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A l’occasion du lancement de la campagne spéciale de reboisement que notre pays entame cette année, le Directeur national des Eaux et Forêts, Alassane Boncana Maïga, nous parle de cette nouvelle initiative qui coûtera 42 milliards de Fcfa et dont l’objectif est de reverdir le Mali à travers le reboisement de 100 000 ha. Alassane B. Maïga est un homme d’expérience qui a servi à Mopti, Kayes, Gao, Kidal, Ségou et participé à plusieurs missions à Tombouctou, Sikasso et Koulikoro.

Le Républicain : Ce mardi, la campagne spéciale de reboisement sera lancée par le ministre de l’Environnement et de l’Assainissement. Monsieur le Directeur national des Eaux et Forêt, pourquoi une campagne spéciale de reboisement ?

jpg_reboisement.jpgAlassane Boncana Maïga : Une campagne spéciale de reboisement pour essentiellement trois choses. D’abord, c’est pour exprimer la volonté politique du département de l’Environnement et de l’Assainissement et des plus hautes autorités à lutter contre la désertification et les changements climatiques. C’est aussi pour marquer le cinquantenaire de l’accession du Mali à la souveraineté nationale et internationale.

Et enfin, c’est pour interpeller l’opinion nationale et internationale sur la nécessité de reboiser, parce que le pays est pratiquement au soleil. Voilà les trois raisons pour lesquelles nous avons imaginé qu’il fallait faire un programme spécial de reboisement qui va naturellement démarrer en 201O mais qui va se poursuivre sur les quatre autres années, c’est à dire jusqu’en 2014.

Quel est le caractère spécial de la campagne de cette année ?

Le caractère spécial réside dans le fait que, contrairement aux autres années où on plante les arbres et on tourne le dos, cette fois-ci nous avons tenu à ce que les plants qui seront mis en terre soient entretenus et suivis pour qu’ils puissent effectivement grandir.

La particularité, c’est que par rapport aux 100 000 ha qui constituent notre objectif de plantation en 2010, nous avons prévu que les collectivités territoriales vont planter 70 000 ha dans leurs domaines respectifs et que le service des Eaux et Forêts va également planter 30 000 ha dans le domaine de l’État, c’est-à-dire dans les forêts classées.

Quels sont les objectifs de la campagne de reboisement ?

Les objectifs de la campagne de reboisement sont, naturellement, de restaurer le milieu naturel, de remettre la couverture végétale, et par rapport à cela, il fallait produire des plants. Nous avons mis à contribution à la fois des pépiniéristes privés qui ont produit la majeure partie des plants. Nous avons également remis en service les pépinières des directions régionales et des cantonnements. Après cette production de plants, nous allons demander à toutes les forces vives de la nation de planter chacun dans son domaine, où il peut. Le département a retenu le slogan, « à chaque citoyen, son arbre du cinquantenaire ». Donc dans ce cadre nous pensons que les 13 millions environ de Maliens vont pouvoir au moins planter 13 millions d’arbres. Cela va nous amener à peu près à 32 000 ha de superficie plantées.

Quelles sont les activités prévues après le lancement de la campagne spéciale?

Je voudrais rappeler que le lancement est national. Il va se faire à partir de Bamako, mais de façon simultanée toutes les régions du Mali vont également opérer leur lancement. C’est une cérémonie à laquelle les officiels vont participer, ils vont planter eux-mêmes avant de se retirer. Mais toute la journée va être consacrée à planter des arbres. Le reste des agents forestiers, la jeunesse et d’autres volontés qui sont venues s’adjoindre à nous, nous allons passer toute la journée à planter. Je dois préciser que nous avons procédé à la préparation du terrain.

Cela veut dire que nous avons d’abord identifié les sites, fait le piquetage, les trouaisons et nous avons même pris les dispositions pour mettre les plants au niveau des différents trous pour permettre à ceux qui vont planter de pouvoir trouver les plants au niveau des trous et de les mettre à terre. Le programme ne va pas se limiter à la journée du lancement de ce mardi, mais jusqu’à ce que les pluies prennent fin, nous allons poursuivre ces opérations de reboisement.

Quelle est votre stratégie pour atteindre l’objectif de 100 000 ha ?

