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La transition est une très belle opportunité pour essayer de faire du Mali un pays émergeant. 

Le Mali de son l’indépendance à nos jours est confronté à de multiples crises. Ces différentes crises ralentissent ou perturbent le développement socioéconomique de ce pays. Boubacar Bocoum, analyste politique, nous a accordé un entretien à travers lequel il nous donne d’amples informations.  

– Quelle analyse faites-vous de la situation sociopolitique au Mali dans ces dernières années ? 

Boubacar Bocoum : Politiquement, aujourd’hui, le Mali traverse une situation délicate parce que la gouvernance est mise en mal depuis quelques décennies. Depuis déjà 2012, nous traversons une crise sécuritaire globale complexe, mais il faut situer l’origine de cette crise un peu longtemps. Depuis l’indépendance, nous avons raté l’écorce. Parce que le problème du Mali, c’est un problème de gouvernance qu’on n’est pas parvenu à établir depuis un certain temps. On n’a pas pu établir l’adéquation entre la compréhension des gouvernants et les gouvernés. Le deuxième aspect est économique. Tous nos dirigeants ont eu du mal à répondre la demande sociale qui fait que la pression de FMI et de la Banque mondiale à travers l’ajustement structurelle, nous a portée beaucoup de préjudices. Ce qui fait qu’aujourd’hui, gérer un pays comme le Mali semble être très difficile à réaliser vu que nous n’avons pas la souveraineté économique encore moins la souveraineté politique. Aujourd’hui, penser que le Mali est un Etat souverain, indépendant, c’est un leurre. Si nous ne hâtons pas pour notre indépendance, notre véritable souveraineté, nous aurons du mal à faire du Mali un pays émergeant que nous souhaitons.  

Quelles sont les pistes de solution aux multiples crises maliennes ? 

B.B : De 1960 à nos jours, nous avons connu au moins 4 rébellions, 5 coups d’Etats. Ça veut dire que nous devons vraiment interroger notre système de gouvernance. Les pistes de solution que nous pouvons dégager d’abord, c’est qu’il faut travailler sur 3 axes. Le premier axe, c’est l’économie, le deuxième axe, c’est la sécurité et le troisième axe, c’est les réformes institutionnelles. 

Sur le plan économique, si nous voulons compte dans le concert des nations. Il va bien falloir axer notre souveraineté économique sur nos ressources naturelles. Aujourd’hui, le Mali se trouve un pays riche sur papier, mais dans l’indice de développement humain, nous sommes parmi les plus médiocres de l’Afrique. Donc ce gouffre qui existe entre notre richesse en termes de ressources, de potentialitéset de notre développement humain. Il faut le résorber en décidant d’avoir la souveraineté sur nos ressources. Parce qu’aujourd’hui, ce sont les multinationales qui exploitent nos ressources. Et nous n’avons que de la rente, un minimum de bénéfice obtenu sur ces ressources. Si aujourd’hui, la transition parvient à aller dans l’esprit de l’article 71 de notre Constitution en déclarant l’état de guerre parce que nous sommes en guerre, en acceptant d’aller dansl’esprit de la loi N° 04051 portant organisation de la défense de la nation. Cela permettra d’avoir une certaine main mise sur nos ressources naturelles, ne serait-ce que pendant cette période de transition. Le FMI, la Banque mondiale ne nous donneront pas de l’argent. Bruxelles, l’UE ne nous donneront pas également de l’argent pour qu’on se développe. Il faut que cela soit clair pour nos dirigeants. Aujourd’hui, toutes les revendications que nous avons, soit l’article 39, la revendication de l’UNTM et les besoins en termes d’éducation, de formation et d’emploi, on ne peut les obtenir que lorsqu’onva réellement relancer l’économie malienne sur la base de notre capacité de mobilisation des ressources internes. 

Sur le plan sécuritaire, ce qui est certain, le Mali ne peut assurer la sécurité du monde. Parce que l’extrémisme violant n’est pas seulement l’affaire du Mali. C’est une crise mondiale et globale. 

Quand on pense que c’est le Mali qui va le résoudre à travers la loi de programmation militaire : recruter des militaires, leurs donner des armes et leurs donner un bon salaire. Cela ne peut pas combattre ce facteur d’insécurité. Parce que nous avons constaté que les Etats unis ont échoué au Vietnam, les Russes ont notamment échoué en Afghanistan. Donc cette guerre est purement économique que militaire. Les frustrations, la mauvaise gouvernance sont des facteurs déterminant dans l’insécurité. Il faut relever le tissu économique et répondre aux besoins des citoyens plutôt que de penser qu’il faut armer les gens pour aller faire une guerre. Le problème sécuritaire peut être résolu si le monde entier se mette d’accord pour avoir un mécanisme de défense globale. 

