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Indiscipline, coups bas, crocs-en jambe… Le gouvernement du Premier ministre Modibo Sidibé évolue comme une mafia dans laquelle tous les coups sont permis. La notion de solidarité gouvernementale est un vain mot, l’atmosphère est délétère.

Le 21 juillet, la cérémonie d’ouverture de la table ronde des bailleurs de fonds sur le financement de l’échangeur complexe au rond point de la paix, a réuni le Premier ministre Modibo Sidibé, le ministre de l’Equipement et des Transports Ahmed Diané Séméga et le ministre des Finances Abou Bakar Traoré.

Le Premier ministre louait ce projet d’échangeur complexe qui permettrait d’assurer la fluidité de la circulation, à ce niveau de la ville, du nord au sud et de l’Est à l’Ouest. De son côté, le ministre de l’Equipement et des Transports, Ahmed Diane Semega, s’adressant aux partenaires financiers se référait à la présence de Modibo Sidibé qui a présidé la cérémonie d’ouverture, comme étant un gage de l’intérêt que tout le gouvernement accorde à son projet.

Ces congratulations et cette belle image sont loin de la réalité des rapports. Le gouvernement ressemble aujourd’hui à un champ d’affrontement, de bagarre.

Joint par nos soins, à propos des conflits au sein de l’attelage gouvernemental, le Chargé de Communication du Premier ministre, Cheikna Hamalla Diarra, nous a indiqué que ce dernier n’a de griefs contre aucun membre du gouvernement.

« En tant que chef du gouvernement, il veille à la coordination de l’équipe gouvernementale… Le Premier ministre n’a aucun problème avec Tiemoko Sangaré qui fait régulièrement référence à lui quand il parle de l’Initiative riz. Il aurait pu parler de l’initiative du gouvernement comme le suggère le Premier ministre avec insistance. La preuve que ça va entre Modibo Sidibé et Tiémoko Sangaré est qu’ils iront ensemble le samedi prochain sur le terrain », précise notre interlocuteur.

Depuis quelques semaines, le gouvernement connaît une cacophonie caractérisée par des accrocs entre certains ministres. Le chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré, s’est lui-même fait l’écho de ce cafouillage au sein du gouvernement à Sonikégny (Kati), le 6 juillet lors de la journée nationale du paysan.

C’est la guéguerre dans le gouvernement et ça va dans tous les sens. « Les ministères ne parlent plus le même langage. Quand le ministre de l’Agriculture préconise un système, celui des Finances soutient le contraire et vice versa ». Le président de la République a même promis aux paysans de mettre de l’ordre en s’impliquant personnellement. «Je vous dis que les choses ne vont pas rester comme çà. Je vais m’impliquer personnellement.

Je mettrai fin à tous les différends qui existent entre les ministères », avait souligné le président ATT. Cette décision du président de s’impliquer est perçue comme un aveu de l’impuissance du Premier ministre à gérer les différends au sein de son gouvernement.

En effet, on apprend de sources concordantes que l’autorité du Premier ministre est contestée dans son gouvernement. Les deux principaux ministres du Mouvement citoyen, « les deux Ahmed », comme on les appelle, (Diane Semega et Sow) n’auraient aucun égard pour Modibo Sidibé. Selon certains conseillers proches de Modibo Sidibé, les deux ténors du Mouvement Citoyen ne peuvent tenir tête au Premier ministre sans le soutien tacite du président ATT. Accusation grave.

Lors d’un conseil de Cabinet, il y aurait eu une vive altercation entre le ministre des Finances et celui de l’Energie sur l’interconnexion électrique entre le Mali et la Côte d’Ivoire.

Le Premier ministre aurait soutenu le ministre des Finances Abou Bakar Traoré qui est son grand ami. Au finish, l’affaire a été portée devant le Président ATT qui l’a tranchée en faveur du ministre de l’Energie, des Mines et de l’Eau, Ahmed Sow.

Les incidents de ce genre seraient nombreux. Le ministre des Finances, Abou Bakar Traoré, serait fréquemment critiqué par le président de la République qui n’hésite pas à l’inviter à se démettre s’il n’est pas d’accord.

Quant à Ahmed Sow, l’origine de ses conflits avec Modibo Sidibé remonterait au début de l’affaire CDE, selon plusieurs animateurs du Mouvement citoyen. Ceux-ci ne se privent pas de dire que si Ahmed Sow n’a pas été nommé Premier ministre après le départ de Pinochet, c’est que quelqu’un aurait comploté contre lui depuis Bamako.

En poussant leur raisonnement, et en suivant leurs regards, ces barons du Mouvement citoyen indexent Modibo Sidibé et son entourage. Le développement de l’affaire CDE, l’enquête de l’OLAF et les conclusions de cette enquête sont au centre des différends entre Modibo Sidibé et les deux Ahmed.

Par ailleurs, les mésententes entre le Premier ministre et le ministre de l’Agriculture Tiémoko Sangaré sont aussi sur la place publique. Ce dernier subit stoïquement les colères du Premier ministre contre la gestion de son département et celle de l’initiative riz en particulier.

Toutefois, le Chargé de Communication du Premier ministre, Cheikna Hamalla Diarra, a soutenu que Modibo Sidibé n’a pas de griefs ni contre Ahmed Sow ni contre Ahmed Diane Semega, encore moins Tiémoko Sangaré.

Concernant le dossier du CDE, selon Cheicna Hamalla Diarra, “quand l’OLAF a écrit au gouvernement, Modibo Sidibé n’était pas encore Premier ministre. Mais quand un ministre a ce genre de problème, qui fait intervenir des autorités extérieures, c’est le problème de tout le gouvernement malien. Pour le moment, il y a la solidarité gouvernementale”, indique-t-il.

Certains partenaires demandent le départ d’Ahmed Sow, à la suite de l’enquête de l’OLAF et menacent de geler leurs financements dans le secteur de l’Energie et de l’Eau, tant qu’il restera au gouvernement. Le Premier ministre n’est pas insensible à ces genres de menace. Il souhaite le départ de Ahmed Sow. Ce qui ravive la tension entre les deux hommes et leurs clans respectifs.

Le récent séjour médical du PM en France serait lié, selon les milieux proches des deux Ahmed, à ses déconvenues au sein du gouvernement. Vrai ou faux ? C’est dire qu’au sein du gouvernement, on fait feu de tout bois. L’atmosphère est délétère.

Si avec les différentes crises que le Mali traverse, certains s’attendaient à un gouvernement de combat, la réalité est que nous avons un gouvernement de petites querelles, de mesquinerie et de petits coups.

Comme le dit Le Matinal dans son édition du 22 juillet 2008: « … le gouvernement est déchiré par des querelles d’intérêt personnel et souvent individuel, la République va mal, même très mal… ». Ce constat fait par un journal qui n’est pas connu pour son hostilité au régime en dit long sur la gravité de la situation.

Au lieu d’agir, le président de la République se contente d’observer, de compter les coups et de commenter, comme il l’a fait à Soninkégni, le 6 juillet dernier, lors de la journée du paysan. Ce qui est attendu du Président, ce n’est pas de commenter, en public et en direct à la télé, ce qui ne va pas au sein de son gouvernement, mais c’est d’agir pour y mettre fin.


B. Daou

24 Juillet 2008