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Après 24 ans à la Banque africaine de développement (Bad), notre compatriote Birama Boubacar Sidibé, vient d’être sélectionné par un panel d’éminentes personnalités pour tenir les rênes des opérations de la Banque islamique de développement (Bid). En sa qualité de nouveau vice-président en charge des opérations de l’institution M. Sidibé de par son expérience, sa carrière est loin d’être en terrain inconnu.

Avant même sa prise de fonction officielle,, il a sa feuille de route en tête bâtie autour de l’efficacité de l’aide destinée à soutenir les efforts de développement. Dans l’interview ci-dessous, il se prononce sur l’état de santé de l’institution, ses domaines d’intervention, la corruption et l’éducation et estime que les Etats africains ont plus que jamais besoin de soutien dans les domaines de l’éducation, la santé, l’agriculture… pour tenir le coup. Entretien.


Les Echos : Pouvez-vous nous présenter brièvement la Bid ?

Birama Boubacar Sidibé : La Bid est une banque multilatérale de développement à l’instar de la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, la Banque asiatique de développement. C’est la même catégorie d’instrument de coopération. Comme telle, elle intervient dans ses pays membres pour le financement du développement. Ces pays sont au nombre de 56, dont 26 situés en Afrique. Elle est l’une des premières institutions de développement. Son capital est de 30 milliards de droits de tirages spéciaux. Et son capital émis est de 15 milliards, le capital souscrit 13 milliards et environ 3 milliards libérés. La caractéristique de la Bid est qu’elle réunit les pays membres de l’OCI, mais apporte également son appui aux communautés musulmanes des pays non membres. Elle a un programme de près d’environ 5 milliards de dollars par an. Elle finance et co-finance les projets classiques, l’assistance technique, les opérations d’urgence… Son siège est à Djedda en Arabie saoudite.


Les Echos : Quels sont les domaines d’intervention de la Bid ?

B. B. S. : C’est vraiment un partenaire important. Au 1er janvier 2008, la Bid a financé 87 interventions pour un montant total d’environ 530 millions de dollars rien qu’au Mali. Les domaines prioritaires de la Bid, outre le commerce et le secteur privé, concernent les infrastructures, l’éducation, la santé et l’agriculture. Championne de la sécurité alimentaire, la Bid est l’une des premières institutions à parler de ce concept.


Les Echos : Selon vous, quel est l’état de santé de l’institution ?

B. B. S. : Quelle que soit l’institution lorsqu’on veut se faire une idée de sa santé économique, l’on regarde sa cote de crédit déterminée par les agences internationales de notation. Eh bien, la Bid a reçu la note de crédit la plus élevée par les agences de crédit soit le triple A, ce qui démontre la qualité de sa signature et sa santé financière.

Les Echos :Comment avez-vous accueilli votre nomination au poste de vice-président de la Bid ?

B. B. S. : J’ai été sélectionné par la Bid grâce à un panel d’éminentes personnalités qui ont été mises à contribution pour rechercher un cadre africain compétent pour tenir les rênes des opérations de la Bid. Les autorités ont accueilli et soutenu cette sélection avec bonheur. Donc, pour moi, au-delà de ma personne, c’est un honneur pour le Mali. C’est tout à fait un honneur pour ma modeste de personne de porter le drapeau du Mali. Aujourd’hui, ils sont nombreux les cadres maliens qui occupent des fonctions très importantes dans les institutions internationales. Je veux citer Hamadoun Touré, secrétaire exécutif de l’UIT, Michel Sidibé, récemment nommé secrétaire exécutif de l’Onusida et quelques autres. Aussi j’ai apprécié les encouragements et le soutien du président de la République.

Les Echos :Vous attendiez vous à cette nomination ?

B. B. S. : Ça été une surprise pour moi parce que je n’ai pas fait acte de candidature. Ils ont fait des recherches par référence. C’est le panel qui m’a contacté. Bien sûr, ça n’est pas la première fois qu’on me demande de venir occuper des postes. Il s’agira pour moi, à travers cette nouvelle fonction, de servir les pays membres de la Bid, l’Afrique et, bien entendu, le Mali.

