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« Nous ne voulons pas que la Femafoot tombe un jour dans des mains mal intentionnées« 

Ancien capitaine du Djoliba AC et ancien joueur de l’équipe nationale du Mali, Bourama Traoré communément, appelé « Allaka Boura », qui a décidé d’arrêter de jouer au football, depuis 1987, fait partie du noyau dur de la fameuse Initiative pour le Renouveau du football malien.

Dans cet entretien exclusif qu’il a bien voulu nous accorder, « Allaka Boura » se dit convaincu que « les initiateurs ne sont pas là pour faire un coup d’Etat au bureau fédéral mais, il s’agit de se positionner pour que la Fédération Malienne de Football ne tombe pas dans des mains mal intentionnées ».


L’Indépendant : Si l’on vous demandait de vous présenter, que diriez-vous à nos lecteurs ?

Bourama Traoré : Je m’appelle Bourama Traoré. Je suis un ancien joueur du Djoliba AC et de l’équipe nationale du Mali. Je suis également ancien capitaine du Djoliba. Je suis marié à une femme et père de cinq enfants. Je suis présentement en activité au niveau de la Sous-direction des enquêtes douanières. Il faut aussi noter que je m’intéresse un peu à la gestion du football au niveau du Djoliba.

Vous rappelez-vous votre dernier match avec le Djoliba ?

C’est en 1987 que j’ai décidé d’arrêter de jouer au football. Je me rappelle toujours de mon dernier match avec le Djoliba. C’était en Côte d’Ivoire, contre le Stella Club. Avec le Djoliba, j’ai remporté beaucoup de titres, notamment en Coupe du Mali et au niveau du Championnat national. Sans compter le championnat de la Zone II, notamment en Gambie.


Qu’est-ce que le football vous a apporté?

Si les gens disent aujourd’hui Bourama Traoré, c’est grâce au football. Sinon, il y a plein de gens qui sont dans les rues. Je suis ce que je suis aujourd’hui grâce au football, à savoir le respect des gens envers moi et les nombreuses relations que je possède. C’est vous dire que le football m’a beaucoup apporté. Si c’est à recommencer je n’hésiterais pas.

Comment le surnom de « Allaka Boura » est venu ?

C’est un supporter qui m’a donné ce surnom. C’était à l’occasion d’un match Djoliba contre le Stade Malien de Bamako. Ce jour-là, il y avait un défi à relever, même mes dirigeants doutaient de moi. Dieu faisant bien les choses, j’ai pris le match en mains, en faisant ce qu’il fallait le faire.

Et nous avons pu relever ce défi en gagnant le match. Depuis ce jour, les supporters ont estimé que, si je veux, ça marche et si je ne veux pas, ça ne marche pas. Ils m’ont ainsi donné le nom de « Allaka Boura« . Je suis très fier aujourd’hui de ce surnom parce que, jusqu’à maintenant les gens m’appellent « Allaka Boura« .

Vous faites partie du noyau dur de l’Initiative pour le Renouveau du football malien. Pourquoi ?

Effectivement, j’ai été touché, depuis très longtemps, par les membres de l’Initiative pour le Renouveau du football malien, qui m’ont exposé leur point de vue. J’ai constaté que j’ai le même point de vue qu’eux. Ayant joué au Djoliba et à l’équipe nationale du Mali, cela veut dire que j’ai rendu un petit service au football malien.

Et surtout, quand vous êtes très utile pour servir le même football. Il s’agit, pour moi, d’apporter à ce football ce qui est à apporter afin qu’il puisse connaître un excellent résultat. Raison pour laquelle je n’ai pas hésité à adhérer à l’Initiative pour le Renouveau du football malien, parce que je suis convaincu que cette initiative est là pour le bonheur du peuple malien.

Je pense qu’il y a des forces en présence qui peuvent nuire à notre football, à commencer ministère des Sports, la Fédération Malienne de Football, la presse, les supporters, les joueurs … Pour que le football malien marche, il faudrait que ces forces aient des leaders, qui seront chapotés par un autre leader, ce dernier est là pour trancher ce qui est bon et ce qui ne l’est pas.

Ces forces que je viens de citer, peuvent être négatives pour le développement du football. Je pense qu’il faut un leader, un chef dans toutes choses, qui peut décider et s’assumer. Pratiquement, nous avons le sentiment que le football malien ne s’est pas où aller. Personne ne peut prendre une décision et s’assumer.

