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Le procureur général près la Cour d’appel indispose jusqu’au sommet de l’Etat. Mercredi dernier en conseil des ministres, Daniel Tessougué a fait l’objet de critiques du président de la République par intérim qui semble peu goûter son réquisitoire sur l’intrusion de l’exécutif dans le judiciaire à l’occasion de l’ouverture de la session d’assises.

L’indépendance du procureur général près la Cour d’appel passe mal au sein de l’exécutif. Jusqu’au sommet de l’Etat, sa liberté de ton notamment sa critique répétée de la violation du principe constitutionnel de la séparation du pouvoir traduite la semaine dernière par l’appel du président de la République par intérim à la libération sans condition des bérets rouges, dérange à la présidence de la République.

Mercredi dernier, lors de la session ordinaire du conseil des ministres, le président de la République par intérim ne s’est pas privé de critiquer Daniel Tessougué au grand mécontentement du garde des Sceaux, ministre de la Justice qui a refusé, selon nos sources, de souscrire à cette attitude déplorable de Dioncounda Traoré.

Reste que Daniel Tessougué reste de marbre et assume ses discours. A l’occasion de l’ouverture de la 2e session ordinaire de l’année 2013 de la Cour d’assises de Bamako, lundi dernier, Le procureur général près la Cour d’appel de Bamako, Daniel Tessougué, s’est élevé contre l’intrusion des autorités politiques dans le domaine du juge. A l’en croire, les tentatives pour surprendre l’indépendance de la justice sont légions aujourd’hui.

En effet, expliquera-t-il, vouloir annihiler l’effet des poursuites engagées par la justice dans le cadre des crimes commis au nord, sous le prétexte qu’un accord aurait été conclu sous l’égide d’une certaine communauté internationale, c’est faire un mélange très regrettable des genres.

La justice doit être le premier vecteur de la réconciliation et prendre en compte le sort des victimes d’abord, celles qui ont été violées, flagellées, amputées, délestées de leurs biens ; celles qui ont été blésées ou tuées, avait-il soutenu.

Selon M. Tessougué, nulle part dans cet accord, on n’évoque le mot victime. « Les auteurs des pires cruautés sont quasiment absouts et tant pis pour les pauvres victimes, pour le peuple du Mali, troublé dans sa sérénité depuis des mois. Cela, ce n’est pas de la justice, et on ne favorise pas une vraie réconciliation avec une telle posture », a-t-il regretté.

« Il ne saurait y avoir de réconciliation sans justice. C’est pour cette raison que le parquet général se réjouit de la levée de l’immunité parlementaire de ces députés qui ont préféré rejoindre les rangs des agresseurs de notre pays. Grand merci à la pugnacité du garde des Sceaux. Peu importe le certificat de virginité que la communauté internationale leur délivre ! », ajoutait-il.

«Les mandats d’arrêts doivent être exécutés et rien ne fait obstacle à cela»

Pour le procureur général, quand on évoque la libération immédiate de personnes poursuivies, c’est une intolérable immixtion dans les principes fondateurs de la République. « Il faut respecter le principe de la séparation des pouvoirs, socle de la démocratie et de l’Etat de droit. Il faut savoir attendre son temps. Le temps de l’exécutif, se retrouve dans le droit de grâce, qui n’intervient qu’après le jugement. Jamais avant, jamais pendant. Sinon ce serait une inacceptable violation de la loi ».

Le temps du législatif, a-t-il poursuivi, c’est celui de l’opportunité, par l’amnistie. « Pour le moment, nous ne sommes ni dans l’un, ni dans l’autre, a-t-il fait savoir. Il a indiqué que la présente session est attendue, come temps de la justice mais aussi et surtout, comme temps de dire le droit ». Ces propos ont été très mal reçus du côté de Koulouba qui ne peut malheureusement rien faire contre le PG qui dérange, mais qui plait quand même aux Maliens.

Ben Dao

L’Indicateur du Renouveau du 5 Juillet 2013