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Une campagne sans relief où les deux finalistes ont laissé l’initiative des idées neuves à certains des candidats tombés ; une volonté comptable de la France de rompre avec Sarkozy, l’apôtre de la rupture qui, une fois élu, s’est éloigné de la France qui se lève tôt pour bichonner les nouveaux riches qui se couchent tard ; Hollande en pôle position et en passe de réaliser l’exploit que n’a pu réaliser, en 2007, sa compagne Royale pourtant bien plus scénique ; la fille Pen, mieux que papa et donnant au Front national un certificat de fréquentation qui recrute plus le désarroi social qu’il ne promet au karcher Montreuil, cette enclave malienne au cœur de Paris. Le premier tour de la présidentielle française a vécu.

Elle aura puisé, à une profondeur sans précédent, dans la peur contre l’Europe. Elle aura ensuite poussé des cris outrés contre les poubelles des ménages qui auraient pourtant, malgré la crise déplorée, suffi au bonheur du Sahel.

Elle aura enfin côtoyé le ridicule en réinvitant le débat tranché dans les démocraties anglo-saxonnes sur le halal. Et on le sait, elle n’aura pas emballé la diaspora africaine pour laquelle le premier et le deuxième, quels qu’ils pouvaient être, c’était blanc bonnet ou bonnet blanc.

Personne n’est venu à sa défense en disant très clairement que les 25 millions d’Africains émigrés n’étaient presque rien comparés aux 200 millions d’émigrés dans le monde. Mais elle ne connut pas les fixations des campagnes passées contre elle. Pour ce qui est du continent, c’est vrai : Hollande a promis la mort de la Françafrique.

Mais sur le sujet, les Africains sont des Saint Thomas. Ils savent que les hommes changent à l’Elysée mais la politique africaine de la France demeure. Reste que la France a donné une belle leçon à méditer sous les tropiques. C’est d’abord que l’on peut avoir les résultats électoraux tout de suite et pas au bout de deux semaines. C’est ensuite qu’on peut éviter d’avoir deux gagnants, une cargaison de requêtes en annulation et des gendarmes qui fuient avec les urnes.

Adam Thiam

Le Républicain du 23 avril 2012