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Sur les 80 000 réfugiés du camp de Mbéra, plus de la moitié sont des Mauritaniens. Ils sont originaires de Bassikounou (dont la population est de 8 000 habitants) et des villages environnants. Ils ont abandonné leurs maisons et ont élu domicile au camp. A l’intérieur du camp, ils se disent maliens et bénéficient des mêmes traitements que les réfugiés maliens. C’est une véritable supercherie mise en place avec la bénédiction des autorités de Nouakchott. Lorsque les dons arrivent, ils se les partagent et donnent ce qui en reste à la petite communauté des Maliens.

Mbéra a été créé, il y a à peine cinq mois, depuis que les premiers coups de feu ont tonné au nord du Mali. Pourtant, ce camp de réfugiés à la frontière malienne est aujourd’hui la quatrième plus grande ville de la Mauritanie et peut être comparée selon beaucoup d’observateurs à Dadaab au Kenya en raison du nombre de plus en plus croissant de réfugiés.

Ce camp a été mis sur pied pour accueillir les personnes fuyant le conflit qui sévit dans le nord du Mali et est situé à 18 km de la ville de Bassikounou.

Selon des estimations fournies par les autorités mauritaniennes plus de 400 personnes arrivaient par jour au tout début du conflit. Mbéra compterait aujourd’hui plus de 80 000 habitants. Nouadhibou et Kiffa, les deuxième et troisième villes du pays, ont chacune une population de 100 000 habitants.

La ville de Bassikounou proche du camp des réfugiés, compte en revanche moins de 8 000 habitants. Quant à Mbéra, il pourra probablement atteindre les 100 000 habitants, si le conflit au Mali devait perdurer, avait déclaré, il y a de cela quelques jours, Mohamed Abdallah Ould Zeidane, président de la commission nationale chargée des réfugiés maliens en Mauritanie. En dépit des efforts consentis par le Haut commissariat pour les réfugiés, beaucoup reste encore à faire en terme de prise en charge.

Le 29 juin 2012 un convoi humanitaire de l’association musulmane Ançar Dine de Chérif Ousmane Madani Haïdara est arrivé à Mbéra sous la conduite du coordinateur Ali Garango. L’association Ançar Dine qui avait affrété trois camions remorque, a livré 80 tonnes de produits composés de riz, de mil, de maïs, de farine et de biscuits, de chaussures, de nattes, d’habits, au HCR. Le tout pour une valeur de plus de 100 millions FCFA. C’est le lieu de préciser que c’est le plus grand convoi humanitaire jamais enregistré dans ce camp depuis son installation.

La particularité à Mbéra est que peu de pensionnaires du camp sont des Maliens. La majorité est composée de Mauritaniens venus grossir le rang des réfugiés.

Qui sont ces Mauritaniens qui se font passer pour des réfugiés maliens ?

Selon une source diplomatique, lorsque le camp des réfugiés a été installé à Mbéra, après l’éclatement du conflit au nord du Mali, de nombreux Mauritaniens ont rallié la localité pour être logés au frais du HCR. Ils ont trompé la vigilance des responsables du Haut commissariat en complicité avec des agents mauritaniens pour se faire passer pour des réfugiés maliens.

Ils viennent pour la plupart de Bassikounou et des villages environnants. Ils ont abandonné leurs maisons pour débarquer avec familles et bagages au camp et bénéficient des mêmes traitements que les réfugiés maliens. Et lorsque les dons arrivent, ils sont mieux servis que les véritables réfugiés. L’autre discrimination exercée dans ce camp concerne les réfugiés de peau noire. Ces derniers, indiquent une source proche, n’ont droit à leur ration alimentaire qu’après que toute la file de la communauté blanche du camp soit passée.

Une situation que beaucoup de réfugiés maliens commencent à dénoncer. Un d’entre eux venu de Tombouctou sous couvert d’anonymat relève qu’il y a « très peu de Maliens dans le camp. Ceux qui y vivent sont mauritaniens, d’autres parmi eux louent leur maison et viennent habiter dans le camp. Nous ne pouvons même pas dénoncer ouvertement cette situation parce que ces réfugiés mauritaniens sont de mèche avec les autorités de Nouakchott« .

Toutes choses qui font dire à beaucoup de personnes que les autorités de Nouakchott exploitent la présence des réfugiés maliens pour noyer leur incapacité à faire face au malaise social de leur peuple.

Abdoulaye DIARRA

L’Indépendant du 10 Juillet 2012