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« Notre silence est un silence de protestation »

Les députés du groupe parlementaire Parena-Sadi ainsi que ceux du RPM (partis d’opposition à l’AN) ont assisté passivement sans prendre la parole à l’interpellation du gouvernement sur la crise du Nord jeudi dernier. Dans l’entretien qui suit, le vice-président du groupe parlementaire Parena-Sadi, Bréhima Béridogo, explique les raisons de ce mutisme de l’opposition parlementaire.


Les Echos : Quelles sont les raisons qui ont fait que les députés du groupe parlementaire Parena-Sadi n’ont pas participé activement aux débats sur l’interpellation du gouvernement sur la crise du nord jeudi dernier ?


Bréhima Béridogo :
Nous avons effectivement assisté passivement à l’interpellation du gouvernement. C’est un silence de protestation sur un certain nombre de situations dont deux principalement. La première est relative au huis clos en tant que tel.

Nous estimions que la crise du Nord est une question assez importante, qui concerne le peuple, l’avenir du Mali, la quiétude de nos populations, de ceux qui nous ont envoyés ici (Ndlr : Assemblée nationale). Nous estimons qu’il n’y a pas lieu de leur cacher quoi que ce soit. Le peuple est assez mûr, mature pour écouter ce qui se dit à l’Assemblée nationale.

Nous estimons aussi que les députés sont aussi suffisamment responsables pour ne pas tenir des propos qui puissent mettre le feu à la République ou aux relations avec nos voisins. Nous n’étions pas d’accord avec le huis clos parce que c’est une question qui concerne tout le peuple malien.

La deuxième raison est relative au temps de parole. Le règlement intérieur fait une répartition équitable du temps de parole entre tous les députés. Nous estimons que ce n’était pas une question mécanique, de nombre.

Aujourd’hui, il y a deux tendances principales au sein de l’Assemblée nationale : la majorité et l’opposition. Les débats se font et vont dans ce cadre. Nous estimons que 9 minutes, 20 minutes sur 147 ne sont pas suffisantes pour une tendance pour s’exprimer. Nous estimons qu’il y avait lieu vraiment de donner un temps suffisant à l’opposition pour qu’elle puisse s’exprimer.

Ce n’est pas pour des intérêts personnels mais pour une question d’intérêt national. Sur les 147 minutes, seules 20 étaient accordées à toute l’opposition.

Ce qui est insuffisant eu égard à l’importance de la question. Lors de la DPG, nous avions bénéficié d’un bonus qui nous a permis de mieux nous exprimer sur la question. Nous pensons que même s’il y a une majorité écrasante, il faut donner un temps à l’opposition pour qu’elle puisse s’exprimer.


Les Echos : Quelle est la perception du groupe parlementaire sur l’Accord d’Alger et le Protocole d’entente de Tripoli signés entre le gouvernement et les rebelles ?

B. B. : Il m’est difficile de répondre à cette question. Mais en son temps le Parena s’était prononcé de manière claire et nette en faveur de l’Accord d’Alger. Quand le groupe a eu à se constituer, il ne s’est pas déterminé de façon claire sur l’Accord d’Alger.

Il faut nous laisser un peu de temps pour que nous puissions accorder nos points de vue surtout que le mardi (Ndlr : demain) nous tenons une conférence de presse. Ce sera l’occasion pour nous prononcer officiellement.

Les Echos : Quelle perception avez-vous des échanges entre la majorité et le gouvernement ?

B. B. : Je me garde de faire un jugement de valeur. C’est la majorité, la majorité du gouvernement. La majorité a parlé, le gouvernement a parlé.


Les Echos : Y a-t-il eu une résolution finale qui a sanctionné l’interpellation ? Est-ce que vous vous y reconnaissez ?

B. B. : Nous n’avons pas participé aux débats. La résolution a été lue et amendée et nous n’avons pas eu là aussi à participer, à porter d’amendement.

Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas d’idées sur la question. Nous avons des idées de solutions. C’est alors quasi normal que nous ne nous reconnaissions pas dans la résolution. Pas que nous la rejetons, mais nous aurions pu apporter quelque chose, un plus.

Ce qu’on nous a empêché de faire et c’est ce que je regrette. La question concerne tous, c’est dommage que nous n’ayons pas eu à contribuer, à apporter un plus aux débats et à la résolution.


Propos recueillis par

Denis Koné

23 Juin 2008