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Selon les spécialistes, un seul cube de bouillons contient plus de 50% de sel. Or, les besoins quotidiens d’une personne en sel ne doivent pas, selon eux, dépasser 4 à 5 grammes

Ils inondent les marchés de nos villes, villages et hameaux. Ils sont les stars des rayons des boutiques de vente de divers, des étals des vendeuses de condiments installées aux coins de nos rues. Jamais, les bouillons en cubes ou bouillons cubes n’ont eu autant de succès et d’engouements auprès de nos ménagères. Au point d’être considérés comme un ingrédient indispensable à la cuisine, au même titre que l’huile, le sel, les épices et autres. Dans les marchés de Bamako, circulent toutes sortes de bouillons cubes conditionnés dans des sachets de formats rectangulaire, carré, rond ou cubique. Les marques ou noms sont tout autant divers et variés.

En dépit de cette multiplicité, ils s’arrachent comme du petit pain. Aïssata Traoré est vendeuse de condiments à Lafiabougou, en Commune IV du District de Bamako. La quadragénaire vient, un lundi matin, s’approvisionner chez Gaoussou Traoré. Ce jeune vendeur grossiste de condiments opérant dans ce marché montre plus d’une dizaine de sachets de bouillons en cubes de marques différentes.

Ces cubes agrémentent la cuisson surtout quant il s’agit de soupe, ragout, grillade et marinade, pense la vendeuse Aïssata. Raison pour laquelle, explique-t-elle, les femmes en raffolent. «Sans ces cubes, la sauce ou le repas perd tout son goût et sa saveur. Ce sont eux qui renforcent la qualité de la cuisson donnant ainsi à la cuisinière une bonne réputation», commente la marchande, confirmant que la demande de la clientèle s’accroît de jour en jour. Si le stock venait à manque à sa marchandise, ses activités commerciales seraient paralysées, pense-t-elle.

Se disant consciente des risques liés à la consommation excessive de ces produits jugés toxiques, elle demande aux ménagères de les utiliser avec modération. « Le recours à ces denrées est devenu une habitude pour bon nombre de cuisinières. Nous ignorons leur composition et la manière dont elles sont fabriquées. Nous dépassons souvent les doses recommandées, pensant que c’est cette façon de faire qui rend la cuisine agréable », concède Aïssata.

à titre d’exemple, cette femme au foyer dit avoir constaté que des femmes achètent cinq à six cubes bouillons pour préparer un plat destiné à cinq voire six personnes. Ce qui paraît, selon elle, exagéré, constituant ainsi un risque pour la santé des membres de la famille. Surtout dans notre pays où bon nombre de gens souffrent d’hypertension, affirme la vendeuse, précisant que la plupart des ménagères qui achètent ces produits, sont les filles nouvellement mariées.

La vieille Aminata Sidibé, visiblement irritée, suivait avec attention les échanges avec Aïssata. Elle estime que la consommation excessive est due aux campagnes de promotions et publicitaires diffusées en boucle sur nos chaînes de radio et de télévision. « Cela incite les jeunes ménagères à acheter ces produits qui rendent nos garçons et pères de famille malades», spécule-t-elle.

À Diarrala (famille Diarra) de Hamdallaye, en Commune IV du District de Bamako, le patriarche à la peau ridée et la barbe blanche, refuse l’utilisation de ces cubes dans les repas que préparent ses belles-filles. Cela depuis qu’il a contracté l’hypertension à cause d’une forte consommation de ces denrées. « Il m’arrive souvent d’enlever la part de mes beaux-parents avant de mettre du bouillon dans ma marmite. Car, les enfants ne peuvent pas manger la nourriture sans les bouillons », explique une des belles-filles du patriarche de Diarrala.

à force de trop consommer ces produits, Ousmane Koïta, un vieux d’une soixantaine d’années, dit avoir développé des problèmes d’hypertension. « Chaque fois que ma tension monte, j’ai des vertiges insupportables. Le médecin m’a alors demandé de m’abstenir de consommer du sel pendant ces moments de hausse de tension», souligne le sexagénaire.

