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La mobilisation internationale en faveur de Sakineh Mohammadi Ashtiani prend de l’ampleur. Cette Iranienne de 43 ans, mère de deux enfants, risque la peine de mort par lapidation. Les organisations de défense des droits de l’homme tentent de faire pression sur Téhéran pour que la justice iranienne revienne sur sa décision. Mais le président Ahmadinejad semble inflexible. Il a rejeté le 17 août 2010, la proposition de Lula Da Silva, le président brésilien, d’accorder à Sakineh Mohammadi Ashtiani l’asile politique. Les autorités iraniennes ont toutefois suspendu l’exécution de la sentence de mort en attendant une nouvelle étude du dossier par la justice.

La peine de lapidation prononcée par la justice iranienne contre Sakineh Mohammadi Ashtiani est avant tout l’épilogue d’une longue bataille judiciaire. L’affaire remonte à 2006, quand cette mère de famille plaide coupable pour avoir eu une « relation illicite » avec deux hommes après la mort de son mari. Elle se voit alors infliger une première peine de flagellation, 99 coups de fouet sous les yeux de son fils. Mais ce n’est qu’un début. La justice iranienne accuse ensuite l’un de ses amants d’avoir tué son mari, un meurtre dont elle se serait rendue complice. Faute de preuves, elle est acquittée mais déclarée coupable d’adultère, une infraction à la loi islamique passible, en Iran, de la peine de mort par lapidation.

Son avocat, un spécialiste des droits de l’homme, active ses réseaux, l’opinion internationale se mobilise, et le régime de Téhéran temporise, parlant même de renoncer à la lapidation. Jusqu’au coup de théâtre. Mercredi 11 août 2010, Sakineh Ashtiani apparaît, le visage flouté, à la télévision iranienne dans un simulacre d’interview. Là, subitement, elle avoue. Dans sa langue natale, l’azéri, elle reconnaît avoir commis l’adultère et surtout, organisé le meurtre de son mari.

Cette nouvelle version des faits ne convainc pourtant pas Hassiba Hadj Sahraoui, directrice-adjointe du programme Moyen-Orient d’Amnesty International : « Les autorités essaient de se dégager de leurs responsabilités en disant qu’elle a commis un crime grave et qu’elle doit être condamnée pour cela. Elles essaient de transformer sa condamnation à la lapidation en exécution pour meurtre. Cet entretien s’apparente davantage à une confession forcée qu’à une interview librement consentie. Selon les informations dont Amnesty International dispose, avant cette interview, madame Ashtiani aurait été soumise à la torture et aux mauvais traitements pour la forcer à procéder à cette interview ».

Une solution : l’abandon des charges qui pèsent contre Sakineh Ashtiani

Le régime aurait donc organisé cette confession, profitant du départ de l’avocat de Sakineh Ashtiani à l’étranger. Mohammat Mostafaï, fin juriste et défenseur bien connu des droits de l’homme en Iran, à l’origine de la médiatisation de l’affaire, a dû s’exiler quand le régime a menacé sa famille, laissant malgré lui sa cliente sans défense. Absence dont les autorités iraniennes ont profité, affirment les organisations humanitaires, pour monter un nouveau dossier contre Sakineh Ashtiani.

Mais le juriste continue de se battre depuis la Norvège où il a trouvé refuge. Joint par téléphone par Charles Behzadi, de la rédaction persane de RFI, il affirme : « Si la République islamique se considère comme un pays qui a des rapports avec le reste du monde, des rapports qui comptent, elle n’a pas d’autre solution que de répondre positivement à l’appel de la communauté internationale. La seule chose que la justice puisse faire, c’est de déclarer que Madame Ashtiani a été acquittée, ou bien de mettre un terme à cette affaire en abandonnant les charges qui pèsent contre elle. Cette politique ne doit d’ailleurs pas s’appliquer seulement à elle, mais à tous ceux qui sont condamnés à une peine de lapidation».

Une peine qui n’est pas si courante en Iran, bien que l’on compte environ 150 lapidations dans le pays depuis 1979, selon le Comité international contre la lapidation. La mise à mort par lapidation est applicable dans un seul cas, quand, dans un couple marié, l’un des époux trompe son conjoint. Il faut ensuite prouver cet adultère, indique le Code pénal iranien, soit par des aveux, soit par le témoignage de quatre personnes présentes au moment des faits. A défaut, poursuit l’article de loi, le juge peut établir les faits selon « sa propre connaissance du dossier ».

