Partager

Bougouni, un nouveau Far West : Le filon qui provoque la ruée.

Kola est une commune rurale située à trois kilomètres de Bougouni, la capitale du Banimonotié. Chaque matin, dès 8 h, elle se vide aux trois quarts de ses habitants. Seuls restent au village les femmes et les enfants.

Raison toute trouvée : la découverte, dans les environs, à quelques encablures du fleuve Baoulé, d’un filon qui fait la fortune des audacieux. Et à l’origine de la ruée, il y a un mois, un promeneur solitaire avait ramassé une pépite qui lui assurera bonheur et prospérité pour le restant de ses jours.

C’est une aubaine pour les villageois en cette période creuse où les travaux champêtres n’ont pas encore commencé. Les orpailleurs viennent de toutes les contrées avoisinantes : Wassoulou, Ganadougou, Sanso, Morila (où il existe déjà une mine), Niéna, Koumantou et même du Burkina voisin. A défaut de faire fortune tout d’un coup, on peut se taper entre 2000 et 7000 F Cfa par jour.

Mais c’est un travail harassant. Il s’agit, dans un premier temps, de creuser un puits de cinq à dix mètres de profondeur pour extraire la roche qui contient le métal jaune. Dans un deuxième temps, cette roche est concassée dans des mortiers pour obtenir une poudre qui est lavée dans le lit du fleuve. Le produit de la récolte est écoulé sur place à des acheteurs venus de la capitale.

Une telle découverte n’étonne guère. En effet, toutes les données géophysiques de la DNGM indiquent qu’outre le lithium, Bougouni est une zone aurifère de première importance. Morila, situé à une cinquantaine de kilomètres seulement de la capitale du Banimonotié, en est la preuve. Cependant l’exploitation traditionnelle ne prouvera rien tant que des permis de recherche ne seront pas accordés aux sociétés minières qui ont les moyens d’explorer de vastes étendues.

Transbanimonotié et Gaucher transport : Bus ou Sotramas ?

Il y a un an seulement la route Bamako-Bougouni longue de 160 km a été retapée à neuf, tous les gendarmes couchés qui entravaient la libre circulation des véhicules ont été détruits. Apparemment tous ces efforts n’ont servi à rien puisque les deux compagnies qui desservent exclusivement le Banimonotié mettent un temps fou à parcourir une si courte distance. La raison en est toute simple : elles se comportent comme des sotramas en s’arrêtant dans chaque village, chaque hameau, pour prendre ou débarquer des passagers, charger des sacs de charbon.

D’où la colère des usagers qui crient haro sur le baudet. Ces deux compagnies sont le «Transbanimonotié» appartenant à un Bougounidachè qui réside en France et «Gaucher Transport» appartenant à Mamadou Sinayogo, le président du parti Barica et député à l’Assemblée nationale.

Sous des dehors rutilants, ces bus n’ont pourtant rien à envier aux sotramas. «Car climatisé», ne vous fiez surtout pas à cette publicité mensongère écrite sur les cars de «Gaucher Transport». A l’intérieur, c’est la catastrophe.

Ici règne une chaleur étouffante parce que toutes les vitres sont baissées et il n’y a pas de trous d’aération. Dans certains cas, même en plein bitume, c’est la poussière qui envahit l’intérieur du bus et tout le monde suffoque. Malgré tout cet inconfort, les deux compagnies viennent de porter arbitrairement le prix du ticket de 2300 à 2500 F Cfa. Qui dit mieux ?

Législatives 2007 : Les raisons de la chute de Blaise

Lors des élections législatives de l’année dernière, la CDS de Blaise Sangaré était en ballottage favorable face à la coalition Barica-Adéma, mais au deuxième tour, l’enfant terrible de Bougouni a chuté après un règne sans partage de dix ans sur la capitale du Banimonotié.

Des explications données par les uns et les autres, on retiendra que la CDS a été victime d’un malheureux concours de circonstances. D’abord, lorsque ATT s’est rendu personnellement aux obsèques de la mère de Mamadou Sinayogo, il ne savait pas qu’il avait mis tout son poids dans la balance et que cela allait faire pencher la balance d’un côté au détriment de l’autre.

Les Bougouniens peu habitués à un spectacle aussi insolite se sont dit que le Barica est le parti de l’avenir et ils ont voté en conséquence. Surtout qu’ATT a tenu toutes ses promesses en bitumant et en électrifiant 15 km de route dans la ville.

Pour d’autres, la CDS souffre d’une mauvaise représentation à Bougouni. La générosité de Blaise n’est certes pas en cause qui a offert un corbillard aux populations, construit des écoles, installé une radio privée. Seulement son dernier geste (l’offre d’un moulin), duquel s’est emparé ses représentants, a été source de beaucoup de mécontentement.

Et la CDS en a payé le prix fort. Il faut tout de même reconnaître que lors de la campagne pour les législatives, Gaucher a usé de méthodes cyniques faites de provocations et d’injures tout en exhibant un visage pâle comme président d’honneur de son parti. Malheureusement les populations du Banimonotié n’ont pas su séparer le bon grain de l’ivraie. Elles l’apprendront à leurs dépens.

Bougouni est devenue Bougouba

«Bougouni ne sera jamais Bougouba», avait dit le général Moussa Traoré très en colère après l’assassinat du jeune secrétaire général UDPM de la sous-section de Manacoro, une petite localité située à quelques kilomètres de la capitale du Banimonotié. Mais la malédiction de Moussa Traoré n’est pas la malédiction du pharaon.

Aujourd’hui Bougouni (petit village de paillote) est devenue Bougouba, la ville s’étend à perte de vue. C’est une ville en plein chantier avec la réfection et le bitumage de ses principales artères, la construction d’un stade flambant neuf. Promesse électorale d’ATT, de la lumière il y en a partout.

Il ne faut surtout pas oublier que Bougouni est le deuxième cercle du Mali après Bafoulabé. La ville était déjà électrifiée avant l’indépendance. Pour couronner le tout, l’historien Bakari Kamian dira dans son ouvrage intitulé «Connaissance du Mali» que Bougouni compte plus d’anciens combattants de l’armée française que n’importe quelle ville du Mali.

Brèves rassemblées par Mamadou Lamine Doumbia

11 Mars 2008.