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Faire du Mali une puissance céréalière à l’horizon 2012 avec une production de 10 millions de tonnes largement au-delà des besoins nationaux. C’est l’objectif que le Projet de Développement Economique et Social (PDES) du président de la République Amadou Toumani Touré s’est assigné. Déjà, il semble que la moitié de cet objectif, soit 5 000 000 tonnes de céréales sera atteinte au terme de la campagne agricole 2008-2009.

Plusieurs facteurs ont concouru à l’atteinte de cet objectif à mi-parcours. D’abord, une bonne pluviométrie répartie dans le temps et dans l’espace, ensuite une volonté politique clairement affichée, et puis l’engagement des producteurs.

Au cours d’une conférence de presse, tenue le 20 novembre 2008 à l’hôtel Salam de Bamako, le ministre de l’Agriculture, le Pr. Tiémoko Sangaré a dévoilé les estimations de production de la campagne agricole 2008-2009. Ladite conférence de presse s’est déroulée en présence des membres de son cabinet et de la Cellule de Communication de la Primature.

Les objectifs du PDES en passe d’âtre atteint

Pressentie comme prometteuse, la campagne agricole 2008-2009 a été marquée par un contexte difficile, lié à la hausse généralisée sur les prix des denrées alimentaires, mais aussi des prix des intrants notamment ceux des engrais. C’est dans ce contexte que le gouvernement, pour faire face à la flambée du prix du riz, a lancé son ambitieux projet visant à porter la production du riz à 1 618 000 tonnes, pour une production de riz marchand estimée à 1000 000 tonnes pour couvrir les besoins de consommation du pays. L’Initiative Riz, voulue comme une réponse structurelle à la crise sur les produits alimentaires, est devenue la locomotive à toute la campagne agricole.


Près de cinq millions de tonnes de céréales

Selon les estimations disponibles au niveau des services agricoles, la campagne agricole 2008-2009 semble avoir tenu toutes ses promesses.

En effet, la production céréalière prévisionnelle est à ce jour estimée à un peu moins de cinq millions de tonnes, toutes céréales confondues.

Si ces chiffres se confirmaient, ce serait une première fois que le Mali aura réussi à produire, en une seule campagne d’hivernage, autant de céréales. 5 000 000 tonnes, c’est déjà la moitié des objectifs assignés au département de l’Agriculture dans le PDES à l’horizon 2012 !

Evaluée très exactement à 4 925 600 tonnes, la production agricole de la campagne 2008-2009 est nettement en hausse par rapport à la campagne précédente de près de 27% en ce qui concerne les céréales. Donnés pour provisoires, et susceptibles de révision à la hausse, dit-on, ces chiffres sont encore plus frappants pour ce qui concerne le riz.

De façon globale, l’excédent céréalier du Mali à l’issue de la campagne de cette année a été chiffré à 1 154 000 tonnes ; et ce sont les céréales sèches qui enregistrent la plus forte croissance, avec un excédent estimé à plus de 1 144 600 tonnes. Dans cet ensemble des céréales sèches, toutes n’ont pas connu de progression remarquable.

C’est le cas pour le maïs par exemple qui, avec une production évaluée à 719 296 tonnes, semble avoir progressé de moitié moins que le mil qui enregistre 1 463 183 tonnes ; et moins aussi que le sorgho qui a fait lui, environ 1 063 000 tonnes.

Avec ces différente estimations de production, la campagne 2008-2009 rapportée à la précédente campagne agricole, pour la seule période de l’hivernage dont les réalisations sont connues actuellement, enregistre en terme de variation un taux de plus de 24% en terme de production globale.

En ce qui concerne l’atteinte des objectifs du plan de campagne 2008, il ressort que le taux de réalisation par rapport aux prévisions est de 102,56%. Enfin, on estime que le stock disponible de céréales par tête pourrait être de 343,63 kg/hbt/an contre une norme convenue de 214 kg/hbt/an.

Initiative riz plus de 100% de taux de réalisation

De l’ensemble des chiffres se rapportant à la campagne agricole, c’est sans doute ceux se rapportant à la production de riz qui retiendront davantage l’attention, Initiative Riz oblige. Et à ce niveau aussi, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Avec une production globale estimée à 1 624 246 tonnes, l’Initiative Riz aura tenue toutes ses promesses, atteignant un taux de réalisation de 100,39%.

