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Les problèmes d’eaux (marigots, puits…) et de surfaces cultivables sont, entre autres, causes de la difficile cohabitation entre les communautés transfrontalières. Datant de la période pré-coloniale, certains conflits ont dégénéré en « guerres » entre pays. Seule une matérialisation des frontières par un bornage peut nous faire l’économie d’affrontements.

Pour l’essentiel, les frontières du Mali sont artificielles et séparent des communautés unies par la langue, la culture, l’appartenance ethnique. Ses limites actuelles sont donc celles héritées de la colonisation française. Le colonisateur n’a pas toujours tenu compte des réalités ethniques et socioculturelles des populations autochtones.

Il s’en est suivi une multitude de rectifications de ces découpages, soit pour prendre en compte ces réalités quand l’administration coloniale y était confrontée, soit tout simplement pour préserver les intérêts politiques ou économiques de la métropole.

Cela a eu souvent comme conséquence des conflits entre communautés occasionnant des pertes en vies humaines. Rendant la cohabitation difficile. Parfois, ils se sont transformés en guerre entre pays. Ces conflits, selon le directeur national des frontières du Mali, Aguibou S. Diarrah, découlent surtout de l’absence de bornage de la frontière léguée par le colonisateur français.

Entre le Mali et ses voisins, des zones de tensions sont nombreuses. Les premières guerres que le Mali a livrées pour défendre ses terres ont été celles qui l’ont opposées au Burkina en 1974 et en 1985. Il s’agit d’un vieux problème de terres cultivables qui a dégénéré en affrontements entre les communautés de Wanian (Mali) et Woronkuy au Burkina.

Autre zone de tension, la région de Kayes. A la frontière mauritanienne, les populations des villages frontaliers du cercle de Yélimané (Kagnaga, Kakoulou-Mali, Bougoumbé et Kirané-Madina) excédées par des actes de vandalismes de leurs voisins mauritaniens (militaires) et qui ont interdit aux populations de ces villages maliens de cultiver et de faire paître leurs animaux sur une terre censée les appartenir se sont affrontés. Les armes ont parlé. La suite est connue.

Idem à la frontière Mali-Guinée, à Dalagoué (cercle de Yanfolila, région de Sikasso). Le dimanche 29 juillet 2007, une vraie bataille entre Maliens et Guinéens a éclaté dans le village frontalier de Dalagoué (cercle de Yanfolila, région de Sikasso).

Raison : les habitants de Niani (Guinée) cultivent sur des terres maliennes jusqu’à 300 m du village de Dalagoué (Mali). Comme si cela ne suffisait pas, les Guinéens ne veulent plus voir les Maliens dans la zone. L’Etat a alors réagi en envoyant des troupes. Car, les chasseurs guinéens auraient été appuyés par leur armée. Ce problème qui avait été tranché par le commandant de cercle de Bougouni en 1945, à l’époque, le Français Lassausse, est en train de refaire surface. Aujourd’hui encore, les Guinéens continuent de cultiver sur le sol malien.

Tentatives de bornages

La frontière du Burkina avec le Mali, s’étend sur 1280 km. Suite aux deux conflits survenus de 1974 et 1985, les deux pays ont choisi de saisir la Cour internationale de justice de La Haye pour les départager sur la portion objet du différend, qui est longue d’environ 280 km et va du village d’Orontingo (département de Baraboulé, province du Soum).

Dans cette dynamique, les travaux des 1000 autres kilomètres, qui ne font l’objet d’aucune contestation, ont démarré en 2005 et ont permis d’installer des bornes sur 650 km. Pour les travaux, prévus pour durer 5 campagnes, un budget global commun a été élaboré par les deux pays à travers une commission technique mixte.

La situation sécuritaire le long de la frontière avec la Mauritanie et la cohabitation difficile notamment entre les populations du cercle de Yélimané et leurs voisins a valu l’interpellation du ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales par le député élu à Yélimané, à la faveur d’une séance de questions orales.

Avec la Mauritanie, le Mali partage, selon le ministre Koné, 2000 km. La portion qui relie les bords du Karakoro à Gogui soulève des problèmes aujourd’hui. Pour y faire face, les gouvernements des deux pays ont créé un cadre de concertation avec des rencontres au niveau des ministres chargés de l’Intérieur, des gouverneurs de région, des préfets et des sous-préfets.

Le ministre a fait savoir que la difficulté de gérer ce secteur a été perçue très tôt. « Dès 1963, les présidents Modibo Keïta et Moctar Ould Daddah signaient ainsi le traité de Kayes pour pacifier la frontière commune », a-t-il dit avant d’ajouter que c’est ce traité qui prévaut jusque-là.

Pour le général Kafougouna Koné, aussi longtemps que la matérialisation de la frontière ne sera pas faite, les difficultés persisteront. Le gouvernement tient à cette matérialisation, mais l’opération demande du temps et les documents ne sont pas faciles à rassembler.

S’agissant du conflit à la frontière Guinée/Mali, le ministre de la Sécurité intérieure, le général Sadio Gassama et son collègue de l’Administration territoriale ont rencontré leurs homologues guinéens à la frontière pour apaiser la tension.

A l’issue de la rencontre les deux parties ont créé un cadre de concertation avec des rencontres au niveau des ministres chargés de l’Intérieur, des gouverneurs de région, des préfets et des sous-préfets.

Le gouvernement, selon M. Diarrah, est en train de mettre tous les moyens en branle pour que les populations frontalières arrivent à vivre dans la quiétude et à s’habituer à cette nouvelle donne qu’est le bornage de la frontière sans faire sortir les machettes et les fusils. Mais cela ne va pas sans difficulté.

Amadou Sidibé

19 octobre 2007.