à l’origine de nombreuses maladies

Habitué depuis des années à savourer des repas dont la sauce renfermait une grande quantité de bouillons, il pensait ne pas être capable de supporter. Par finir, il a pu se passer de la consommation de ces produits aromatisés afin de préserver sa santé. Mais, le vieux Ousmane Koïta est obligé de prendre quotidiennement des médicaments pour éviter les maladies.

La ménagère Hawa dite Gafouré est une grande consommatrice de bouillons qui, selon elle, donnent un goût et une saveur particuliers aux repas, surtout les plats du riz au gras. «Depuis que je les ai découvert, je m’inquiète moins pour la qualité de la cuisson, même si la marmite contient moins de condiments. Personnellement, je n’ai jamais rencontré de problème de santé en les consommant. Les membres de ma famille non plus», certifie-t-elle.

Une restauratrice qui a voulu garder l’anonymat abonde dans le même sens que Gafouré, en soutenant que la non utilisation de ces bouillons lui fait perdre la clientèle. «Ces derniers sont habitués à manger de bons plats dans mon restaurant grâce à ces bouillons», révèle-t-elle.

Qu’en pensent les spécialistes ? Spécialiste en endocrinologie, maladies métaboliques et nutrition, Dr Ibrahim Nientao confirme que ces bouillons sont à l’origine de nombreuses maladies. Les plus fréquentes, selon le praticien, sont les atteintes cardiovasculaires, l’obésité, l’hypertension artérielle, le diabète avec ses complications. Il y a également, ajoute-il, d’autres pathologies comme la faiblesse sexuelle chez l’homme, les saignements vaginaux chez la femme, les troubles uro-génitaux, la gastrite, les troubles du comportement chez l’enfant et le gonflement de la prostate, etc.

Pour le spécialiste en maladies métaboliques et nutrition, un seul cube de bouillon contient plus de 50% de sel. Peu importe leurs formes «liquide» ou «cube», ajoute-t-il, ils sont des « poisons » qui doivent être bannis des assiettes pour plusieurs raisons. Les besoins quotidiens d’une personne en sel ne doivent pas dépasser 4 à 5 grammes et une alimentation normale sans sel ajouté apporte déjà l’équivalent de ses besoins, argumente Dr Ibrahim Nientao. C’est dire qu’une personne qui mange des plats communs et recettes variées n’a pas besoin de mettre du sel dans ses aliments, informe l’expert, ajoutant que ces bouillons contiennent les glutamates sodique, une des composantes qui peut entraîner beaucoup de problèmes de santé. Ils sont également enclins à provoquer une tendance à la dépendance.

Notre spécialiste en endocrinologie, maladies métaboliques et nutrition signale qu’une consommation excessive de sel rend rigides les vaisseaux sanguins, affectant ainsi la circulation du sang. Une anomalie qui, à son avis, peut provoquer un accident vasculaire cérébral (AVC). Il s’agit de gens qui tombent brusquement à terre, paralysant ainsi un côté et provoquant des problèmes de cœur et de reins, explique Dr Ibrahim Nientao.

La composition des bouillons est nuisible à la santé humaine à cause de ces éléments. «On doit apprendre à faire un sevrage de la manière dont on fait pour la cigarette», suggère le chargé de cours d’endocrinologie à la Faculté de médecine et d’odontostomatologie de l’Université de Bamako. Il insiste sur la nécessité de promouvoir nos épices et condiments naturels, sans oublier les produits utilisés par les anciens notamment les poissons séchés, fumés, «soumbala» et «datou» qui, selon lui, peuvent améliorer la saveur de nos recettes. Quant à ceux qui ne peuvent s’abstenir de consommer les bouillons, il leur conseille de les prendre avec modération et les remplacer progressivement par des produits naturels.

Fadi CISSÉ

Source: L’Essor