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La non-nocivité des organismes génétiquement modifiés (OGM) est-elle prouvée ? En lieu et place d’une réponse claire à cette question, nos pays sont contraints de se positionner pour l’introduction (commercialisation et culture) des OGM sous le joug d’un capitalisme international qui conjugue désormais le problème sous le seul angle de la faim dans le monde, en minimisant les inquiétudes qui font état des possibles effets nuisibles sur la santé humaine animale et sur l’environnement.

Le Mali est sur la voie de l’adoption d’une loi sur la sécurité en biotechnologie. Le projet de loi qui sera examiné pendant la prochaine session de l’Assemblée nationale suscite de sérieuses réserves qui ont amené les députés à faire précéder l’adoption par une mission parlementaire. Cette mission, devant mobiliser environ 80 députés, doit prospecter les instances de recherche (laboratoires et centres de recherche) qui ont en charge le contrôle de la qualité des produits génétiquement modifiés.

S’il est reconnu au niveau sous-régional que le Mali est l’un des pays qui possèdent déjà des infrastructures (l’institut d’économie rurale et le laboratoire de biotechnologie moléculaire appliquée de la faculté des sciences et techniques), il n’en demeure pas moins que ces infrastructures ont besoin de personnel et d’équipement. Il s’agit d’une loi qui porte sur l’importation, l’exportation, le transit, l’utilisation confinée, et la mise sur le marché de tout organisme génétiquement modifié ou produit dérivé.

Il faut dire que l’utilisation de la technologie génétiquement modifiée dans l’agriculture mondiale a toujours été l’objet d’une controverse. Ceci est, en partie, le résultat d’un fort sentiment anti-technologie OGM des groupes de pressions qui se préoccupent des possibles effets nuisibles sur la santé humaine et animale ainsi que sur l’environnement.

Et l’ampleur de la vulgarisation de ces produits au niveau mondial recommande à nos pays de se munir des mesures de biosécurité aux niveaux sous-régional et national. Ce projet de loi répond à une dynamique sous-régionale lancée par l’Institut du Sahel (Insah), sous l’égide du CILSS, à harmoniser la question bio sécuritaire dans la sous-région pour répondre à l’imminence de l’introduction des OGM en Afrique de l’Ouest.

«Les actions de grande envergure ne produiront les effets escomptés à savoir faciliter et développer les échanges entre les pays que lorsque les textes législatifs et réglementaires seront harmonisés», note l’Insah.

Selon des informations, le Burkina Faso est en train d’expérimenter du coton génétiquement modifié cette saison sur 15 000 hectares pour servir de graine, la saison prochaine, sur environ 400 000 hectares. Cette information ne peut laisser indifférents les acteurs maliens qui voient en cette initiative de possibles transactions d’OGM sur notre territoire. D’où leur impatience face à l’adoption du projet de loi sur la sécurité de la biotechnologie.

En fait, l’Afrique du Sud est le seul pays africain, sur les 23 pays dont 11 pays en développement, à avoir définitivement adopté les organismes génétiquement modifiés. Elle sera prochainement rejointe par le Burkina Faso et l’Egypte après que leurs autorités de réglementation en biosécurité aient respectivement autorisé l’introduction (commercialisation et culture) des variétés génétiquement modifiées du coton et du maïs. Les principales plantes OGM qui ont obtenu des autorisations pour la culture commerciale dans le monde sont le soja, le maïs, le coton et le colza.

Le riz, la courge et la papaye GM ont aussi été autorisés, mais ils sont actuellement cultivés sur des superficies relativement petites. S’il est avéré que les biotechnologies modernes ouvrent de nouvelles voies de développement à de variétés de plantes cultivées plus prometteuses, les anti-OGM estiment qu’il n’est pas fondé et trompeur d’affirmer que consommer les OGM est sans danger pour la santé sous prétexte que des gens en consomment depuis des années sans qu’on ait observé des conséquences visibles.

Il est difficile de prouver quelles actions à la base détruisent ou altèrent, par exemple, une protéine ou un enzyme de l’ARN/ADN et qui déclenchent des dégâts dans le génome humain. Des études scientifiques attestent que l’altération de l’ADN n’entraîne pas forcément le cancer, mais cela n’est pas non plus le seul facteur en cause.

On estime que le génome d’une cellule doit subir au moins six événements mutagènes indépendants avant que ses mécanismes de réparation de l’ADN ne soient débordés et que la carcinogenèse/cancer ne s’exprime. En clair, cela veut dire que l’action des OGM sur le génome humain peut-être à risques et mutagène au bout d’une longue période, inconnue à ce jour.

Il faut tout de même savoir qu’en cas de problème généré par la démocratisation des OGM, un retour en arrière sera certainement très difficile. Des observateurs soulignent que la recherche sur l’impact direct, indirect et induit, positif et/ou négatif des OGM sur la santé humaine, sur l’environnement et sur l’économie, doit porter sur le long terme. Car, défendent-ils, le niveau actuel de consommation des OGM qui se situe autour de 0,9 % laisse une marge appréciable de 60 ans de consommation des OGM afin de prouver leur nocivité.


Seydou Coulibaly

10 Septembre 2008