officielle en attendant les secours.

Aujourd’hui, vous allez nous payer ce que vous avez fait à nos joueurs à Bamako et ce que les Béninois nous ont fait à Cotonou”, a-t-on pu entendre.

Le peuple togolais est pacifique, mais nous savons être belliqueux aussi ”, lançaient furieux des supporters locaux. C’est à 21h 20 que le bus de l’équipe malienne est sorti sous escorte des forces armées pour gagner l’aéroport, tandis que les journalistes étaient conduits à leur résidence par un camion de l’armée.

Dehors, d’autres supporters avaient placé des barricades sur la route qui passe devant le stade et continuaient à s’attaquer aux véhicules et aux boutiques, bars et kiosques installés le long de la route. Tout Malien supposé était systématiquement attaqué aux abords du stade qui sont demeurés un champ de bataille jusqu’à minuit. Pourtant, les supporters maliens n’ont fait preuve d’aucun excès, leur seule faute aura été d’extérioriser leur joie après la victoire des Aigles.

À quelques heures du match, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Hamane Niang, accompagné par les responsables de la Fédération malienne de football, les députés, Assarid Ag Imbarcawane, Kassoum Tapo et le questeur Cissé, avait rendu visite aux 250 supporters maliens arrivés la veille à Lomé par autobus. Au cours de cette visite, le ministre et les membres de l’Assemblée nationale présents à Lomé pour les élections législatives togomaises, avaient conseillé à nos compatriotes de supporter dans la sportivité, la courtoisie et la tolérance. En outre, ils avaient demandé aux supporters de ne pas répondre aux provocations, quelle que soit l’issue de la rencontre. Ces consignes ont été scrupuleusement respectées par les supporters maliens avec l’assistance de nos compatriotes du Togo qui ont mis en place une bonne organisation pour accueillir lla délégation malienne.

M. N. T et A. S.

L’Essor



AU REBOND: L’AVENIR S’OUVRE

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« Les grandes équipes n’ont pas de rêves, mais des projets« . Leo Bennhakker, entraîneur du Réal Madrid au début des années 90, avait eu cette formule définitive pour marquer la différence qu’il y avait entre son club et les formations de moindre envergure. Il voulait, par là, dire qu’il ne pouvait avoir rien de comparable entre un modeste compétiteur et un vrai Grand.

Le premier pour paraître à la lumière mise avant tout sur l’exploit du jour, sur l’heureux concours de circonstances, sur la défaillance du favori, sur une prime éventuelle à sa propre vaillance. Le second réfléchit constamment à la manière pour lui de tenir et de perpétuer son rang.

C’est dans cette catégorie que doivent se ranger les Aigles de l’actuelle génération. Nous répétons depuis fort longtemps ce jugement pour qu’on ne puisse pas nous accuser de nous laisser griser par la manière nette dont a été acquise la victoire à Lomé.

Depuis 2004, le Mali avait beaucoup pour lui : une génération de joueurs doués dans chaque compartiment de jeu, un vécu de compétition de haut niveau qui n’a cessé de progresser depuis trois ans à travers les carrières du noyau professionnel et cette adhésion populaire d’une qualité peu commune capable de doper l’équipe dans les mauvais jours.

Que nous a-t-il donc manqué de suivre la trajectoire naturelle que traçaient ces atouts ? Sans revenir sur le lait versé, il nous faut quand même évoquer la négligence de la Fédération à consolider les acquis de 2002 et de 2004 en laissant partir successivement Kasperczak et Stambouli, les erreurs de casting dans le choix de certains « tecnicos » (Moizan, Capi et Dalger), une incapacité à gérer les luttes d’ego à l’intérieur de l’équipe, sans oublier une gestion opportuniste des sélectionnés comme en témoignent les rappels et renvois de certains joueurs.

Notre pays était (selon une image célèbre) comme un mendiant assis sur un trône d’or. Nous stressions sur des équipes modestes sous prétexte qu’il n’y a plus de petites nations et qu' »il faut respecter tout le monde« . Nous tendions l’oreille pour apprendre que le faux-pas d’un concurrent était venu rattraper notre propre bévue. Nous programmions d’improbables exploits pour récupérer les points gâchés à domicile.

Cette dépendance aux résultats d’autrui pouvait se comprendre pour un team moyen. Mais elle était incompréhensible au regard de la valeur de notre sélection, valeur qui devait lui préserver en toutes circonstances la maîtrise de son destin. Nous espérons très sincèrement que la victoire à Lomé marque la fin de cette période et qu’elle ouvre une ère qualitativement différente pour la sélection et le public de notre pays.

A travers l’excellente retransmission de notre confrère Khalifa N. Traoré, trois faits se dégagent à l’évidence :

Primo, les Aigles n’étaient pas partis pour subir la rencontre, le décompte des corners et des occasions de but rendant logique l’ouverture du score par Frédéric O. Kanouté.

Secundo, mis à part le début de la seconde mi-temps au cours duquel le Togo a désespérément tenté de revenir au score, la conservation de l’avantage n’a pas été compliquée pour les nôtres qui ont même profité de la fébrilité adverse pour marquer un second but assassin.

Tertio, bien qu’inquiets de l’accueil qui leur serait réservé et du climat détestable de la rencontre, les Aigles ne se sont pas laissés psychologiquement fragiliser par l’environnement particulier du match.

Ces trois indices montrent clairement qu’à Lomé une bonne sélection est sans doute devenue une vraie équipe, avec un savoir-faire collectif et avec une solidarité vraie.

Au-delà de la qualification, c’est sans aucun doute là que réside la véritable bonne nouvelle. À Bamako 2002 et un peu moins à Tunis 2004, l’équipe avait avancé en faisant bloc avant chaque fois d’imploser de manière inexplicable en demi-finale. On n’a pas laissé aux techniciens en charge de l’équipe (Kasperczak et Stambouli) la possibilité de tirer les leçons de ces déroutes inattendues et on a confié à des nouveaux venus (Dalger et Moizan) la responsabilité d’entamer l’aventure avec une équipe qu’ils n’avaient pas auscultée.

Les Aigles sont donc, à chaque fois, repartis avec une lourde charge de non dits qui a pesé sans aucun doute sur le comportement du team. Aujourd’hui, nous pensons qu’une bonne partie de ce fardeau psychologique est évacuée et que les cadres des Aigles tirent tous dans la même direction. Ceci est important car l’exemple de toutes les bonnes équipes l’atteste : il faut à un entraîneur des relais écoutés et réactifs sur le terrain.

Dès qu’une partie commence, un « gouvernement » de joueurs s’installe sur la pelouse et s’attache à la bonne gestion du match. Cette réalité ne minimise pas l’autorité du coach, elle la bonifie de manière intelligente. À condition que les hommes forts du « gouvernement » partagent la même vision.

À notre avis, les Aigles ont entamé ce processus. En éliminant certaines personnalités qui auraient pu les dépanner conjoncturellement, mais qui n’ont jamais eu le sens du collectif. En améliorant progressivement la communication entre les leaders.

En acceptant de reconnaître qu’ils ont un destin sportif à bâtir. Cette évolution doit, bien sûr, être renforcée. Car Accra ne peut être qu’une étape, un projet qui en ouvre un autre plus ambitieux, une qualification historique pour l’Afsud 2010. Cette génération le vaut bien.

G. DRABO- L’Essor