La lapidation, une pratique théoriquement interdite en Iran

La sentence est alors exécutée selon des règles strictes : les hommes sont enterrés jusqu’à la taille, les femmes jusqu’à la poitrine, et les pierres doivent être choisies de façon à ne pas tuer le condamné du premier coup. Pratique barbare, la lapidation est de plus théoriquement interdite en Iran, qui a ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Dans son article 7, ce texte prévoit « l’interdiction de la torture et des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ».

En 2002, un moratoire sur la lapidation a bien été proposé par le chef du système judiciaire de l’époque, l’ayatollah Shahroudi, mais il n’a jamais été suivi d’effet. La faute aux juges iraniens, qui sont indépendants, et la législation iranienne qui fait aujourd’hui la part belle à la «charia », la loi islamique. « Le juge est à la fois juge, procureur, jury, arbitre, précise Mohammed Reza Djalili, professeur de sciences politiques et spécialiste de la société iranienne. Le responsable du système judiciaire est nommé par le Guide, ce responsable nomme les juges, c’est un système qui est totalement en contradiction avec le système juridique qui existait en Iran avant la révolution islamique de 1979 ».

Prise dans les mailles de ce filet judiciaire que le pouvoir iranien ne cesse de vouloir politiser, Sakineh Ashtiani attend le réexamen de son dossier. Ses chances sont minces de survivre mais la communauté internationale, Brésil en tête, poursuit sa mobilisation pour que l’ordre d’exécution, aujourd’hui suspendu, soit définitivement abandonné.

RFI du 18 aout 2010

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Iranienne condamnée à la lapidation

L’Iran a demandé mardi aux pays occidentaux de ne pas interférer dans la question de l’Iranienne condamnée à mort par lapidation, en soulignant que l’affaire est toujours « en cours d’examen », selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

jpg_une-213.jpgLe cas de Sakineh Mohammadi-Ashtiani, mère de famille de 43 ans condamnée à mort par lapidation en 2006 pour adultère et complicité dans le meurtre de son mari selon Téhéran, a suscité ces dernières semaines une intense mobilisation des pays occidentaux, qui ont réclamé qu’elle ne soit pas exécutée.

« Les procédures judiciaires sont très strictes, particulièrement concernant les affaires de meurtre », a déclaré Ramin Mehmanparast lors de son briefing hebdomadaire.

« Plus la sentence est lourde et plus la justice est méticuleuse dans l’examen de l’affaire, et c’est ce qui est en cours », a ajouté le porte-parole.

Répondant aux nombreux appels internationaux à la clémence, l’Iran a annoncé en juillet la suspension temporaire de la peine de Mme Mohammadi-Ashtiani. Son cas « est toujours en cours d’examen et rien n’a été décidé pour l’instant », avait indiqué le 5 août un responsable iranien à une commission des droits de l’Homme de l’ONU à Genève.

Contestant la version officielle iranienne, les avocats de Mme Mohammadi-Ashtiani affirment qu’elle n’a été initialement condamnée à la lapidation que pour adultère, et que l’accusation de complicité dans le meurtre de son mari a été rajoutée ultérieurement par les autorités.

« Aucune nation indépendante n’accepte que d’autres pays interfèrent dans ses décisions judiciaires, (…) et les pays occidentaux ne doivent pas exercer de pressions », a poursuivi le porte-parole.

Il a également estimé que la mobilisation occidentale en faveur de Mme Mohammadi-Ashtiani résultait d’une « approche politisée », liée au conflit entre l’Iran et la communauté internationale à propos du programme nucléaire iranien.

M. Mehmanparast a à nouveau rejeté toute idée de libérer la condamnée, comme l’a notamment suggéré le président brésilien Lula qui a proposé d’accueillir Mme Mohammadi-Ashtiani au Brésil si Téhéran faisait un geste de clémence.

« Si nous libérons les personnes condamnées pour meurtre, il n’y aura plus de sécurité », a-t-il affirmé. Quand le Brésil aura pris connaissance du dossier, « il comprendra que tout ce tumulte a été créé pour porter atteinte aux relations irano-brésiliennes », a ajouté le porte-parole.

Le président Mahmoud Ahmadinejad, dans des déclarations traduites en anglais et publiées lundi par le site de la chaîne iranienne en anglais Press-TV, a lui aussi réaffirmé que l’autorité judiciaire iranienne « n’est pas d’accord » pour envoyer Mme Mohammadi-Ashtiani au Brésil.

« Il n’y a aucun besoin de créer un problème au président Lula », a-t-il affirmé, ajoutant que l’Iran « préfère exporter sa technologie au Brésil que de telles personnes ».

Vincent Souriau/TEHERAN (AFP) – mardi 17 août 2010