Il faut signaler pour rappel, que l’Initiative Riz a été lancée par le gouvernement dans le contexte de la crise généralisée sur les prix des denrées alimentaires, ceux du prix ayant connu la plus forte croissance depuis la moitié de l’année 2007. La volonté affichée était de mobiliser toutes les parties du territoire présentant de réelles potentialités pour la culture du riz.

Le plan opérationnel qui a été mis en oeuvre prévoit des subventions à apporter pour les semences dans les nouvelles zones de production ; la mécanisation de la production ; l’encadrement des exploitants agricoles par le recrutement de 102 encadreurs pour renforcer le dispositif existant ; et enfin les subventions pour les engrais.

Souvent surévaluée, la réalité de la subvention faite par l’Etat pour soutenir la production dans le cadre de l’Initiative Riz se chiffre très exactement à la somme de 10,71 milliards de F CFA de subvention orientée principalement sur les intrants (semences et engrais) et l’appui conseil. Le dispositif mis en place a été structuré comme suit :

– Le financement de la production : Dans le cadre de cette opération, le gouvernement s’engage à apporter une subvention pour le financement des engrais, de la semence et de l’appui conseil.

l’Etat a apporté une subvention de 9,42 milliards F CFA (soit 22% pour l’urée et 43% pour le DAP) afin de ramener le prix de cession du sac de 50 Kg de 16 000 F CFA à 12 500 F CFA pour l’urée et de 22 00 F CFA à 12 500 F CFA pour le DAP.


– Les Semences :
La subvention attendue de l’Etat sur le riz NERICA pour les zones d’extension est de 934,2 millions F CFA.

– Les Equipements : L’Etat mettra les équipements à la disposition des organisations paysannes à crédit; Le coût de ces équipements est estimé à 701 millions. Dans ce cadre, les équipements prévus étaient de :

• 70 motoculteurs pour la zone Office du Niger ;

• 100 batteuses à riz, 100 décortiqueuses à riz ;

• 5 mini-rizeries pour la zone Office du Niger ;

• 36 motopompes pour les petits périmètres irrigués villageois de Gao, Mopti et Tombouctou.

L’Etat devait en outre apporter un appui au fonctionnement de la station de pompage de la plaine de San Ouest à hauteur de 32 millions de F CFA.

– L’Appui conseil : Dans le cadre de l’appui conseil, l’effectif a été renforcé avec un équipement complémentaire de 200 motos et leur fonctionnement pour un coût de 325 millions de F CFA. 102 agents de base ont été recrutés.

Les modalités d’utilisation de la subvention de l’Etat : La subvention de l’Etat a été utilisée à travers les banques et les systèmes financiers décentralisés (SFD) partenaires de l’opération sous l’égide de la Banque Nationale de Développement Agricole (BNDA), chef de file.

L’Initiative Riz qui a réellement mobilisé les producteurs à travers tout le pays, avait aussi été voulue comme le démarreur du volet agricole du PDES, avec l’ambition de réussir un véritable bond qualitatif et quantitatif dans la production du riz. Le meilleur indicateur de cette adhésion des producteurs est sans doute l’ampleur prise par les superficies allouées à la culture du riz : 609 583 ha.

Selon les estimations, à l’issue de la campagne, la production de riz avec un excédent de plus de 117 240 tonnes, a atteint les objectifs fixés en début de campagne, à savoir arriver à dégager un excédent commercialisable de 100 000 tonnes.

Une chose est de produire beaucoup, l’autre chose est de répartir de façon équitable cette production entre les zones de consommation au profit de tous. C’est le grand défi qui reste à relever. Les plus hautes autorités du Mali comptent améliorer les capacités de stockage des services compétents tels l’OPAM, l’accompagnement des producteurs, la capitalisation des acquis.

Chez nous, puisque la culture du riz c’est pendant la saison pluvieuse et la contre saison, les services du ministère de l’Agriculture ambitionnent de produire 5 175 tonnes de semences NERICA afin de couvrir les besoins au titre de la campagne 2009-2010.

Si la production céréalière a augmenté par contre, celle du coton a fortement chuté passant de 600 000 tonnes à 190 000 tonnes. Cette baisse aura des conséquences sur la production de l’aliment pour bétail, donc du prix de kg de la viande, mais aussi de l’huile.

Le ministre Tiémoko Sangaré nous apprend que son homologue de l’Elevage et de la Pêche est en train de prendre des dispositions pour pallier à ces difficultés.


Daba Balla KEITA

24 Novembre 2008