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Après quarante années passées au service de la culture africaine, Boncana Maïga, est plus qu’un maestro, c’est le sorcier de la musique. Malien bon teint, beaucoup auront aimé qu’il change de nationalité, surtout les Ivoiriens.

Apres deux décennies passées en Côte d’Ivoire et France, le maestro, au cœur de la musique africaine est de retour au bercail. Boncana Issa Tandagari Maïga, puisque c’est de lui qu’il s’agit s’installe définitivement au pays. L’enfant de Gao n’est pas venu pour se reposer. Loin de là. C’est à Baco-Djicoroni ACI-Sud dans un immeuble que le maestro a désormais installé son studio : « Maestro Sound Mali », une société de production, de distribution, d’édition, de communication et aussi d’événementiels (organisation des grandes manifestations artistiques et culturelles au Mali et à l’étranger).

« Maestro Sound Mali » mène, entre autres, des missions de sensibilisation de la population avec des outils de communication (spots, émissions télé, messages radiophoniques, organisation de spectacles, formation des jeunes en technique audiovisuelle, en éclairage et en son).

C’est sur ce dernier point, qu’il a sélectionné 30 jeunes Maliens pour la production et la réalisation de l’émission Tounkagouna pendant une période d’un an, mais aussi dans l’émission hebdomadaire « Stars parade » sur TV5 Monde, qui est réalisé et présenté par l’enfant de Gao.

C’est dans cette même lancée de formation des jeunes artistes que « Maestro Sound Mali » vient d’initier un stage de formation à l’intention de 46 jeunes en montage vidéo, animation télé, son et lumière, décoration, musique. De Bamako à Abidjan en passant par Paris que de chemin parcouru ! Le fils du cultivateur a fait la pluie et le beau temps.

En pénétrant aujourd’hui dans les locaux de « Maestro Sound Mali », on est frappé par la propreté et la sérénité des lieux. Envoyé au Niger dès son jeune âge pour y faire des études de comptabilité, Boncana contre le gré de sa famille opte pour une carrière musicale et artistique. « Parce que j’aime la musique », il a créé le « Negro-Band », un petit orchestre avec lequel il fait le tour du Mali dans les années 1960.


Le coup d’Etat bloquant

C’est avec ce « petit orchestre » que l’aventure va donc commencer et c’est à l’issue de cette tournée qu’il est remarqué par les autorités d’alors, qui avaient en projet la création d’un orchestre national au lendemain de l’indépendance. Des prospections sont faites pour débusquer les meilleurs musiciens de l’époque. C’est ainsi que l’auteur du tube « Mariétou » est sélectionné pour aller subir une formation de haut niveau à Cuba.

Rentré de Cuba en 1973, après que le coup d’Etat se soit produit, Boncana chôme pendant près d’un an. « Ne voyant rien venir malgré nos efforts de réintégration, j’ai dû rallier la Côte d’Ivoire pour tout simplement cesser de me sentir inutile, après tant de choses apprises ».

Détecté par les autorités ivoiriennes, le maestro est engagé à l’Institut national des arts comme professeur de musique et accessoirement, directeur adjoint du Conservatoire de Côte d’Ivoire où il fait rapidement ses preuves. « Peu de temps après, j’ai été chargé par le ministre de l’Information, Laurent Dona Fologo, pour monter un ensemble et c’est ainsi qu’est né le célèbre orchestre de la Radio télévision ivoirienne (RTI) et j’en étais le chef d’orchestre ».

Mais, même loin du pays, Boncana ne cessera jamais de penser à son Mali natal. Il formera Nahawa Doumbia, Kandia Kouyaté, Ami Koïta, Abdoulaye Diabaté, Kassé Mady Diabaté, Adja Soumano, Oumou Sangaré. Et après quoi, ce fut la ruée sur lui. Il est aussi sollicité par des Camerounais, des Cap Verdiens, des Congolais sans oublier Aïcha Koné, Nayanka Bell, Gadji Cely… Chevalier du Mérite ivoirien, Boncana, après l’intermède ivoirien, se retrouve en France où il passera près de 20 ans.

A noter que c’est Boncana Maïga qui a créé le groupe « Africando » en France en 1992, avec la complicité de son ami, Ibrahima Sylla. Plus que jamais au firmament de son art, Boncana est le pape des artistes musiciens africains.

Amadou Sidibé

14 Mai 2009