Partager

Après une courte campagne électorale express de quelques heures, le second tour de l’élection présidentielle s’est tenu, hier 11 août. Sauf miracle pour le candidat Soumaïla Cissé, les jeux semblent être faits en faveur de son grand rival, Ibrahim Boubacar Kéita. Le président du RPM, en effet, a fait le plein des ralliements avec plus de vingt candidats battus au premier tour du scrutin.

Le plus significatif est sans aucun conteste, le candidat investi de l’Adema, Dramane Dembélé, qui a courageusement pris son courage à deux mains pour reconnaitre l’évidence : IBK qu’un vote populaire et massif a crédité d’un score de 39, 7%, soit plus de vingt pour cent devant son concurrent immédiat. En plus du candidat de la Ruche, IBK a été rejoint par Housseïni Amion Guindo, président de la Codem, candidat des Partis unis pour la République (PUR) et partis alliés, qui arrive en cinquième position. Pour rappel, ce jeune candidat est député élu à Sikasso où il jouit d’une très grande popularité.

Son implication a certainement été déterminante dans cette région mais aussi dans le plateau dogon d’où il est originaire. Quant à Soumaïla Cissé, il a bénéficié du soutien peu utile d’une partie du comité exécutif de l’Adema et de celui de Modibo Sidibé, arrivé quatrième, qui a été lâché par ses principaux lieutenants qui lui reprocheraient son manque de réalisme politique. Ceux-ci ont rejoint les rangs d’IBK.

Le candidat de l’URD a également eu l’insignifiant apport de Jeamille Bittar, candidat malheureux aux législatives de 2007 qui est connu pour n’avoir aucune base électorale solide.

Plus de 20% de différence : l’écart s’est creusé en faveur d’IBK

Le candidat du RPM, contrairement à certaines rumeurs distillées ça et là par des acteurs politiques manipulateurs et désinformateurs, et colportées par certains confrères mal inspirés qui se sont fait piéger, est parvenu à creuser l’écart entre lui et le porte-drapeau de l’URD. En effet, de moins de 20% après la proclamation par le ministre en charge des élections, ce score est passé au-dessus des vingt pour cent, confortant la marge du Tisserand en chef. Aussi, IBK est maintenant presque sûr d’arriver à ses fins, du moins si l’on s’en tient au simple calcul mathématique qui veut que la totalisation des voix de ses désormais alliés reportées sur lui permet de franchir la barre des cinquante pour cent.

Second tour de scrutin : le taux de participation, seul véritable enjeu

C’est le taux de participation qui demeure le principal enjeu. Au premier tour, il avait été remarquable, historique même, ayant atteint pour la première fois au Mali la barre de 48,98%. Et encore, beaucoup de monde n’avait pas pu voter, faute d’avoir pu retirer la carte NINA ou d’avoir pu identifier le bureau de vote. L’administration avait promis de remédier à ces imperfections. La commission de distribution des cartes d’électeurs a été réactivée et des numéros verts ont été mis à la disposition des électeurs afin qu’ils puissent connaitre par téléphone le lieu où ils doivent s’acquitter de leur devoir civique. Tout allait bien donc, ce dimanche, jusqu’aux environs de 06 H, heure que la pluie a choisie pour s’inviter à la fête, ici à Bamako. A 08H30 encore, certains centres n’avaient pas ouvert leurs portes.

A Tessalit, extrême nord du pays, une pluie dévastatrice a aussi certainement handicapé le taux de participation, la ville ayant été inondée avec d’importantes pertes matérielles. Pour les autres localités du nord, pas d’intempéries naturelles. En revanche, les forces armées et de sécurité du Mali, les troupes de la Minusma et les soldats de l’opération Serval sont restés en alerte maximum, craignant des actions des groupes islamistes dont les mouvements ont été signalés dans les alentours. C’est donc grâce aux soldats maliens, africains et français que les populations du nord ont pu voter en toute sécurité.

48,98% de participation : un vote populaire pour IBK

On a eu tort de croire qu’IBK n’a que le soutien des groupes musulmans et militaires. Ce taux de participation de 48,98%, handicapé par de nombreux abstentionnistes forcés, prouve que le scrutin du 28 juillet a été un vote populaire. C’est le peuple malien qui est sorti massivement pour voter parce qu’il a soif de changement et d’un nouveau départ pour le Mali. Ce même peuple s’était déjà exprimé, à plusieurs reprises, lors des sorties des associations du Mouvement populaire du 22 mars (MP 22), de Yérèwolo ton et la Copam (Coordination des organisations patriotiques du Mali) contre les élucubrations du Front de sauvegarde de la démocratie et de la République (FDR). Mais le peuple n’a pas voté pour le représentant de ces associations, Oumar Mariko de Sadi, jugées sans doute trop extrémistes pour panser les nombreuses plaies. D’ailleurs, le secrétaire général de Sadi a vite fait de rejoindre IBK qui constitue, à ses yeux, le moindre mal. Ce même peuple s’est sans doute exprimé davantage, hier, afin de porter à Koulouba IBK à la place de Soumaïla Cissé dans lequel il ne se reconnait pas trop.

Second tour de la présidentielle : Madani Tall penche pour IBK

Le président de l’ADM (Avenir et Développement du Mali), Madani Tall s’est fendu d’une tribune dans laquelle il affiche sa préférence pour IBK. Aux dires de ce proche conseiller du président Amadou Toumani Touré, il avait toujours eu un penchant pour le président du RPM, même lorsque celui-ci était dans l’opposition. Madani Tall également jouit d’une certaine popularité au sein de la jeunesse. Normal, il a été l’un des premiers acteurs politiques à dénoncer le coup d’Etat du 23 mars 2012 et à fustiger les violations de la Constitution auxquelles se sont livrés les mauvais raccommodeurs de la Cédéao, de la société civile et d’une certaine classe politique.

Ces derniers notamment ont tout tenté pour faire de la récupération. Jusque-là, ils avaient réussi à divertir le peuple à coup d’hypocrisie et de duplicité. Mais l’élection d’IBK va sans doute faire rentrer les choses dans l’ordre. Madani Tall est également ce candidat à la présidentielle du 28 juillet passé, qui refusé de se plier aux diktats jugés anticonstitutionnels et immoraux que sont les achats de parrainages d’élus et le paiement d’une caution pour prétendre à la validation d’une candidature à l’élection présidentielle. Beaucoup d’autres candidats avaient le même point de vue que lui, mais, hélas ! ils ont plié l’échine devant l’administration.

Cheick TANDINA

Le Prétoire du 12 Août 2013