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«Nous ne sommes pas d’accord d’utiliser n’importe quel produit et dans n’importe quelle condition. Les OGM sont l’exemple même de ces produits».

Telle est la position des organisations paysannes et des Chambres d’agriculture d’Afrique de l’Ouest que Ibrahim Coulibaly a clairement livré à la conférence régionale sur les biotechnologies en Afrique de l’Ouest que notre capitale abrite depuis le 21 juin 2005.

Mais auparavant, il a rassuré l’assistance que les producteurs agricoles ne sont pas contre des savoirs scientifiques exogènes qui viennent compléter les leurs savoirs séculaires. «Nous en sommes même demandeurs.

Loin de nous, l’idée de nier le saut qualitatif que certaines techniques permettent de faire. Nous sommes parfaitement d’accord avec toutes les biotechnologies qui sont respectueuses des mécanismes naturels de la vie» a assuré Ibrahim Coulibaly.

Cependant, il rappelé quelques raisons pour lesquelles, les organisations paysannes et les chambres d’agricultures d’Afrique de l’Ouest disent non aux OGM.

Selon lui, le manque de connaissances approfondies sur les risques que représentent ces produits, pose problème alors que les résultats de certaines recherches font déjà état de leur nocivité pour l’homme, l’animal et pour l’environnement.

Il a mis l’accent sur le risque de dépendance des producteurs Ouest-africains vis-à-vis des firmes étrangères de production de semences.

Ibrahim Coulibaly a estimé que cela va à l’encontre du principe de souveraineté alimentaire affichée dans la politique agricole de la CEDEAO que nos chefs d’Etat ont adopté.

Il a aussi dénoncé le fait que l’on dise qu’une variété que nous conservons depuis des décennies est devenu un produit breveté non exploitable par tiers après y avoir introduit un simple gène trouvé dans la nature.

Le représentant des paysans a indiqué que cela est en contradiction avec, nos coutumes et nos traditions de production et d’échanges libres de semences et la valorisation des savoirs et savoir faire paysans.

Ibrahim Coulibaly a rejeté la tendance qui veut faire croire qu’avec les OGM, nos problèmes seront terminés. Entre autres problèmes de l’agriculture Africaine, il a cité la sécheresse récurrente, la pression parasitaire, la baisse de la fertilité des sols, l’acidité et la salinité des sols, les érosions hydrique et éolienne, les difficultés d’accès aux innovations et au financement, les difficultés d’écoulement des récoltes, la volatilité des prix, la concurrence déloyale sur les marchés nationaux, régionaux et internationaux etc.

Pour tout cela, au stade actuel de la discussion au niveau régional, les producteurs agricoles ont attiré l’attention des décideurs et experts présents à Bamako sur leur devoir politique et scientifique et leur responsabilité individuelle d’éclairer les citoyens et de prendre en compte leurs souhaits et leurs appréhensions.

Dans l’impossibilité d’interdire la production des OGM par les firmes internationales. Ibrahim Coulibaly a souhaité qu’elles les gardent pour elles. Il a aussi lancé un message aux chercheurs Africains.

«Nous ne disons pas aux chercheurs d’arrêter de tester les OGM mis à leur disposition par ces firmes, mais qu’ils les testent dans leurs laboratoires et dans leurs serres» a-t-il déclaré.

Dans le souci de contribuer positivement au débat sur les OGM, les organisations paysannes ont fait des propositions. Elles ont demandé l’instauration de larges débats au sein des populations dans les pays afin de leur permettre de participer à la prise de décision.

Elles ont aussi souhaité la recherche de mécanismes de financement durable et souverain de la recherche scientifique et le renforcement des capacités des structures nationales de recherche et de conseil agricoles.

Les paysans africains ont proposé l’adoption d’un moratoire d’au moins cinq ans dans l’espace CEDEAO pour permettre aux producteurs et aux organisations paysannes de s’informer et de participer à la prise de décision dans leurs pays.

En cette période cruciale de famine, les organisations paysannes ont demandé aux autorités de tout mettre en oeuvre pour que l’aide alimentaire ne soit une porte d’entrée pour les produits OGM.

Assane Koné

23 juin 2005