Les Echos :Que comptez-vous entreprendre en termes d’investissements pour l’Afrique en général et au Mali en particulier ?

B. B. S. : Les défis communs à tous les gouvernements, à toutes les institutions, c’est faire en sorte que l’aide se traduise par des effets concrets. C’est le plus grand défi. Que l’argent qui arrive touche la population cible. A ce titre, il faut que l’aide soit efficace et efficiente. C’est vraiment un mot d’ordre qui est très important pour moi. Au-delà des grands discours, il faut qu’on parvienne à évaluer l’aide au financement pour soutenir les efforts de développement. A part ce cadre général, je pense sincèrement que l’Afrique manque cruellement d’infrastructures. C’est la raison pour laquelle il faut plus de routes, d’eau, etc. L’infrastructure est un catalyseur de développement économique privé, public. Il faut aussi des ressources humaines de qualité à l’image du Japon, de l’Inde. Ce sont là des ingrédients de développement économique pour atténuer la pauvreté et contribuer à l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Tout cela dans le cadre du dialogue avec les gouvernements.


Les Echos :Quelle dynamique comptez-vous insuffler aux priorités de la Bid ?

B. B. S. : De par ma carrière pour avoir passé 24 ans à la Bad, j’ai beaucoup d’expérience dans le domaine des opérations. Je pourrais facilement intégrer la vision de la Bid et en être le vecteur privilégié, le catalyseur pour l’opérationnalisation de cette vision. Je m’emploierai à renforcer la coopération dans les domaines prioritaires de la Bid ; à savoir : le commerce, les infrastructures, la santé, l’éducation, l’agriculture pour contribuer au développement et atténuer le fardeau de la pauvreté. Nul doute, nos pays ont besoin du financement de ces programmes. Les pays ont cruellement besoin de soutien dans les domaines pré cités.

Les Echos :Y a-t-il des motifs de satisfaction dans la collaboration entre la Bid et les pays dans lesquels intervient-elle ?

B. B. S. : Au regard des chiffres, c’est satisfaisant même s’il est vrai que la question doit être posée aux autorités. Mais si j’en juge par les projets financés, je pense que oui. Même s’il y a matière à amélioration, l’on s’attellera à cela.


Les Echos :Avec la récession économique actuelle, la Bid connaît t-elle des difficultés ?

B. B. S. : C’est difficile à dire. Je n’ai qu’une vision externe pour le moment de la Bid. Mais, à mon humble avis, la crise économique internationale ne doit pas affecter l’institution puisque la charia n’autorise pas le loyer de l’argent. Néanmoins, l’on vend les biens et les services sous forme de produits conformes à la doctrine musulmane, qui prohibe les taux d’intérêt. Mais, favorise le partage de bénéfice proportionnellement à la contribution de chaque investisseur. Beaucoup de banques aujourd’hui sont en train de se convertir au financement islamique. Je suis optimiste à long terme pour l’Afrique. L’on passera certainement par une phase difficile, mais je suis optimiste pour l’avenir de l’humanité.

Les Echos :Que vous inspire la tenue récente des Etats généraux sur la corruption et le Forum national sur l’éducation dans votre pays ?

B. B. S. : A mon avis, la corruption est la forme d’injustice la plus grave. C’est la pire des catastrophes qui peut arriver à un pays émergent. Ce n’est pas le riche qui souffre. C’est toujours le pauvre qui en fait les frais. Pourra-t-on éradiquer le fléau ? Je n’en sais pas trop. Je pense que le problème peut se résoudre non pas par une approche répressive, mais de façon culturelle.

Cela dit, franchement, je ne voudrais pas insister sur l’importance de l’éducation et de la formation. Nos pays doivent investir massivement dans l’éducation pas forcément et uniquement académique mais dans la formation professionnelle. Je sais que notre système éducatif a des problèmes, mais nous devons beaucoup investir dans la formation structurante.

Propos recueillis par

Mohamed Daou

30 Décembre 2008