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Les milices d’auto-défense du FLN, du Ganda-izo et du Ganda-koï recrutent large, entraînent des volontaires mais se révèlent particulièrement démunies

jpg_une-931.jpgLa chute des trois régions du nord entre les mains de groupes armés aux velléités indépendantistes et islamistes s’est accompagnée, en plus de l’insécurité, de la détérioration du tissu socio-économique de ces régions. Nos compatriotes de cette partie du territoire ont été obligés de fuir vers le sud ou de se réfugier dans les pays voisins. Cet exode ne concerne pas que des civils ou autres agents de l’Etat en poste dans ces zones entièrement occupées depuis le 29 mars dernier, mais aussi des « combattants volontaires ». Ils préfèrent le terme de « combattants volontaires » plutôt que l’étiquette « milice pro-gouvernementale » utilisée par leurs détracteurs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Les Forces de libération du nord (FLN) représentent la dernière-née des milices d’auto-défense après Ganda Koï et Ganda Izo.

C’est-à-dire, quelques jours après la chute des casernes militaires du nord. Nous avons rencontré deux des quatre fondateurs des FLN dans leur « base » quelque part à Mopti. Il s’agit de Amadou Mallé (natif de Koutiala) et Moussa Maïga (natif de Gao). Deux frères d’armes qui ont servi dans les rangs des Forces armées et de sécurité maliennes. Ils font partie des éléments de l’armée de Niafunké et de Gao qui se sont regroupés pour créer le Front de libération nationale. « Le nom Forces de libération du nord a été donné par un journaliste de la presse privée, également ressortissant du nord », indique Amadou Mallé qui précise : « notre objectif n’est autre que la libération des régions du nord par les armes ». Pour eux « le dialogue n’est plus la solution et seules les armes feront taire pour de bon cette interminable rébellion qui ne fait que mettre à genoux notre Mali. Tout sauf le dialogue ».

UN EFFECTIF OPERATIONNEL DE 700 ELEMENTS. Selon Amadou Mallé et Moussa Maïga, les FLN disposent d’un effectif opérationnel de 700 éléments dont des femmes que nous avons pu voir lors de notre passage. « L’essentiel, c’est l’efficacité sur le terrain », ajoutent-ils. Avant la fin de notre rencontre, d’autres jeunes volontaires débarquent avec leurs sacs à dos. Leurs têtes ne sont pas encore rasées, mais elles le seront après les formalités pour ressembler aux boules « à zéro » des autres éléments. Ceux-ci ne sont pas que des ressortissants du nord. Ils sont attirés par un recrutement volontaire avec à la clé la « promesse » d’être intégrés dans les forces armées maliennes après la reconquête des terres occupées. Un jeu de loto dont tous les acteurs mesurent plus ou moins la part d’incertitude. Mais pas le temps de gamberger, en attendant le jour « J », c’est la galère. Pas de salaire. « Aucun d’entre nous ne perçoit un centime comme salaire à la fin du mois. C’est un sacrifice volontaire que tout le monde fait. C’est pourquoi, les recrues s’engagent à travers un écrit dûment signé accompagné d’un acte de naissance et une photo d’identité. Nous ne recrutons pas de mineurs », détaille Amadou Mallé en exhibant une fiche d’enrôlement de combattants volontaires. Moussa Maïga montre une carte de l’ECOMOG (sigle anglophone signifiant, brigade de surveillance du cessez-le-feu de la CEDEAO) qui lui a été délivrée au Libéria, quand il était encore dans les rangs des forces armées maliennes. Sa troupe l’appelle « commandant de base ».

