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« Il y a ceux qui disent avec tout l’argent qu’on nous a donné, on n’a pas de proposition, on n’a pas d’action, on n’a rien d’autre à proposer que de nous mettre ensemble derrière quelqu’un qui n’a même pas un parti politique et avec qui naturellement nous n’avons rien en commun. Est-ce que les 36 partis de l’ADP ont le même programme ? Est-ce qu’à 36 ils peuvent fusionner ? S’ils sont d’accord autour d’un même programme et d’un même homme ils n’ont qu’à fusionner. Mais nous, nous proposons à l’opposé la pluralité« . Tel est le commentaire d’un leader politique malien connu pour son franc parler, en l’occurrence Mamadou Bakary dit Blaise Sangaré, président de la CDS, interviewé par notre confrère les Echos N°2858 du 12 mars 2007.

Les 36 partis politiques membres de l’ADP ont décidé de ne pas présenter un candidat venant de leurs rangs pour la présidentielle 2007. Ces partis, tous réunis, vont soutenir le Président-candidat Amadou Toumani Touré. Pour Blaise Sangaré, ne pas aller à une élection équivaut à ne pas avoir de programmes et d’engagement à proposer : cela veut dire qu’on est en panne. Le refus de cet état de fait a amené d’autres partis politiques et associations à créer le Front pour la Démocratie et la République (FDR) dont le noyau est composé du RPM de Ibrahim Boubacar Kéïta (ancien Premier ministre et président de l’Assemblée nationale), du Parena de Tiébilé Dramé (ancien ministre des Affaires étrangères), de la CDS de Blaise Sangaré, de Convergence 2007 de Soumeylou Boubèye Maïga et de l’ADJ du Pr. Abdoul Traoré dit Diop. Ils ont eu « le courage d’affirmer leur identité politique, leur appartenance à la classe politique, de rehausser l’image du combat politique, de l’action politique…« , affirme le président de la CDS, Mamadou Bakary Sangaré dit Blaise.

A propos d’une éventuelle victoire de l’ADP au premier tour appelé « Takokelen » en langue locale, Blaise Sangaré est sans équivoque : si ces élections sont transparentes et régulières, le distinguo sera fait entre les vrais partis politiques capables de proposer un programme, de le défendre, d’aller au suffrage, à la sanction populaire et d’en avoir des résultats. Si le camp d’en face (camp présidentiel) pense au « Takokelen », il s’amuse à se faire plaisir, réplique-t-il.

« Le candidat du RPM, celui de la CDS, du Parena, de Convergence 2007 et d’autres qui arrivent et je citerais Dr Oumar Mariko de Sadi en précisant que lui ne fait pas partie du FDR, mais nous admirons ce qu’il fait ; que tous ces candidats respectables de la scène politique malienne s’engagent dans la bataille, proposent des programmes et des choix au peuple et que toutes ces voix engrangées soient battues par l’autre camp déjà je ne présage pas ce que vous allez penser.

Donc tant que c’est dit sur le ton du « sina-Kounya » (parenté à plaisanterie), nous l’acceptons. Mais si vraiment ils le pensent, je crois qu’il sera mieux de se réveiller parce que le peuple a déjà commencé à dire non. Un deuxième tour est naturellement ouvert…
« , avise-t-il.

Le président de la CDS pense que la question du Takokelen est une interpellation grave : « est-ce qu’on aurait versé le sang des martyrs dans ce pays-là pour revenir à la case départ ? C’est comme si les dix années sous Alpha Oumar Konaré avaient été une fenêtre qu’on avait juste ouverte sur la démocratie pour savoir ce que c’est pour revenir à la case départ avec un général à la tête de tous les partis politiques qui se résumeraient en un parti unique… On fait partir un général, on dit que c’est un parti unique, une pensée unique. Dix ans après, on fait revenir un général qui est apolitique et derrière qui tous les partis se mettent. En faisant la somme des 36 partis qui le soutiennent on se retrouve en un seul parti sans programme derrière un homme« , selon le président de la CDS.

Boukary Daou

15 mars 07