Nous avons tenu à repartir les 100 000 ha entre les collectivités territoriales qui vont reboiser 70 000 ha et les services. Au niveau des collectivités, nous avons fait suffisamment de communication pour y permettre l’implication de toutes les forces vives, à commencer par les élus locaux. J’ai personnellement fait des tournées dans la région de Kayes et Sikasso pour sensibiliser les autorités politiques et administratives sur l’importance de ce programme spécial de reboisement.

Dans certaines zones, des préfets ont pris le relais pour aller au niveau des communes, afin de porter le message et de sensibiliser les populations à s’investir dans le reboisement. Nous savons également que la plupart des plants qui vont être produits proviendront des pépinières des privés. Depuis un certain temps, nous avons formé des volontaires à la production de plants qui est une activité lucrative pour ceux qui la mènent.

Quels sont les appuis disponibles pour assurer le suivi et l’accompagnement pour la première année qui est la plus difficile pour les plants ?

Il ne faut pas envisager les appuis en terme monétaire, dans le mécanisme que nous avons mis en place. Toute organisation qui va réaliser une plantation doit prendre les dispositions nécessaires pour en assurer la protection et l’entretien. Dans le programme spécial de reboisement, nous avons déjà décrit le mécanisme de suivi-évaluation : trois mois après le reboisement, nous allons effectuer des tournées dans les différentes régions pour nous rendre compte de ce qui a été fait et estimer le taux de survie des plants. Puis six mois après, vers le mois d’avril-mai de l’année 2011, nous allons également faire un autre tour, pour estimer le taux de réussite.

Parce que le plant doit dépasser le cap de la saison chaude de l’année à venir pour que ses chances de survie soient vérifiables. C’est pourquoi nous prenons toujours le soin de passer après la saison chaude pour évaluer ce qui reste.

Quel est le coût de cette campagne spéciale de reboisement ?

Le coût se chiffre à plus de 42 milliards de Fcfa, dans lesquels il faut prendre en compte la production des plants, aussi bien par les pépiniéristes privés que ceux des services, toutes les opérations de transports de plants, de manutention, la préparation du terrain (les opérations de piquetage et de trouaison), de mise en terre des plants, le suivi, l’entretien, la protection. Dans notre devis, nous avons prévu la réalisation des puits dans les zones où il n’y a pas d’eau, des moyens logistiques, l’acquisition de véhicules pick-up simple cabine pour permettre le transport des plants.

Propos recueillis par Boukary Daou

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Parlez-nous de l’importance de l’arbre dans l’Environnement : Sans arbre, pas de pluie, pas de respiration !

L’arbre, même du point de vue de la création divine, a précédé les hommes. Cela veut dire que les hommes doivent se nourrir et recourir à l’arbre pour d’autres besoins. Non seulement, il produit des fruits qui sont comestibles, l’arbre est important pour le rôle écologique qu’il joue, parce que s’il n’y avait pas d’arbre, Dieu allait arrêter d’envoyer sa pluie. Il a dit clairement qu’il envoie sa pluie qui est prioritairement pour les végétaux.

Toutes les parties de l’arbre servent à quelque chose, sont utiles, des feuilles jusqu’aux racines, en passant par l’écorce. Sur le plan de la pharmacopée traditionnelle, les populations rurales se soignent pratiquement avec les décoctions des arbres. Il y a des milieux où on ne connaît même pas les produits pharmaceutiques, sans tenir compte du fait qu’il y a beaucoup de produits pharmaceutiques qui sont fabriqués à base de ces plantes là. Mais ceux qui le fabriquent ne le disent pas.

L’arbre est à la base de deux types de produits qui rentrent dans des industries manufacturées. Quand vous prenez l’acacia Sénégal qui est appelé communément le gommier, cet arbre là produit de la gomme qui est un produit recherché sur le plan international, parce que ça rentre dans le cosmétique et dans la fabrication des médicaments.

Enfin dans le cadre de son rôle écologique, c’est cet arbre qui nous permet de lutter efficacement contre les changements climatiques. Parce que les arbres ont la propriété d’absorber le CO2 et de rejeter l’oxygène que nous respirons. C’est ce qui fait que les arbres constituent des puits à carbone, parce qu’ils séquestrent le carbone pour permettre justement aux humains de pouvoir respirer l’air sain.

B. D.

Le Républicain du 20 Juillet 2010.