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Le ministre de la justice du gouvernement Cheick Modibo Diarra a un antécédente qui lui colle parfaitement à la peau : celui de démissionnaire de son poste de substitut du Procureur de Kati. Une attitude diversement appréciée par l’opinion et qui lui valut d’être radié de la Fonction par l’ex-président Touré, en exil.

Les circonstances l’ont amené, par la suite, à prendre la tête du département en charge de la même justice. Près de quatre mois après sa prise de fonction, Malik Coulibaly se propose de changer la configuration de l’appareil judiciaire. Il ne mit apparemment pas de temps à réfléchir sur la justesse des actes à poser. Contre les principes réglementaires, il profita de l’absence du président Dioncounda Traoré pour convoquer les membres du bureau du Conseil supérieur de la magistrature.

C’était pour leur signifier sa ferme intention de procéder à des nominations et à des affectations. Ce Conseil qui compte des magistrats rompus à la tâche et très calés dans la récitation des textes de la justice ont indiqué au jeune ministre les vices de forme dans la procédure qu’il entama. Non seulement le moment ne semble pas choisi pour cela – du fait de la particularité de la situation d’ensemble du pays – mais aussi, seul le président de la République est habilité à convoquer une rencontre du Conseil supérieur de la magistrature. Or, tel n’était pas le cas.

Malgré ces « exceptions » soulevées par ses collègues, Malik est resté sur sa décision. Il ne perdit pas de temps avec le retour au bercail de Dioncounda. Il prit bonnement son projet et l’amena au président de la Transition qui devait avoir la tête certainement ailleurs. Par la suite, selon nos sources, le président Traoré s’est fait dicter le contenu du document. Il demanda à ses conseillers de le mettre de côté puisqu’il y a plus urgent à faire.

Entretemps, avancent nos sources, le Syndicat autonome de la magistrature (SAM) a écrit une correspondance professionnelle au président de la Transition aux fins d’attirer son attention sur les conséquences liées à la mise en œuvre éventuelle du projet du ministre Coulibaly. C’est alors que le destinateur de ladite correspondance a renvoyé sine die la réunion du Conseil supérieur de la magistrature. Ce qui signifie en termes clairs un désaveu pour Malik. Lequel, se demande finalement l’opinion, quittera-t-il ou non l’équipe gouvernementale de sa propre initiative? Puisqu’il est connu pour cela. Seulement, voilà, un poste de ministre n’a pas la même valeur qu’un poste de Substitut.

C’est vrai que notre magistrature est loin, et même très loin d’être au-dessus des soupçons. Mais, il convient de savoir que le ministre a voulu aller trop loin et plus vite pour un membre d’un gouvernement de Transition. Sa détermination est d’autant sujette à interrogation qu’il a même fait appel à des magistrats en détachement dont certains ne voulaient plus revenir dans le corps.

Les mauvaises langues précisent même que le projet de mutation est fait contre les militants du Syndicat autonome de la magistrature (SAM) au profit de son rival, le Syndicat libre de la magistrature (SYLIMA) dont le président siège dans le même gouvernement que Malik Coulibaly. Si le jeune ministre a voulu danser plus vite que la musique, il n’en demeure pas moins que sa détermination à amener un changement qualitatif au sein de la corporation est légitime et même souhaitable.

Comme l’avait voulu un certain Me Tapo (Abdoulaye Garba). Et comme son prédécesseur réformateur, le jeune « petit n’imprudent » risque de se faire brûler les ailes. Comme ICARE. Ils sont trop forts, ces magistrats. Parce qu’ils sont trop faux. Ces politiques.

Abdoulaye Ladji GUINDO

Liberté du 09 Août 2012