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Dans l’interview ci-dessous, le président de l’Association des municipalités du Mali (AMM), Boubacar Bah, tire le bilan de la tournée qui l’a conduit successivement à Koulikoro, Ségou, Sikasso, Kayes. Il parle de la nouvelle vision de l’AMM, du statut des maires, du verdict du tribunal administratif, mais surtout de la nécessité d’un changement de comportement du citoyen.

Les Echos : Vous venez de boucler la première étape d’une tournée qui vous a conduit à Koulikoro, Ségou, Sikasso et Kayes. Quels sont les premiers enseignements de ces rencontres ?

Boubacar Bah : L’enseignement, c’est d’abord que les maires, dans leur très grande majorité, sont sortis massivement comme ils l’ont exprimé le 15 avril dernier, quand nous avons imposé le congrès ordinaire. Comme ils l’ont manifesté également quand nous avons clôturé le congrès du 16 mai dernier. Ils ont réaffirmé leur soutien à notre bureau.

Ils ont réaffirmé leur engagement pour que l’AMM aille de l’avant. Vous avez constaté vous-même que ce soit à Koulikoro, Ségou Sikasso ou Kayes, il n’y a pas eu de question taboue. Toutes les questions ont été posées. Des questions concernant la décision du tribunal administratif et l’appel que nous avons fait. Donc, nous avons apporté des réponses à toutes les questions que se posent les maires. Je vous laisserai le soin d’analyser leurs points de vue.

Les Echos : Partout où vous êtes passé, les maires ont exprimé leurs problèmes quotidiens. Alors, quelles sont les grandes préoccupations ?

B. B. : Les préoccupations ddes maires, c’est leur sécurité. Leur sécurité face aux autres services, l’incompréhension qui existe entre eux et les autres, leur rémunération parce que les charges sont importantes. Ensuite comment faire face aux nouvelles charges que les communes doivent supporter, c’est-à-dire par exemple : les salaires des nouveaux fonctionnaires.

Donc voilà un peu, certaines de leurs préoccupations et ensuite le développement des activités communales pour que le mandat qui leur à été confié, ils puissent le remplir. Il y a aussi la qualité du service d’appui. Avant, il y avait les CCC, aujourd’hui ce sont d’autres agents qui remplacent ces fonctions-là.

Les Echos : Est-ce que l’AMM a aujourd’hui les moyens pour faire face à tous ces problèmes ?

B. B. : J’ai trouvé déjà sur place une forte intercommunalité. Nous nous baserons sur cette intercommunalité et des réflexions qui ont été menées par d’autres organes, structures comme les ONG ou qui accompagnent l’AMM, les collectivités.

A savoir : d’abord l’administration territoriale, à travers ses services de formation, le service néerlandais de coopération, les différents programmes de PACT, les programmes animés par la BAD, les programmes financés par l’Union européenne. Donc par la communauté des bailleurs de fonds qui ont appuyé les communes jusqu’ici, les uns et les autres pensent que tout ce qui a été acquis soit valorisé et comptabilisé.

Et donc d’utiliser ces résultats pour répondre aux préoccupations des maires. Par exemple concernant la sécurité, on a proposé le cadre de l’intercommunalité pour résoudre ces genres de difficultés. Il est bon de partager, tel maire a eu tel type de difficulté, nous l’avons résolu dans tel autre contexte, comment on peut reprendre le même mécanisme et l’adapter au contexte particulier de Kayes ou bien de Koulikoro, Sikasso.

Donc, nous parlons des acquis pour les valoriser. Et ces acquis-là viennent et de l’État et de ses partenaires que j’ai cités.

Les Échos : Au cours des différentes rencontres, les maires en tout cas dans leur grande majorité ont exprimé leur soutien au président de l’AMM et au bureau de l’association. Qu’est-ce que ça vous fait ?