L’exemple le plus concret, c’est Kona. Quand il y a eu Kona, les avions ont quitté Ndjamena pour disperser les différents mouvements. Est-ce qu’aujourd’hui le Mali peut se payer un Sukhoi, un mirage, un Boeing, un F16 ? Ce n’est pas possible. Donc il s’agit aujourd’hui de mettre en place un système de coopération militaire qui va permettre au Mali d’avoir tous les appareils de haut niveau sur notre espace pour permettre vraiment d’endiguer ce facteur du terrorisme. Je pense que le problème sécuritaire, il faut le gérer de façon globale. C’est un système d’équations. Il faut intégrer le paramètre économique et de la bonne gouvernance à l’aspect sécuritaire. 

Maintenant le troisième élément, ce sont les réformes institutionnelles. Depuis un certain temps, nos dirigeants ont essayé de toucher à la constitution. Que ce soit Alpha Oumar Konaré, ATT, IBK, ils ont tous essayé de modifier la Constitution, ça n’a pas marché. Donc la transition est une bonne opportunité pour la simple raison que la Charte de la transition qui enfreintmême le fonctionnement de notre Constitution est acceptée par tout le monde. Les mesures politiquement impossibles, dans une transition sont stratégiquement possibles et nécessaires. Il s’agit aujourd’hui, par rapport aux réformes institutionnelles de regarder quel est le modèle d’architecture institutionnelle qui peut permettre au Mali de se développer. Le modèle qu’imprimer Kidal montre à suffisance que le Mali doit aller le fédéralisme. Si on reste à l’Etat central, aucune de nos régions même si elle est la plus riche du Mali ne peut se développer dans un modèle central. 

L’Accord permet de dire que le développement économique, social et culturel des différentes régions incombent aux régions elles-mêmes. Donc s’il incombe aux régions elles-mêmes, il va falloir leur doter des ressources, leur doter d’une dose de gouvernance économique, politique et territoriale. Ce qui est le cas aujourd’hui à Kidal. L’article 2 de la Constitution se trouve être violé, l’article 4 de l’Accord lui-même est aussi violé. Parce qu’on dit tout ce qui est bon pour une région du Nord, l’est aussi pour les autres régions. Donc il faut le dupliquer ce modèle à l’ensemble des régions existantes. Ça veut dire qu’on tombe dans un fédéralisme. Ça veut dire que les élections qui doivent avoir lieu après doivent respecter ce modèle fédéral et la gouvernance locale. Parce que la façon dont nous dirigeons ce pays, les paysans ne reconnaissent pas dans nos lois, dans le comportement de l’élite. Il faut aller à l’écouter réel du peuple et avoir un modèle réel de développement local. Et à l’échelle nationale, on aura un concept qui permettra de respecter chacun dans sa diversité, sa culture et dans son modèle de compréhension et de développement local. 

9 mois permettent de prendre un décret pour dire qu’on va exproprier les mines et pour dire aussi qu’on va entreprendre ces genres de reformes.La transition est une très belle opportunité pour essayer de faire du Mali un pays émergeant, de nous sortir de l’emprise de FMI, de la Banque mondiale, de la France. Ça nous permettra également de quitter la zone CFA et de créer peut-être une monnaie africaine. Le timing le permet. 

Que préconisez-vous au peuple malien pour la réussite de la transition ? 

B.B : Le peuple malien regarde les hommes politiques. Le peuple, qu’est-ce qu’il veut ? C’est juste avoir à manger, avoir des enfants bien éduqués, avoir la stabilité et la sécurité. Ce n’est pas au peuple de demander, c’est aux dirigeants de montrer la voie. Aujourd’hui, j’attends beaucoup de politiques qui disent que les Maliens sont pervers, … Il existe des Maliens qui sont vraiment propres, honnêtes. Mais si le leader ne donne pas la mesure, les gens ne le suivront pas. On a besoin d’avoir aujourd’hui un leadership affiché. Si aujourd’hui, Monsieur Goita montre qu’il est capable de résilierson terrain de vie, qu’il est capable de gérer le pays avec beaucoup de probité dans la justice. Aujourd’hui au Mali, un président de la République suivant la Constitution est comme un monarque, il a tout le pouvoir entre ses mains. Si la séparation des pouvoirs est respectée pour que le Président ne puisse pas influencer sur la justice. Il est obligé d’être correct parce que la justice peut le rattraper. Si le citoyen faute naturellement, la justice va le prendre parce que la justice n’a pas d’état d’âme. 

Nous subissons les coups d’Etats que nous n’avons pas demandés. Assimi Goita, Bah N’Daw, Moctar Ouane, nous n’avons pas demandé. S’ils ont été capables de nous imposer ça. Ils doivent être capables de nous imposer la droiture, le développement. Il ne faut pas qu’ils se contentent d’écraser un certain nombre de personnes, écraser le peuple dans le mauvais sens. En un moment donné, il faut qu’on se dise la vérité. Aujourd’hui, la balle est dans le camp de Assimi. C’est à lui d’assumer son leadership, son séreux, pour mettre le peuple au travail.  

Jacques Coulibaly 

@Afribone