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Si le Tout-Puissant nous gratifiait d’une bonne pluviométrie cette année, la région de Kayes produira 735 569 tonnes de céréales contre 475 502 tonnes pour la campagne précédente, soit un excédent de 260 067 tonnes toutes céréales confondues. Ces chiffres ont été dévoilés dans la capitale du rail, le lundi 16 juin 2014, à la faveur du lancement officiel de la campagne agricole 2014-2015 dans la région.

Après Sikasso, Ségou, Koulikoro et le district de Bamako, le ministre du Développement rural, Dr Bocary Tréta, a procédé le lundi dernier, au lancement officiel de la campagne agricole au titre de l’année en cours dans la région de Kayes.

Exercice de routine pour le ministre Tréta depuis la tenue, le 5 mai 2014, du Conseil supérieur de l’agriculture. La rencontre de Kayes a été dominée par la présentation du plan de campagne harmonisé et consolidé 2014-2015 de la région et des échanges entre le ministre du Développement rural et les cadres régionaux relevant de son département.

S’agissant du plan de campagne harmonisé et intégré de la région de Kayes, il ressort de la présentation du Directeur régional de l’agriculture (DRA) Oumar Fofana, que ce plan a été élaboré selon une approche ascendante (des communes vers la région) et descendante (du niveau national vers les régions) se traduisant par la prise en compte de la vision du département et la consolidation des données. Dans la 1ère région, cette campagne va dégager un excédent de 260 067 tonnes, toutes céréales confondues.

Cette production représente 8,6 % de la production nationale. De l’exposé du Directeur régional de l’agriculture, on note que la campagne présente aussi plusieurs autres objectifs clairs de production. C’est le cas du coton dont les prévisions sont estimées à 42 000 tonnes pour une superficie de 43 000 ha, soit 7% de la production nationale. S’agissant des légumes, le plan harmonisé prévoit de produire pour le niébé 15 929 tonnes sur une superficie de 37 690 ha.

Pour le sésame, sa production atteindra 2166 tonnes sur une superficie de 5700 ha.
Zone de production par excellence de l’arachide, la région de Kayes n’entend pas trahir cette réputation pour la campagne agricole en cours. Au compte de cette dernière, elle se propose de produire 133 900 tonnes d’arachide sur une superficie de 133 900 ha.

Outre les objectifs clairs de production de céréales et légumes, le plan de campagne 2014-2015 de la région de Kayes présente plusieurs autres activités comme la recherche agricole, les aménagements hydro-agricoles et l’équipement rural. 

D’autres activités agricoles de la campagne

Au plan de la recherche agricole, il existe dans la région 10 projets dont 4 pour le lait, 2 pour la viande, 1 pour les fourrages, 1 pour le riz et 2 pour l’arachide. Aussi, il est attendu la production de semence de base arachide pour 7 variétés : 6 000 Kg; semence R1 arachide 2 variétés : 16 000 Kg; R1 niébé (Kôrôbalen) : 800 Kg ; et R1 sorgho (Jacumbè) : 2 000 Kg. Pour le Directeur régional de l’agriculture, Oumar Fofana, cette campagne verra l’introduction de 24 unités de zébus maure, 12 unités de Taurin N’dama dans les élevages en collaboration avec le PADEPA-KS et l’introduction de 50 boucs métis anglo-nubiens dans les élevages.
Dans les domaines des aménagements hydro-agricoles et l’équipement rural, les objectifs portent sur 4 000 ha, soit 16% des objectifs nationaux.

Ainsi, en maitrise totale, il est prévu 323 ha et 3 677 ha en maitrise partielle (submersion contrôlée et bas-fonds). Pour Oumar Fofana, la réalisation des objectifs de la campagne agricole contribuera à l’atteinte des objectifs du programme gouvernemental d’aménagement hydroagricole 2014-2018, qui porte sur 7 693 ha dans la région de Kayes, soit 52%. Quant aux superficies nouvelles à exploiter en 2014, elles s’élèvent à 300 ha (riz et maïs essentiellement). Dans le domaine de la protection des végétaux, la campagne 2014-2015 prévoit 4130 ha à prospecter et 1270 ha à traiter. S’agissant du renforcement des capacités, la région de Kayes formera 25 agents d’appui-conseil, des brigades villageoises d’intervention (300 producteurs) des producteurs et des magasiniers sur la conservation des denrées stockées.

