Partager

Les échos des derniers rebondissements de la violence dans le centre du Mali n’ont de cesse de retentir. Ils défraient la chronique et polarisent la polémique plus de deux semaines après la sanglante et meurtrière opération que l’armée française a opérée, précisément le 3 janvier 2021, dans la localité de Bounti. Plusieurs dizaines de résidents de cette minuscule contrée du Cercle de Douentza ont succombé ou essuyé des blessures mortelles suite à des frappes aériennes de la force Barkhane.

Les premières alertes sont venues de la population locale elle-même et la nouvelle a parcouru plusieurs heures le monde à travers les réseaux sociaux, avant que l’armée française ne reconnaisse avoir réellement ciblé au même endroit des groupuscules qu’elle a assimilés à une bande terroriste. Les résidents rescapés, quant à eux, les présentent comme des convives d’une cérémonie de mariage au secours desquels ils ont volé en acheminant les nombreux blessés vers les centres sanitaires de proximité et d’organismes à vocation similaire comme Médecin Sans Frontières.

S’agit-il d’une neutralisation de groupuscules terroristes ou d’une bavure de l’armée françaises ? Avec la multitude de versions contradictoires la polémique n’a de cesse d’enfler sur la question et les équivoques persistent, quoique l’armée malienne ait conforté la version de ses partenaires français, au mépris des récits habituels permettant de mieux en comprendre les tenants et contours.

Par le truchement du ministère de la Défense, les FAMa ont par ailleurs poussé la prédisposition à la solidarité (à la protection) au point de revendiquer ouvertement une opération conjointement menée avec la force Barkhane. Or les indices ne militent pas tous en faveur de la version soutenue par les deux forces partenaires, quant à la nature et les circonstances de l’opération. Et pour cause, alors que l’opinion est habituée à une revendication systématique du moindre succès engrangé aux dépens des groupes terroristes, la récente intervention de Douentza ne l’a curieusement été qu’après les cris de détresse des nombreux rescapés. De quoi subodorer, par conséquent, une tentative de passer sous silence un épisode beaucoup moins glorieux que les précédents. Il n’est pas exclu, en définitive, que de paisibles populations aient payé le tribut d’une infiltration par des éléments djihadistes ciblées par des frappes sans discernement, probablement en réaction aux pertes récemment infligées à Barkhane dans la zone. Ce faisant, l’armée française ne se sera point singularisée par un sang-froid plus enviable que leurs homologues du pays d’accueil souvent taxés d’exactions dues à la complexité de la guerre asymétrique. Mais il faut s’appeler l’armée française et avoir affaire à des autorités en mal de notoriété internationale pour s’en sortir sans coup férir des victoires mitigées et en demi-teinte contre l’ennemi invisible.

A KEÏTA

Source: Le Témoin