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Les élections couplées (législatives et présidentielle) se tiendront le 22 novembre  prochain au Burkina. A cet effet, les acteurs politiques sont autorisés à battre campagne du 31 octobre au 20 novembre 2020. L’enjeu, ici, est de renouveler l’Assemblée nationale et de choisir la femme ou l’homme qui aura la haute charge de présider aux destinées du Burkina pour une période  de 5 ans, renouvelable une fois. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce double scrutin suscite l’engouement des acteurs politiques. A la présidentielle, par exemple, ils sont 13 candidats à se disputer le palais de Kosyam. Les électeurs également ne sont pas en reste puisque plus de 6 millions de personnes se sont enrôlées. Pour permettre une campagne électorale apaisée en vue d’un scrutin apaisé et transparent,  un pacte de bonne conduite a été signé le 26 octobre et cela, sous l’égide du Conseil supérieur de la communication (CSC). Il est bon de rappeler qu’en amont, l’institution avait organisé un séminaire visant à la signature du pacte de bonne conduite par les acteurs de la vie politique. La signature est intervenue le 29 septembre dernier dans la salle de conférences de Ouaga 2000 à Ouagadougou, en présence des présidents d’institutions et de responsables de partis politiques membres de l’opposition et de la majorité. L’adoption donc du pacte de bonne conduite qui a eu lieu le 26 octobre dernier, est une suite logique de ce séminaire. Et il convient d’emblée de saluer à sa juste valeur, l’initiative du CSC dont l’objectif est, rappelons-le, d’amener les uns et les autres à tenir des discours responsables pendant la campagne, c’est-à-dire des propos susceptibles de renforcer le vivre-ensemble et l’unité nationale. Il va de soi que tous les acteurs politiques qui ont adopté le pacte, doivent s’abstenir  de faire de la race, de l’ethnie, de la religion, des thèmes de campagne. De même, la vie privée des uns et des autres doit être strictement protégée et respectée. En somme, c’est le fair-play qui doit être le maître-mot de la campagne.

Les Burkinabè doivent passer leurs discours au crible de la raison et de la sagesse

En 2015, le Burkina avait séduit l’Afrique et le monde en organisant des élections presque parfaites. Celles-ci avaient été précédées d’une campagne électorale également parfaite. En tout cas, les discours haineux aux relents ethnicistes n’avaient pas été observés. Il s’agit, cette fois-ci, de réitérer cette performance, voire de faire mieux. Car, il ne faut jamais oublier que les ennemis du Burkina, notamment les terroristes, caressent l’espoir que cette campagne soit un grand moment de division et de violences sous toutes ses formes. Dès lors, ils en profiteront pour arrimer notre pays au chaos. C’est pourquoi les Burkinabè doivent refuser de faire leur jeu. Ils doivent notamment passer leurs discours au crible de la raison et de la sagesse. Ils doivent d’autant plus s’inscrire dans cette posture que les   mots  sont dangereux. C’est pourquoi le philosophe français, Jean Paul Sartre, les assimilait à des « pistolets chargés ». En conséquence, l’on peut suggérer au CSC de jouer à fond son rôle de régulateur du discours politique et des médias pendant la campagne. Il doit notamment ouvrir l’œil et le bon pour surveiller, comme du lait sur le feu, les activistes des partis politiques sur les réseaux sociaux. Car, ces derniers, par moments, tiennent des propos qui sont susceptibles de brûler le pays. On est tous d’accord pour la liberté d’expression. Mais celle-ci ne peut  pas être utile pour le pays si elle s’émancipe de la responsabilité. Et si on n’y prend garde, les réseaux sociaux risquent de se muer en Radio mille collines du 21e siècle. Cela dit, le Burkina est bien parti pour organiser des élections acceptées de tous. Et la Commission électorale nationale indépendante (CENI) n’est pas étrangère à cela. Pour le moment, les acteurs politiques également, majorité comme opposition, font preuve de responsabilité. C’est tout cela qui a permis au Burkina de disposer d’un fichier électoral presque propre. Et cela est un prérequis,   pour autant que l’on veuille que le Burkina sorte par le haut de ce double scrutin. Tout le monde doit donc travailler à ce qu’il en soit ainsi. Cela, on le doit à notre pays qui est déjà en train de subir les attaques des terroristes presqu’au quotidien. On le doit aussi aux martyrs de l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014. En tout cas, les avancées démocratiques que le Burkina connaît aujourd’hui et qui demandent à être renforcées, n’auraient pas été possibles sans leur sacrifice. Ne l’oublions jamais !

« Le Pays »