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Le Dimanche 29 mars dernier, une bousculade entre supporters provoqua l’effondrement d’un portail du stade Félix Houphouët Boigny à Abidjan, faisant 19 morts et 132 blessés. Ce match Côte d’Ivoire – Malawi, comptait pour les phases éliminatoires Can-mondial 2010.

Le réveil fut hallucinant pour des milliers de supporters présents à l’intérieur du stade jusqu’alors sous le charme des Eléphants qui venait d’étriller le Malawi (5-0), au terme des 90 mn.

A l’extérieur du stade, le spectacle est insupportable. Des corps inanimés de jeunes adolescents jonchaient le sol. La nouvelle fit le tour d’Abidjan comme une traînée de poudre.


Qu’est-ce qui a bien pu se passer pour qu’une bousculade fasse autant de morts au Stade Houphouët Boigny, pourtant habitué aux grands derbies?

Plusieurs témoignages mettent en cause la légèreté et l’excès de zèle des forces de l’ordre. Instruit par le Chef de l’Etat, depuis la bousculade meurtrière, le Premier Ministre Soro Guillaume préside un comité de crise chargé de prendre en charge la situation et situer les responsabilités.


Environ deux semaines après
ces événements douloureux du Stade d’Abidjan, plusieurs personnalités du monde du football sont entendues pour les besoins d’enquêtes diligentées par le Ministre de la sécurité et le Procureur de la République Raymond Tchimou.

Dès le lendemain de la bousculade, les blessés, témoins oculaires de la scène ont été entendus. Aujourd’hui, c’est au tour des responsables de la Fédération Ivoirienne de Football (Fif), notamment le Président Jacques Anouma et Anzouan Kacou, président du comité d’organisation, d’être auditionnés par la police criminelle. L’affaire est d’autant plus grave qu’elle s’est déroulée pendant que le chef de l’Etat en personne était présent dans la loge officielle.

D’autres partenaires de la fédération, comme les forces de l’ordre, soupçonnés d’être le principal auteur du disfonctionnement de la ceinture de sécurité érigée autour du stade, seraient aussi dans le collimateur des enquêteurs.


Cependant,
le principal accusé par l’opinion publique reste le comité d’organisation de la Fif qui aurait, selon plusieurs témoignages, continué de vendre les tickets d’entrée au stade, sachant très bien qu’il n’y avait plus de place disponible. Il semblerait que cette version pourrait être une bonne piste pour les enquêteurs, quand on sait que les rangs de supporters en quête de tickets d’entrée, se formaient encore devant le siège de la Fif, non loin de la mairie de Treichville, le vendredi 27 mars au soir.

Le comité d’organisation aurait, selon des témoins, continué la vente des tickets, même après avoir informé par voie de presse les supporters qu’il n’y avait plus de place au Stade. Selon un responsable de club qui a requis l’anonymat, le Stade « Félicia », conçu pour 35 000 places, contenait ce jour, pas moins de 50 000 supporters, soit plus de 20 000 tickets en surplus.

De sources proches du Parquet, les cas de laxisme et de rackette des forces de l’ordre laissant passer des supporters pourraient être aussi, une des origines de ce cafouillage mortel.

Quelques jours après cette tragédie nationale, un hommage de toute la nation a été rendu aux victimes de la bousculade, au Stade Félix Houphouët Boigny en présence des parents des victimes, du Corps Diplomatique et de toutes les couches de la Nation Ivoirienne.

Une cérémonie pathétique, au cours de laquelle le chef de l’Etat Laurent Gbagbo n’a pu finir son discours, la gorge nouée par l’émotion. Dès le lundi 30 mars 2009, tous les drapeaux du pays étaient en berne pour trois jours, en hommage aux disparus.

Pour rappel, une bousculade suite au jets de gaz lacrymogène aux supporters qui forçaient le passage pour accéder aux gradins, déjà bondés de monde, avant le match Côte d’Ivoire – Malawi a provoqué l’écoulement d’une porte en fer du Stade Félix Houphouët Boigny et causé la mort de 19 personnes et fait 132 blessés.

En attendant que les responsabilités soient situées, il serait urgent de penser déjà à la construction du fameux Grand Stade d’Abidjan dont les autorités d’alors ne cessaient de faire l’éloge.

A la construction du « Félicia », dans les années d’indépendances, la ville d’Abidjan n’atteignait pas le million d’habitants. Aujourd’hui c’est une Mégalopole qui compte environ 3 millions d’âmes. Vivement que le Grand Stade d’Abidjan voit le jour pour éviter que pareille bousculade ne se reproduise.

De Gildas, Correspondant du Républicain à Abidjan

09 Avril 2009