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Le Mali est devenu cette année le premier producteur de coton africain devant le Burkina Faso. 750 000 tonnes de coton-graine pour le Burkina Faso (+ 25 %) et 645 000 pour le Mali (+ 26 %), les deux premiers producteurs de la région d’Afrique occidentale et du continent. Pourtant, sa transformation reste encore le nerf de bœuf de cet écosystème. Les entreprises locales peinent à s’imposer sur le marché local à cause de certaines difficultés d’ordre financières, techniques et politiques .
Moussa Bagayoko, maître artisan designer de coton biologique et fondateur de la société Biotex Mali nous étale les siennes.

Parlez nous de l’entreprise Biotex Mali.

giff-biotex.gifBiotex Mali a été créée en 2011. C’est une entreprise de transformation du coton biologique. Elle a pour vocation la transformation du coton biologique de notre pays (filature, tissage, teinture, design). Les produits finis sont ensuite destinés principalement à la décoration, qu’il s’agisse de couvre-lits, nappes et autres sets de table, rideaux, draps et coussins. Biotex fait aussi des vêtements traditionnels.

Quelle est la place de Biotex Mali sur le marché malien ?

Malheureusement notre place n’est pas flatteur sur le marché malien. Mais ça marche beaucoup à l’extérieur. Pour contrer cela, nous faisons beaucoup d’expositions. Dans les évènements locaux comme internationaux. Les réseaux sociaux sont aussi une grande aubaine pour nous.

Quels sont les difficultés que vous rencontrez lors de vos activités de production?

Les difficultés sont plusieurs. Mais la plus importante est que le malien tarde à adopter le style traditionnel. Nous vendons principalement à l’étranger. Je suis personnellement détenteur d’un agrément AGOA (African Grow Opportunity Act) des États-Unis d’Amérique, un document qui m’autorise à exporter facilement mes produits textiles vers ce pays. Je vend particulièrement beaucoup là-bas. Une autre difficulté du secteur est que la matière première n’est pas suffisante. Certains sont obligés d’exporter dans la sous-région (Burkina, Bénin, Tchad). Il y a aussi le manque d’accompagnement politique. Les initiatives sont en place mais ne peuvent pas être concrétisées dans l’immédiat.

Face à la concurrence asiatique, qu’est ce que vous mettez en œuvre pour contrer ?

Elle existe cette concurrence. Sauf que nous nous produisons à la main. Le » Handmade » est notre crédo. Nos produits sont originaux et authentiques. L’africain n’a pas cette culture du Handmade, qui est cher. Mais c’est notre propriété intellectuelle. C’est ce savoir-faire qui est ancestrale. Donc très précieux. D’où sa cherté.

En effet Moussa Bagayoko, fait parti de ces pionniers du textile malien qui lutte d’arrache-pied pour la démocratisation du textile. Pour illustrer cela, il est aujourd’hui un fervent défenseur des jeunes transformateurs du coton/du wax en produits dérivés comme l’entreprise “Nerfertouty” de Fatoumata keïta. Dans une interview précédente que la jeune entrepreneuse nous a accordée, elle déclarait avoir reçu une formation de Moussa bakayoko : “ je lui avais dit de me vendre ses produits. Il a répliqué que non seulement il me les vendrais mais m’apprendrait également à les confectionner moi-même”. Aujourd’hui elle arrive à confectionner et faire des dessins sur ses tissus indigo qu’elle vend à travers le monde.

L’ambition de M. Bagayoko aujourd’hui est de passer d’un taux de transformation de 3% à un chiffre de 25%. Il compte sur la bonne volonté politique pour y arriver. Sans omettre que cela permettra de créer beaucoup d’emplois et surtout d’aider le gouvernement du Mali dans sa politique de lutte contre le chômage; qui est la vraie préoccupation majeure de la jeunesse malienne d’aujourd’hui.Moussa Bagayoko fait également partie du Réseau malien des transformateurs de coton biologique (REMATRAC BIO), appuyé par l’ONG suisse HELVETAS.

Créé en 2012 le réseau Malien pour la transformation locale du coton fondé sur les principes d’unions de solidarité et d’entraide mutuelle. Il a pour mission de : “ Regrouper les différentes filières de transformation de coton bio pour assurer une meilleure valorisation de cette matière première et favoriser un cadre d’échange entre les professionnels de textile artisanal en coton biologique”.

Si c’est de l’engagement, beaucoup d’entreprises de transformation du coton malien l’ont. Il ne reste plus qu’à rajouter une touche de soutien gouvernemental (“concret” comme ils le disent) pour pouvoir enfin voir le malien lambda porté fièrement mais surtout facilement (à moindre coût) le made in mali. Viendra ce jour on l’on verra toute l’Assemblée Nationale vêtue de cotonnade malienne. Ainsi soit-il.

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Aissata Keita

Bamako, le 29 Octobre 2018

©AFRIBONE