De toutes les façons, avec l’Initiative pour le Renouveau du Football Malien, je me battrais à visage découvert jusqu’à ce que nous parvenions à avoir gain de cause.

En tant que doyen des initiateurs, peut-on savoir votre objectif ?

Vous avez que le football malien n’a pas, jusqu’à présent atteint, sa vitesse de croisière. Dès fois, ça marche. Dès fois, ça ne marche pas. Je pense que tout cela est dû à une mauvaise gestion de notre football. Je suis convaincu qu’on ne progresse pas. Alors que nous avons tout ce qu’il faut pour devenir un grand pays de football.

Mais à cause de la mauvaise gestion, on n’avance pas, tandis que nous avons des infrastructures sportives adéquates et les meilleurs joueurs d’Afrique. Sans oublier les moyens que l’Etat met dans le football.

En somme, tous les ingrédients sont là pour faire une bonne sauce. Jusqu’à présent, ça ne va pas. Cela veut dire qu’il y a un problème à un certain niveau. L’analyse que moi-même j’ai faites, c’est que notre football est mal géré.

Raison pour laquelle j’ai adhéré aux initiateurs afin d’apporter notre contribution pour le développement de ce football. Je ne baisserais pas mes bras tant que je n’ai pas un résultat.


Est-ce à dire que vous allez faire un coup d’Etat à l’actuel bureau fédéral ou pas ?

Non. Pas du tout. Vous avez, les Salif Kéïta, Karounga Kéïta et autres, ce sont nos aînés. Nous ne voulons pas le faire un coup d’Etat. Tout sauf ça. En faisant un coup d’Etat par exemple, on va vous faire également, un jour, un coup d’Etat.

Nous essayons toujours de nous positionner, pour que la Fédération Malienne de Football ne tombe pas, un jour, dans des mains mal intentionnées.

Nous voulons tout simplement apporter un sang neuf à notre football. Le souhait de tous les initiateurs n’est autre que le football malien aille de l’avant pour le bonheur de tout le peuple malien.


Que pensez-vous de l’environnement de ce milieu ?

Vu la situation dans laquelle notre football évolue, je pense que nous avons un environnement qui n’est pas souhaité. Il y a des gens qui veulent travailler tandis qu’il y a d’autres qui essayent de faucher l’herbe sous leurs pieds. Et, c’est le football malien qui perd. Nous sommes là pour ouvrir le débat afin de trouver des solutions idoines.

Je profite pour dire que la porte de l’Initiative pour le Renouveau du football malien est grandement ouverte à toute personne qui veut le développement de notre football. C’est en cela qu’on peut construire le Mali parce que le football est un facteur de développement et de paix. Toutes les suggestions sont les bienvenues.


Quelles sont vos armes pour atteindre votre objectif?

Nos armes, ce n’est autre que notre conviction. Si vous voyez que nous avons créé cette Initiative c’est parce que nous avons la conviction que nous allons réussir. Tous ceux qui veulent la bonne marche du football doivent nous soutenir.


Comment avez-vous apprécié la prestation des Aigles face au Congo ?

Vous savez, je ne peux pas croire quand l’équipe nationale du Mali fait une mauvaise prestation. Pour moi, nous sommes l’une des meilleures équipes d’Afrique, compte tenu de la potentialité de nos joueurs. Dimanche, je pense que les Aigles ont mouillé le maillot contre le Congo. Là, j’étais vraiment content et satisfait de leur prestation.

Avez-vous des contacts avec les anciens joueurs ?

Effectivement, nous sommes en contact parce que nous nous rencontrons toutes les deux semaines pour voir ceux qui ont de petits problèmes afin de les gérer rapidement. Pratiquement, notre génération est une génération un peu sacrifiée. La plupart de nos gens travaillaient aux entreprises d’Etat.

Finalement, ils sont au chômage, aujourd’hui, parce que ces entreprises ont fermé depuis belle lurette. C’est la misère totale. Raison pour laquelle nous avons décidé de nous rencontrer chaque quinzaine. Sinon, s’il n’ y a pas autre chose ; c’est tout simplement social. Il s’agit de jouer le football et s’amuser.


Alou B HIAIDARA

04 Juin 2008