Pour faire face à ces défis, Kayes affiche des besoins en produits phytosanitaires de 900 litres et en matériels de traitement pour 78 pulvérisateurs conventionnels et 5 atomiseurs à dos. La région de Kayes n’est pas dans la zone grégarigène, cependant en cas d’invasion elle pourrait être fortement affectée surtout au niveau de la frontière de la zone grégarigène du Sénégal et de la Mauritanie. C’est pourquoi les prévisions de prospection et de traitement sont respectivement estimées à 89 825 ha et 6 745 ha au compte de cette campagne.

Aux cadres régionaux du secteur du développement rural, le ministre Tréta a rappelé la mission première de son département qui est de nourrir les Maliens en quantité et en qualité. Il les a exhortés à changer de méthodes si le Mali doit réussir le tournant important dans lequel il se trouve «Nous n’avons pas beaucoup de choix si nous voulons bénéficier de la confiance que les plus hautes autorités ont placée en nous. Il y a un tournant que nous devons réussir» a expliqué Bocary Tréta.

L’Unité laitière de Danfagabougou et le périmètre irrigué de Kamankolé : deux causes de la colère du ministre Tréta

Faisant le bilan de cette visite, Bocary Tréta n’a pas manqué de souligner son mécontentement face à la gestion de deux grandes infrastructures. Il s’agit du périmètre irrigué de Kamankolé et de l’unité laitière de Danfagabougou qui aurait dû commencer à produire d’ailleurs en 2010. Sur ces sujets, Bocary Tréta est, on ne peut plus, clair : «J’ai eu le sentiment que nous devons approfondir nos approches. Elles doivent être claires et pour nous et pour les bénéficiaires. L’Etat a le devoir d’exprimer sa solidarité vis-à-vis des populations.

Mais l’Etat a des limites. Les populations qui ont la chance de bénéficier des investissements de l’Etat, doivent se sentir heureuses. En contrepartie, elles doivent assumer leurs responsabilités. Chaque fois que l’Etat doit transférer un investissement à une collectivité, forcement il y doit avoir un cahier de charges qui indique les responsabilités. Les deux cas qu’on a visités, c’est de cela qu’il s’agit.

Ce n’est pas normal que chaque deux ans ou trois ans que l’Etat revienne sur un périmètre de 11 hectares à Kayes parce que simplement on a mis beaucoup d’argent, le périmètre n’a pas été bien entretenu, il y a des choses qui sont dégradées, la pompe n’a pas marché. Mais les responsabilités sont partagées. Si les populations avaient été informées au départ, formées dans la prise en charge de l’infrastructure, je suis convaincu qu’elles se seraient organisées, qu’elles auraient créé des fonds pour l’entretien et la pérennisation de l’infrastructure.

S’agissant du dernier cas qu’on a visité qui concerne l’unité laitière, je crois qu’il y a des fautes avérées. Le Projet d’Appui aux Productions Animales de la zone Kayes Sud (PADPA- KS) a pour vocation, au-delà de tout ce qu’on peut imaginer, la construction des routes et l’augmentation des productions laitières. C’est donc un projet qui est bien ficelé, bien étudié. On sait combien coûte le projet, quels sont les investissements qui vont être faits. Donc, ce n’est pas normal qu’à la réalisation d’un tel projet qu’on s’arrête en cours de chemin ou qu’on prenne des solutions alternatives qui ne sont pas idoines.

L’instruction claire que j’ai donnée, est que le PADEPA- KS m’indique clairement le délai dans lequel elle va assurer l’achèvement de ce projet. Imaginez combien d’unités laitières auraient pu être connectées à ce réseau, combien d’élevages laitiers allaient voir le jour, s’il avait été réalisé depuis 2010. Cela aurait permis d’étendre la production de lait. C’est ce qui a manqué et cela n’est pas normal. Je crois qu’il y a eu des fautes et je crois que l’Etat a les moyens de prendre des sanctions. C’est ce que nous allons faire très concrètement pour corriger cet état de fait» a insisté le ministre Tréta.

Signalons que pour ce lancement, le ministre du Développement rural était accompagné du Gouverneur de la région de Kayes, le colonel Salif Traoré, du Directeur National de l’Agriculture, Moussa Camara, entre autres.

Yaya Samaké, envoyé spécial

19 Juin 2014