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Pendant trois jours, plus de six cents personnes venues de tout le pays étaient censés se pencher sur plus de dix ans de processus de décentralisation au Mali. Ce nouveau mode de gouvernance est entré dans sa phase active, en 2000, avec l’installation des autorités des communes rurales, trouvant sur place une vingtaine de communes urbaines. Le projet avait été rondement mené sur papier, notamment par Ousmane Sy son principal maître d’ouvrage.

L’État devait transférer, essentiellement, ses compétences en matière d’éducation, de santé et d’hydraulique de base. Mais longtemps et beaucoup attendu, le transfert de ressources qui devait accompagner le transfert de compétences n’a jamais été une réalité. L’État central n’a jamais fait confiance aux élus locaux au point de leur confier les ressources publiques, les maires, dans une grande majorité, se sont illustrés par la mauvaise gestion et la gabegie du peu de ressources qu’ils percevaient de l’État (subvention) ou de leurs équipements marchands.

Sur le plan de l’administration communale, ils se sont également illustrés par le népotisme, la concussion et la corruption, notamment dans le recrutement des personnels communaux, locaux et régionaux. Résultat : la décentralisation a été un fiasco dans la plupart des collectivités, notamment celles du nord et du centre du pays.

Cependant, la faute n’incombe pas seulement à ce manque de transfert de ressources, plusieurs autres facteurs pouvant être incriminés. C’est pourquoi des états généraux de la décentralisation se révèlent nécessaires. Mais pas tels que le gouvernement les sert au peuple. En effet, il aurait fallu préparer cela depuis la base jusqu’au sommet, autrement dit, mener des concertations à tous les niveaux : village, commune, cercle, région avant les assises nationales. Cela s’est déjà fait pour d’autres thématiques et a permis de recueillir les attentes de tous les citoyens, d’appréhender les spécificités régionales, les réalités locales.

Des frustrés absents et capricieux : IBK, avocat du diable ?

Depuis des années, les groupes armés touareg rebelles et terroristes ne manquent pas une occasion pour faire du lobbying, jouant la victimisation à outrance. Ainsi, trouvent-ils oreille attentive dans certaines chancelleries et sur certaines chaines de radio et télé étrangères. Apparemment, ils comptent également des voix compatissantes au plus haut niveau de l’État malien. Il ne s’agit pas seulement de leur ancien compagnon de guerre, Zahabi Ould Sidi Mohamed, le chef de la diplomatie malienne.

En effet, lors de la cérémonie d’ouverture des travaux des états généraux de la décentralisation, c’est le chef de l’État en personne qui a évoqué les « frustrations » de ses « frères touareg », frustrations qui alimenteraient l’irrédentisme touareg. Et les éléments du Mnla, MAA et Hcua étaient en effet frustrés du fait que jusqu’à présent, le peuple malien s’oppose à leurs velléités indépendantistes, au point de bouder ces assises, sous prétexte que les thèmes de décentralisation, démocratie et développement ne font pas partie de leur vocabulaire, et ne sont pas leur priorité. En cela, ils sont dans leur rôle belliqueux.

En revanche, Ibrahim Boubacar Kéita, pourtant grand connaisseur du nord où il a initié des actions de développement, doit savoir qu’il n’y a pas que des Touareg dans les régions septentrionales. S’il y a frustrations, les autres communautés connaissent le même mal et sous-développement, et même si elles sont largement majoritaires, ces communautés n’ont jamais pris les armes contre le pouvoir central pour réclamer qu’on les sorte de leurs frustrations.

Mais maintenant qu’elles savent que n’importe quel frustré, même le plus extravagant, peut avoir l’oreille et la voix d’un président qu’on dit démocratiquement élu, Songhay, Arma, Bellah, Peulh, Bozo, etc. savent à quoi s’en tenir, et ce n’est certainement pas un département ministériel qui leur est entièrement consacré qui va étouffer leurs rancœurs et frustrations.

Décentralisation du nord : A quand l’audit des grands programmes ?

En programmant des états généraux de la décentralisation, nombreux sont ceux qui ont cru que les nouvelles autorités veulent impulser le véritable départ de cette réforme administrative majeure dans ce pays. Conçu avec pour objectif d’amorcer le développement dans un État décentralisé mais démocratique, ce programme a échoué mais a englouti des dizaines de milliards.

Pas seulement dans le découpage territorial, les élections locales, la subvention aux collectivités territoriales, la gestion administrative, les nombreuses missions nationales de la tutelle mais aussi, grâce aux partenaires techniques et financiers, dans le financement de grands programmes et projets de développement, par le biais de l’aide au développement, budgétaire ou non, et de la coopération décentralisée.
Avant donc des états généraux, il s’agissait pour l’État de faire l’audit de ces nombreux et budgétivores programmes et projets de développement qui n’ont jamais abouti à rien sinon à enrichir quelques gouvernants, au niveau national, quelques cadres et élus locaux.

Parallèlement, s’impose l’audit de certaines agences dites de développement dont seuls les dirigeants et affidés se sont développés au détriment des vrais destinataires. IBK dit vouloir lutter à outrance contre la corruption et la délinquance financière. Soit. On veut bien le croire et oublier que c’est quand il était Premier ministre puis président de l’Assemblée nationale que ces phénomènes ont atteint leur apogée au Mali, mais qu’il nous donne enfin les signes du changement prôné.

Pour l’heure, aucun criminel à col blanc n’est encore appréhendé. Pourtant, il y a de la place dans les prisons d’où des présumés criminels de guerre, criminels contre l’humanité ont été libérés. Ce qui laisse planer des doutes sur sa volonté et ses capacités à lutter contre l’injustice et l’impunité. Surtout que les trois semaines de délai de grâce et droit d’euphorie sont passées.

Cheick TANDINA

24 Octobre 2013