Un homme de petite taille, fluet, « toujours habillé en civil, mais qui a la tête sur les épaules », commente un gosse visiblement séduit qui servait le thé. Tous apprécient cette aventure patriotique qu’ils mènent. C’est le cas du jeune Soumaïla Sogodogo, nouvellement débarqué dans « le camp ». « Au début je pensais que l’enrôlement concernait seulement les jeunes sonrhaï, quand j’ai eu l’assurance que tout le monde est le bienvenu, j’ai rejoint les FLN car je veux participer à la reconquête des zones occupées de mon pays. J’ai eu l’aval de mes parents. Pour moi, l’occupation du nord équivaut à celle du sud, car nos économies sont liées. Beaucoup de Sikassois vivent à travers l’exportation de fruits et de légumes dans les villes qui sont occupées aujourd’hui ». Un autre jeune du quartier de Magnambougou de Bamako, Samba Doumbia, tee-shirt rouge usé, culotte noire et crâne mal rasé, sort du camp pour aller s’approvisionner en eau potable ailleurs. « Je n’ai d’autre ambition que la vie militaire, me voir en uniforme avec un arme pour défendre le Mali. Si je n’ai pas eu les moyens financiers pour intégrer les forces armées maliennes, ici au moins avec les FLN, on n’a pas besoin de payer un franc. Il faut être là soi-même et pouvoir encaisser la souffrance », développe-t-il. Un autre jeune qui préfère garder l’anonymat a une puissante raison de monter au front : « Je suis venu venger la mort de mon frère tué à Aguel-Hoc. Celui qui me parlera de négociation passera sur mon cadavre d’abord avant d’aller négocier avec les groupes criminels ».

PAS DE KALACHNIKOV MAIS DES GOURDINS. A chacun sa façon de contribuer à la cause, d’où la présence de combattantes. « Fatoumata Traoré, soldate FLN », se présente à nous comme une des combattantes volontaires. Elle a 23 ans. Avant la chute des villes du nord, elle servait à Ansongo comme infirmière civile dans un centre de santé. « Je suis une femme, mais je peux faire tout ce qu’un homme est capable de faire avec une arme sur le champ de bataille. J’irai partout où les hommes iront. Je suis là pour libérer le nord. Quand le pays est occupé, on met la question de genre à côté d’abord », énonce-t-elle fièrement. D’autres femmes montent la garde à l’entrée du bâtiment où se trouve l’administration des FLN. Avant de pénétrer dans le camp, il faut déjà traverser une foule de jeunes volontaires. Ceux qui montent la garde sont munis de gourdins à défaut de kalachnikovs ou AK-47. Seuls quelques privilégiés portent correctement ou presque la tenue militaire, mais sans béret, ni épaulettes.

Pour voir le chef, il faut passer par des couloirs tortueux comme un labyrinthe. « Attendez à côté, je vais vous annoncer », nous demande notre « guide » qui est aussi un volontaire. Il frappe à la porte tout doucement tout en déclinant son identité. L’homme à l’intérieur du bureau lui donne l’autorisation d’entrer. Il nous reçoit gentiment. La présentation ne sera qu’une formalité, car nous avions déjà fait connaissance au nord, bien avant l’occupation. Sur son bureau, un document de quelques centaines de pages sur les FLN. Dans la pièce, du matériel informatique et des armes automatiques à côté, d’affaires personnelles et de bottes soigneusement arrangées. Tout au long de notre entretien, le téléphone ne cesse de sonner. A chaque coup de fil, il prend note et donne des directives aussi bien en français qu’en bambara. Les FLN sont confrontées à un besoin crucial d’armement, de véhicules et de soins de santé. « Si nous avions le peu de moyens que l’armée possède aujourd’hui, nous serions déjà sur le terrain en train de nous battre pour laver l’affront et pour que nos parents puissent regarder le monde entier en face. Nous voulons aider les forces armées maliennes, mais elles nous ignorent et nous considèrent comme des concurrents. Mais notre seule ambition c’est la libération du nord, la politique ce n’est pas notre affaire », souligne Amadou Mallé.

Le second problème, indique-t-il, est le « refus » des Ong internationales de « nous » venir en aide. « Elles sont toujours prêtes à intervenir du côté des rebelles avec des médicaments, mais pas avec nous. Nous ne sommes pas des rebelles mais des citoyens maliens frustrés qui veulent se battre pour la libération des zones occupées par les anciens alliés du MNLA ». Qui finance les FLN ? « Des Maliens de l’intérieur et ceux de l’extérieur. Mais ce sont des moyens maigres », indique Amadou Mallé sans entrer dans les détails. Dans nos prochaines parutions, nos reportages sur les cantonnements des deux autres groupes : Ganda-koï et Ganda-izo.

