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Depuis un certain temps, le secteur de l’immobilier est devenu, pour certains, un moyen de « blanchir » l’argent sale. Pour s’en convaincre, il suffit de faire un tour dans certains quartiers de Bamako où les immeubles poussent comme des champignons.

Durant ces deux dernières décennies, le secteur immobilier a connu un essor sans précédent dans notre pays. Surtout à Bamako, la capitale.

Le prix des terrains ne cesse de prendre l’ascenseur. Et il est aujourd’hui impossible pour un pauvre de se construire une maison à Bamako.

Plusieurs raisons expliqueraient cette situation. Notamment, l’utilisation de ce secteur pour le blanchiment d’argent mal acquis, ou détourné. Ou encore la garantie qu’offrent ces investissements.

L’immobilier et le blanchiment d’argent

Les immeubles poussent comme des champignons à Bamako. Certains même sont construits et laissés à la merci des gardiens.

Dans certaines communes du district de Bamako, il n’y a plus de terrain vide. Car, les maires ont tout vendu. Des pauvres sont expropriés et recasés. Pendant que leurs terrains sont vendus aux plus offrants.

« En commune VI, le maire a tout vendu et a jeté son dévolu sur les espaces verts. Et nombreux sont les responsables politiques, commerçants, hommes d’affaires, qui sont devenus les propriétaires de ces terrains sur lesquels ils construisent des immeubles et les mettent en location », indique un habitant de cette commune.

Et un autre d’ajouter : « Je suis en location dans une maison qui appartient à un responsable politique de ce pays. Une maison qu’il a construite depuis qu’il a été nommé dans un ministère du gouvernement renversé. En moins de deux ans, il a construit deux immeubles dans notre quartier qu’il a mis en location. Il s’agit sans doute d’un blanchiment d’argent de sa part. car son salaire ne peut lui permettre de faire toutes ces réalisations dans ce laps de temps ».

Selon plusieurs témoignages, le secteur de l’immobilier est utilisé pour blanchir l’argent mal acquis, détourné, ou même volé.

Selon cet agent immobilier, qui a requis l’anonymat, l’immobilier est un investissement sûr. Raison pour laquelle, il est devenu un secteur de prédilection pour les « blanchisseurs d’argent sale ».

Pour lui, l’argent, quelque soit sa provenance, peut facilement être blanchi avec ce secteur.

« Nous avons vendu plusieurs terrains à un responsable politique, ex-Daf d’un ministère. En l’espace de quelques mois, il y a construit des immeubles alors que tout le monde sait que son salaire ne peut pas lui permettre cela », nous explique t-il.

Et ce bijoutier d’ajouter : « J’ai mon atelier en bas d’un immeuble à Djicoroni ACI. Mais, après quelques mois sur place, j’ai été stupéfait de découvrir que l’immeuble et deux autres immeubles, contigus, appartenaient à un ancien gouverneur de Bamako. Dans le même secteur, on m’a montré plusieurs autres immeubles appartenant à plusieurs barons du régime d’ATT, mais gérés par des agences immobilières ».

Pour ce maçon, quand on investit dans l’immobilier, il n’ y a jamais de regrets. Car, les terrains prennent de la valeur d’un moment à l’autre.

« Ça fait près d’une dizaine d’années que je travaille pour un homme d’affaires qui s’est récemment lancé en politique. Il possède une cinquantaine d’immeubles ici à Bamako. Je n’ai jamais chômé. Car, chaque fois qu’il fait une affaire et qu’il gagne de l’argent, il commence un nouveau chantier. Car de son point de vue, c’est la meilleure manière de garantir son investissement. », dit-il.

Selon lui, le hic est que l’homme en question possède des immeubles à Bamako, Ségou, Mopti et dans plusieurs autres villes du Mali. Mais ne les met pas en location. Car, on ne trouve que les gardiens et leurs familles dans ces immeubles. Avant de conclure qu’il pourrait s’agir d’un blanchiment d’argent. Car son nom a été cité dans plusieurs sales affaires.

D. Diama

Canard Déchainé du 26 avril 2012