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Ces dernières années, les citoyens, particulièrement les paysans, ne gardent que de mauvais souvenirs des campagnes agricoles, car les miettes issues des périodes de culture sont loin d’assurer l’autosuffisance alimentaire dans un pays où tout a tendance à être hors de portée des populations. « L’Initiative riz » pourra-t-elle changer la donne ? Rien n’est sûr.

A l’orée de la campagne agricole, tous les yeux sont braqués sur les paysans, ces « détenteurs de l’âme » des Maliens. La question qui taraude les esprits est de savoir si la campagne à venir serait le remake des précédentes années ou s’il y aurait un changement inespéré.

L’interrogation est d’autant plus pertinente que malgré les potentialités dont dispose le Mali, les productions restent en deçà du seuil de l’acceptable, c’est-à-dire un niveau de production qui permette aux uns et aux autres de s’offrir les céréales à moindre coût.

Le président d’un pays voisin a dit une fois que « si l’Office du Niger est bien exploité, il peut servir de grenier à toute la sous-région ouest-africaine ». Il avait été sans doute séduit par les possibilités de ce « joyau » mais qui ne sont pas mises à profit.

Que diraient alors les Maliens ? Eux qui vivent dans l’Office du Niger, mais qui remuent ciel et terre pour accéder aux céréales. Les consommateurs seraient dans un autre état qu’actuellement si l’Office comblait vraiment leurs attentes.

Les récoltes locales n’arrivant pas à satisfaire la demande locale et à répondre aux souhaits des consommateurs, les céréales étrangères inondent naturellement le pays avec leurs corollaires de prix inaccessibles.

Et ce n’est pas tout le monde qui peut se servir, faute d’argent mais surtout parce qu’il y a encore quelques années, c’était « l’accès libre ». Pis, la création du Commissariat à la sécurité alimentaire, pour fructifier les acquis des cultures n’a toujours pas permis de voir le bout du tunnel, le problème paraissant à la fois structurel et technique.

Les plans de campagne agricole qui, selon le directeur national adjoint de l’agriculture, sont orientés d’abord dans le sens de l’autosuffisance alimentaire, ne correspondent pas aux besoins du monde rural ou sont appliqués à d’autres fins. Le chemin inéluctable semble être la mécanisation comme le soutiennent d’ailleurs les paysans.

Chute continue ?
« Nous ne pouvons pas espérer grand de nos cultures car nous sommes toujours au niveau primitif.

Notre agriculture doit être mécanisée pour faire de bonnes récoltes. Et ce ne sont pas quelques engins offerts par le chef de l’Etat à quelques paysans qui pourront changer la donne », vitupère un paysan. Et les croissances agricoles attendues ne sont pas atteintes tant les facteurs y concourant ne sont pas réunis.

Quoi faire alors ? Pour se « donner bonne conscience », le gouvernement, pour la campagne agricole 2008-2009, a sorti de son chapeau magique « l’Initiative riz » qui est censée mettre fin au calvaire des Maliens. Et toutes les forces vives de la nation sont mobilisées pour la réussite de l’opération. Elle suscite cependant du scepticisme chez bon nombre de citoyens. Pour plusieurs causes.

Jusqu’à présent, les intrants agricoles qui sont primordiaux et auxquels les paysans devaient avoir accès sont des plus attendus. Le président de la République l’a même publiquement déploré tout en promettant que les mangeurs d’intrants seront punis.

Après l’arrivée des intrants, commencera alors le casse-tête chinois pour en avoir. « Ce n’est pas tous les paysans qui peuvent se procurer d’intrants et les efforts de l’Etat visant à nous en donner à moindre coût ne se ressentent pas. Les intrants constituent une affaire juteuse pour certains », regrette un autre paysan.

En raison de l’absence d’un système d’irrigation agricole en dépit des nombreuses sources d’eau au Mali, « l’Initiative riz » court le risque de la rareté des pluies.

Et les pluies provoquées ne se sont pas avérées une véritable solution palliative. S’il n’y a pas assez de pluies, les récoltes seront sérieusement affectées, or rien ne rassure que la période hivernale sera abondante. En la matière, les services météorologiques se refusent à tout commentaire.


Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

16 Mai 2008