B. B. : Ça renforce ma sérénité. Quand vos collègues estiment qu’ils vous soutiennent, qu’il faille aller de l’avant, qu’il ne faut pas baisser les bras, qu’il faut continuer de travailler et que les résultats qui ont été acquis le 16 mai dernier seront reconfirmés en cas de reprise, mais vous ne pouvez être que satisfait. Et moi, je leur ai répondu à Koulikoro, à Ségou, à Sikasso et à Kayes que je fais confiance à la justice de mon pays. Donc je suis serein comme les autres membres du bureau.

Les Echos : Au cours des rencontres, il a été question du verdict du tribunal administratif. Quel commentaire faites-vous de cela ?

B. B. : J’ai dit que je ne commenterai pas les arrêts du tribunal administratif. Il appartient à mes avocats de répondre à ces questions. Je m’en tiens aux commentaires de ceux-ci. Pour le moment, nous continuons à travailler parce que nous avons fait appel du jugement du tribunal administratif.

Les Echos : Vous entendez insuffler une nouvelle vie, un nouvel élan à l’AMM. Pouvez-vous nous dire quelques grandes lignes de ce programme ?

B. B. : Nous sommes là pour confirmer, pour réaffirmer que l’AMM est la première interlocutrice de l’État et de ses partenaires pour le développement des communes et aux côtés de l’État. Nous sommes un syndicat pour répondre aux préoccupations : la sécurisation des maires, la redéfinition du statut des maires, la valorisation de la fonction de maire, la prise en charge des éventuelles rémunérations des maires, l’approfondissement de l’intercommunalité pour aller vers le développement, vers tout ce qui est décrit dans le code des collectivités concernant nos responsabilités en matière de santé, d’éducation en matière de gestion de ressources nationales et surtout en matière de développement économique.

Donc c’est ensemble que nous devrons impulser cela. Que les communes et les collectivités ne restent pas dans la gestion de la réglementation de l’état-civil et autres, mais que les communes soient des entrepreneurs, que le maire et la commune sont là pour créer de nouvelles richesses pour augmenter la production, élargir la base de production afin que les populations vivent mieux, mais en tenant compte des contraintes. Nous avons des contraintes. Nous l’avons parlé.

Là où il y a l’enclavement, il faut qu’on trouve une solution. A Kayes ici, il y a des communes qui ne reçoivent pas le téléphone, la radio nationale, mais aussi des communes dont les chemins ne sont pas praticables. Il y a le changement climatique, la pollution dont il faut tenir compte. Il faut tenir compte aussi des préoccupations des populations de Kéniéba et de Kayes qui sont confrontées à des problèmes. Les communes doivent s’impliquer dans tout cela pour, qu’avec les populations et aux côtés de l’État, trouver des solutions les plus viables pour un développement durable.

Les Echos : Donc avec la nouvelle vision, les communes vont se sentir mieux ?

B. B. : J’espère ! C’est-à-dire si nous nous impliquons. Qui ne fait rien, n’a rien. Il s’agit de cela. Si nous allons aux côtés de l’Etat poser les problèmes correctement, on a déjà un début de solution.

L’Etat doit être proactif, c’est à l’AMM d’avoir une capacité de négociation pour faire en sorte que chaque commune membre puisse trouver une solution à son problème. Faisons en sorte que chaque maire ait confiance en lui-même pour pouvoir développer sa commune dans le sens général du terme. Pas seulement la richesse mais la richesse immatérielle qui est plus de responsabilité, plus de citoyenneté afin que dans les dix ans à venir qu’on puisse dire, tiens ! Il y a un changement parce que les communes ont décidé de prendre leur sort en main.

Les Echos : Donc, un changement de comportement ?

B.B. : Oui ! Forcément, nous allons construire un changement de comportement. Il faudrait une nouvelle citoyenneté, il faudrait que nous ayons un nouveau citoyen conscient de ses droits, mais également de ses devoirs.

C’est de cela qu’il s’agit. Donc si les maires changent, il faudrait aussi un changement de comportement. Mais c’est au maire de leur montrer ce qu’il a promis de faire et qu’il peut le faire et qu’on peut construire une nouvelle citoyenneté. Et c’est de ça qu’on a échangé avec nos camarades et c’est de ça que nous avons mis en chantier afin de partir de ce qui a été bâti pour ajouter notre contribution.