Envoyé spécial

A. DIARRA


Poste de contrôle de Konna : racket systématique

Le poste de contrôle de Konna à la sortie de la ville de Mopti est devenu depuis la chute des villes du nord, un haut-lieu de racket systématique pour certains porteurs d’uniforme. En plus des témoignages recueillis auprès de nombreux passagers, nous les avons vus à l’oeuvre jeudi. Chaque bus en provenance de Gao ou de Tombouctou est systématiquement fouillé par les agents postés là pour des raisons de sécurité. Normal dira-t-on. Mais que dire du paiement sans reçu de la somme de 500 à 1000 Fcfa de contravention pour ceux qui n’ont pas de pièce d’identité ou qui ont une carte dont la date de validité est dépassée ?

La plupart de ces passagers qui fuient le diktat des bandits armés dans leurs localités respectives et pensent être au bout de leur peine, doivent déchanter. Deux agents montent à bord de chaque bus pour contrôler les pièces d’identité. Ceux qui présentent une carte expirée ainsi que ceux qui n’en ont pas sont priés de descendre du véhicule. Ils sont conduits dans une pièce qui sert de poste de contrôle. Souvent, l’agent revient chercher les « retardataires » avec un carton de carton de cigarette sur lequel est inscrite la liste des « payeurs ». Une dame s’est fait verbalement agresser par un militaire en ces termes : « vos fils et vos maris sont tous des complices des rebelles, pourquoi vous ne restez pas chez vous là-bas à Gao ? » Un autre jeune se fera sermonner par un autre agent : « comment un grand gaillard comme toi voyage sans pièce d’identité ? ».

La réponse du jeune homme a mis l’agent hors de lui : « Ceux qui donnent la carte d’identité ont fui, c’est pourquoi je viens la chercher à Mopti ». Paye 500 Fcfa et va-t’en lui intime-t-il pour se débarrasser de cet empêcheur de rançonner en rond. Les accrochages verbaux sont fréquents à ce poste de contrôle désormais tristement célèbre à cause de quelques brebis galeuses. Les autorités militaires peuvent-elles n’être pas au courant de cette pratique « institutionnalisée » ? Aucune d’elle n’a voulu nous recevoir, à fortiori répondre à la question.

A. D.


Mopti : Les banques ouvertes trois par mois

La région de Mopti subit de plein fouet les conséquences de l’occupation des régions du nord. Le secteur banquier et financier est particulièrement touché. Pour des raisons de sécurité, toutes les banques de la région sont fermées et n’ouvrent que 3 jours par mois, juste le temps pour les fonctionnaires et autres clients d’effectuer leurs opérations en s’armant de courage et de patience. Après ces trois jours, il faut attendre le mois suivant. Sinon, il faut revenir au transfert traditionnel d’argent ou à des pratiques spéculatives. On remet l’argent à un commerçant de Mopti qui à son tour informe son collègue de Bamako. Immédiatement, le bénéficiaire de l’envoi peut « passer à la caisse ». Mais, il n’y a pas de reçu, tout est basé sur la confiance.

« Ceux qui ne font pas confiance à ce système passent remettre directement l’argent au guichetier ou à un chauffeur de l’autogare qui se chargera de remettre l’argent au bénéficiaire moyennant des frais de transfert. Par exemple les frais de transfert Mopti-Bamako est de 5 000 Fcfa », explique un restaurateur de la place rencontré à Mopti. En cas de besoin urgent d’argent, le propriétaire du compte bancaire se rend dans les villes de la Région de Ségou (San, Bla, etc).

Cependant, la disponibilité de l’argent dans ces banques est limitée et souvent le voyage jusqu’à Bamako n’est pas à exclure. Venir effectuer des opérations à Bamako et retourner à son poste à Mopti, nécessite au moins deux jours de voyage pour l’aller-retour. Autant de perdu sur le temps de travail et sur la performance de l’administration.

A. D.

L’Essor du 25 Juillet 2012