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Largement utilisés par les candidats pour leur maniabilité, les affiches ont gagné en taille, investissant les grands panneaux.

La communication est vitale pour les candidats à l’élection présidentielle. Elle est la sève et la substance de la campagne et utilise divers canaux pour faire connaître.

le candidat au grand public ou pour véhiculer les messages électoraux. Elle se décline en interventions à la radio et à la télévision, en conférences et meetings, et en affiches.

Largement utilisés par les candidats pour leur maniabilité, les affiches ont gagné en taille, investissant les grands panneaux sans, pour autant, abandonner le format affichette et déserter les coins les plus étonnants, comme par exemple la statue de l’hippopotame sur le boulevard de l’Indépendance. Il est alors presque inutile de parler de ces rues, ces murs, ces poteaux électriques, ces carrefours tapissés de portraits de présidentiables.

Les colleurs d’affiches n’épargnent aucun espace intéressant dans leur frénésie d’afficher partout leurs champions. A la liste mentionnée plus haut, on peut ajouter les arbres, les voitures, les monuments et édifices publics, etc. Mêmes les portes des habitations affichent les sympathies de leurs habitants !

UNE SURFACE EGALE

Des groupes de jeunes arpentent la ville et distribuent les affiches des candidats à tour de bras. Ces distributeurs dévoués à leur champion ne se privent pas de s’en prendre aux portraits de ses adversaires. Ce manque de fair play peut être à l’origine de heurts entre les troupes de fans.

En amont, pourtant, le législateur s’était soucié de réglementer cette activité au bouillonnement anarchique. Afin d’éviter l’occupation désordonnée de l’espace public et d’ôter toute matière à affrontements entre militants d’obédiences différentes, la loi électorale de septembre 2006 a fixé des balises à travers des dispositions, des autorisations et des interdits.

Le texte interdit ainsi à des fins publicitaires l’utilisation « des biens ou moyens d’une personne morale publique, institution ou organisme public« . Le même texte alloue un certain nombre de sites paritairement aux candidats pour afficher leurs portraits géants tout au long de la campagne électorale.

« Pendant la durée de la campagne électorale, lit-on à l’article 76, des emplacements spéciaux seront réservés dans chaque commune ainsi qu’aux abords de chaque bureau de vote, pour l’apposition des affiches électorales. Dans chacun des emplacements, une surface égale est distribuée à chaque liste de candidats …« .

Ces dispositions sont relatives à l’affichage municipal gratuit et sont complétées par une réglementation générale de l’affichage-électoral ou non- édictée par les mairies. La loi électorale, on s’en aperçoit, tente de prévenir les dérapages. Sans succès puisque des heurts impliquant les supporters de certains candidats en lice, ont été signalés. Ces frictions surviennent le plus souvent entre des colleurs d’affichettes, ces voltigeurs qui traquent les bons emplacements quitte à en déloger l’adversaire.

La querelle remonte parfois aux états-majors et donne lieu à des accusations plus ou moins tonitruantes. Tel assure que ses affiches ont été déchirées, tel autre s’estime défavorisé par rapport à un concurrent, un troisième dénonce une exclusivité dont aurait bénéficié un autre compétiteur.

C’est qu’en matière d’affichage, existe un volet commercial qui cohabite avec l’affiche municipal gratuit et limité et l’affichage sauvage et anarchique. Mambé Touré, le directeur de l’activité « publicité » de l’Agence malienne de presse et publicité (Amap), précise les conditions d’utilisation du réseau de grands panneaux par les candidats à la présidentielle. « En temps normal, souligne-t-il, l’annonceur désireux de faire de la publicité sur les grands panneaux routiers du réseau de l’AMAP, s’acquitte simplement du tarif en vigueur« . La transaction est donc purement commerciale.

UN EFFET INDENIABLE.

En période électorale et pour les affiches des candidats à différentes élections, la règle change. L’AMAP, en tant que service public, est tenue de traiter de manière égale tous les candidats. Pour la présente campagne électorale, indique ainsi Mambé Touré, l’Amap a proposé à chacun des huit candidats un réseau d’affichage composé de treize panneaux choisis parmi ceux qui sont implantés sur les grands axes et aux différentes entrées de la ville de Bamako.

Ces différents réseaux ont été constitués de manière que chacun permette de couvrir la ville et d’offrir une visibilité équivalente à celle des autres.

Le nombre de ces panneaux payants a été, de surcroît, bloqué pour éviter la possibilité d’une sélection par l’argent sur le réseau contrôlé par un service public.

Le procédé a été compris par les candidats intéressés qui ont pu faire leur choix parmi les différents réseaux proposés, en fonction de leur intérêt pour tel ou tel autre emplacement, notamment en fonction de la proximité avec leur siège ou leur QG de campagne.

Interrogé sur la prolifération des affichettes, le patron de la publicité à l’Amap estime que ce phénomène n’est pas l’apanage de la campagne électorale. « Cet affichage sauvage qui ne respecte aucune interdiction, occupe toute la ville à l’occasion de certains événements comme les foires et les concerts« , fait-il remarquer.

L’électorat se préoccupe très peu du caractère sauvage ou réglementé de l’affichage. Ce qu’il retient, c’est l’affiche elle-même, son esthétique, le slogan véhiculé. De ce point de vue, les affiches ont un effet indéniable sur l’électorat.

Imprimeur de son état, A. M. pense que sans être suffisantes pour conférer la victoire finale à un candidat, des affiches de bonne qualité et en nombre suffisant, peuvent influencer les électeurs.

Cet avis est partagé par S. Diarra, un étudiant qui juge que la multiplication du portrait d’un candidat permet de fixer son image au sein de l’opinion et, peut-être à conduire des électeurs à choisir son bulletin le jour du scrutin.Une sorte de conditionnement, en somme ?

Seydou Cissé voit les affiches d’un tout autre oeil.

L’abondance des posters d’un candidat, traduit-il, est un des baromètres permettant à l’opinion de se faire une idée de ses capacités financières. Donc, un signe extérieur de richesse ?

L’enseignant Dramane Diallo cultive une opinion d’un froid réalisme. Les affiches ne sont qu’un gâchis et se révèlent bien incapables d’amener un électeur à se déterminer pour un candidat. C’est, assure-t-il, la qualité du candidat lui-même et de son projet de société qui sont déterminants. Ah, si les choses pouvaient être aussi simples ….


Oumar DIAMOYE

L’Essor.

20 avril 2007.