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Après l’échec de la conférence de Paris qui n’a pu parvenir à la signature de l’accord bilatéral de gestion concertée des flux migratoires et du développement entre le Mali et la France, la question revient au centre des débats. Ainsi le ministre français de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, Brice Hortefeux est attendu à Bamako. Les hautes autorités du Mali seraient acquises à la cause.

C’est dans un communiqué de presse que la Cimade à Paris, a attiré l’attention sur le « risque de signature imminente de l’accord de gestion concertée des flux migratoires entre la France et le Mali ». Ce mouvement humanitaire basé à Paris est en partenariat très étroit avec l’Association malienne des Expulsés (AME).

Ainsi, la Cimade a participé avec la société civile malienne à l’organisation d’une grande mobilisation à Paris, en novembre dernier contre la signature de cet accord lors de la Conférence euro-africaine sur le développement et les migrations. C’était au lendemain d’une visite au Mali du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner.

Le ministre des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration africaine, Dr Alou Badra Macalou avait effectué le déplacement à Paris. Tous les ingrédients étaient réunis pour la signature. On sait que le Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur avait souligné des réserves dans le sens de la régularisation des Maliens en situation irrégulière en France.

Mais les manifestations affichées contre cet accord, qui a tout l’air d’une autorisation d’extradition, semblaient avoir eu raison à l’époque, de la résolution des autorités à le signer.

Le ministre malien qui a été reçu par le ministre français de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, Brice Hortefeux le 24, est revenu sans signer le document.


Cette semaine, une importante délégation du ministère français en charge de l’immigration, serait attendu à Bamako.

Dans le milieu des immigrés maliens en France, et dans celui des défenseurs de leurs droits, il est généralement admis que cet accord, tout comme les autres accords de ce type signés par la France, a pour objectif d’inciter les autorités maliennes à coopérer en matière de lutte contre l’immigration illégale, en facilitant la délivrance des laissez-passer qui permettent l’expulsion effective des maliens en situation irrégulière en France.

« En échange, le gouvernement français promettrait des possibilités très limitées de migration légale et d’aide au développement qui figurent déjà, pour l’essentiel, dans les dispositifs de droit commun. Le Mali étant un important pays de transit, il est à craindre que les clauses de réadmission contenues dans cet accord permettent également le renvoi au Mali de ressortissants de pays tiers », estime la Cimade dans son communiqué rendu public le 2 janvier.

L’Association Malienne des Expulsés (AME) et La Cimade qui se sont érigées contre la signature de tels accords prévoient à cet effet, une « grande mobilisation de la société civile en France et au Mali pour faire respecter les droits fondamentaux des migrants et rejeter un tel accord auquel ni le Mali, ni les maliens n’ont intérêt ».

De son côté, la Coordination des sans-papiers 75, qui occupe la Bourse du travail de Paris depuis huit mois pour demander la régularisation de 1500 sans-papiers dont une majorité de Maliens, a appelé à une forte mobilisation le 7 janvier 2009, devant le consulat du Mali à Paris, « afin de déjouer ce qui se trame entre les gouvernements français et malien derrière le dos des Maliens sans-papiers de France. »

Au Mali, personne ne doit rester en spectateur ; les députés maliens, ainsi que l’AME, doivent « se mobiliser sans tarder au pays, contre le ministre des Maliens de l’extérieur qui est en train de vendre ses frères, et de compromettre de la sorte, lourdement, l’économie même de la population malienne. », souligne un appel de la CSP 75.

Ces manifestations programmées en France feront certainement tache d’huile à Bamako. C’est ainsi que le Forum pour un autre Mali (FORAM) et l’Association Malienne des expulsés (AME) ont produit une déclaration commune pour plaider en faveur d’une «  politique migratoire maliano-française véritablement concertée et solidaire« .

La déclaration commune critique le projet d’accord bilatéral entre le Mali et la France : « un tel accord, qui … n’a rien de concerté, ni de démocratique.

Il est à dénoncer du fait de cette opacité et de son caractère coercitif puisque la France revient à la charge pour la troisième fois », souligne la déclaration. « Contrairement aux promesses de “développement solidaire”, “d’aide publique au développement” et de “rentabilisation des fonds des migrants”, la France attend des autorités maliennes qu’elles lui prête main forte dans la réalisation de l’objectif global de 30 000 expulsions pour cette année 2009.

La réticence des consulats des pays d’origine à délivrer des laissez-passer qui a largement entravé la réalisation, en 2008, de l’objectif de 26 000 expulsions doit être levée pour que le Pacte européen sur l’immigration et l’asile s’applique pleinement. La France qui se félicite de la signature de ce pacte par les autres membres de l’Union Européenne (UE) est particulièrement dure avec les ressortissants de ses anciennes colonies », expliquent le FORAM et l’AME.

Malgré tout, certains proches du dossier croient que l’accord tant décrié va être signé par le Mali parce qu’ayant déjà fait l’objet d’adhésion de nos hautes autorités. Pour la France cet accord est une nécessité, ce qui explique le ballet diplomatique autour de la question.

Le 11 décembre 2008, l’Ambassadeur de France au Mali, Michel Reveyrand- de Menthon déplorait l’inexistence d’accord bilatéral entre le Mali et la France, malgré l’ancienneté de la Coopération entre les deux Etats.

Il a déclaré qu’il était dans l’intérêt de tous d’en venir à cet accord mais qu’il n’y a pas de pression de la France sur le Mali pour ce faire. Pour l’Ambassadeur, les discussions se poursuivent entre autorités maliennes et françaises, et le président ATT a confirmé qu’il souhaiterait parvenir à un accord, avait conclu l’Ambassadeur.


Boukary Daou

06 Janvier 2009