Les Echos : Certains élus ont jugé nécessaire d’instaurer un salaire pour les maires, leur plan de carrière. Comment réconcilier le plan de carrière, le paiement des salaires avec les textes actuels qui disent que la fonction des maires, c’est du bénévolat ?

B.B. : Forcément, nous allons avec notre administration de tutelle procéder à une relecture. Je crois qu’aujourd’hui, il est acquis qu’on doit aller à une relecture de ces textes qui ont été écrits, il y a dix ans.
Dix ans après, on doit observer une pause et remettre beaucoup de choses en cause, relire entièrement et faire de nouvelles propositions. C’est dans ce cadre qu’on redéfinit le nouveau statut du maire et répond à l’ensemble des revendications qui ont été posées et voir qu’est-ce qui peut se faire à court terme, moyen et long terme.

Parce que comme on le faisait, il y avait une volonté politique affichée dans les années 90. On y est allé. Maintenant, au vu de ses débats démocratiques, il est bon d’évaluer et maintenant de donner de réponses satisfaisantes, parce que déjà les communes de 2010 ne sont plus comme les communes de 1992 ou bien de 1998.

Les Echos : Quel est l’appel que vous avez à lancer ?

B. B. :. De rester confiant de se dire qu’il faut de nouveaux citoyens avec plus de responsabilité, plus d’abnégation, plus d’engagement, nous trouverons des solutions aux défis.

Propos recueillis, à Kayes, par

Amadou Sidibé

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Kayes :Bill à la rencontre des maires

Parti à la rencontre des maires de la première région (Kayes), le président de l’Association des municipalités du Mali, conformément à un calendrier établi en fin mai, a échangé sur les préoccupations des populations locales.

Comme à Koulikoro, Ségou, Sikasso, Kayes était l’hôte du président de l’Association des municipalités du Mali (AMM) Boubacar Bah dit Bill et certains membres de son bureau. Kayes constitue une étape d’une tournée qui le conduira après le ramadan à Mopti, Gao, Tombouctou, Kidal.

Avec les élus de la première région sortis en très grand nombre, Boubacar Bah dit Bill, à pendant plus de quatre heures fait une présentation des membres de son bureau élu le 16 mai dernier, échanger sur les préoccupations des communes, discuter sur les projets à court, moyen et long terme de l’AMM.

Bill a également exposé sur la nouvelle vision qu’il entend insuffler à son association. Mettre le citoyen au cœur du changement a été l’un des messages forts de Bill lancés à l’endroit des maires (plus de 80). Pour les élus, la rencontre est une première du genre « descendre à la base nous écouter, recenser nos préoccupations en faire un rapport pour la recherche de solution, nous n’avons jamais vu cela à l’AMM depuis sa création ».

Sur le verdict du tribunal administratif, les maires à l’unanimité ont fait bloc derrière le bureau de l’AMM « Nous soutenons sans réserve le bureau élu le 16 mai », ont-ils affirmé. Le maire de Niolo du Sahel a été catégorique : « Au Mali, on a pris l’habitude de distraire les gens dans leur travail. Nous avons un autre combat qui n’est pas celui de la justice. Les populations souffrent. On doit s’atteler à chercher de solutions à leurs maux ».

Pour le deuxième adjoint du maire de Tokyoïte, « le train est déjà en marche. Ceux qui veulent l’emprunter doivent nous rejoindre au prochain arrêt ».

Sur le verdict du tribunal administratif Bill a refusé tout commentaire arguant que ce travail revient aux avocats. Il a tenu tout de même à dire que ce verdict est suspensif en attendant la sentence de la Cour suprême.

C’est sur une note d’espoir et d’appel au travail que le maire de la commune V du district de Bamako, président de l’AMM a pris congé de ses camarades.

Amadou Sidibé

(envoyé spécial à Kayes)

Les Échos du 10 Août 2010.