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Un officier de ma connaissance féru de résultats concrets et de victoires à engranger aime à répéter qu’en matière de gestion des urgences et même de gestion tout court, c’est le terrain qui commande. Le terrain pour nous, c’est l’immense chantier d’un Mali à construire, les acquis d’un peuple martyr de la pauvreté et abandonné à un sort incertain, à préserver.

Maliba, Maliba, toutes les chansons et tous les discours officiels n’ont que ce refrain à la bouche alors même que n’attendant même pas que la nuit couvre d’un voile discret leurs agissements, des maliens (en minuscule), à la petite semaine, dépècent et dévorent cru un pays qui leur a tout donné, par leurs détournements massifs, leurs surfacturations et leurs marchés fictifs que seul un idiot aveugle ne découvrirait pas. Des trafics en tous genres, des « sourafin et des courtous courtous » honteux. Et les voilà dans des demeures somptueuses, des voyages princiers et des voitures « tape à l’œil », alors que les Maliens chaque jour se meurent.

Le pays, c’est désormais les très indûment riches et les très désespérément pauvres. Les seconds étant les victimes des premiers. Le pays se pervertit dangereusement, à tous points de vue, et on n’a même plus honte des séjours répétés au lycée technique d’application des peines de Bamako Coura… C’est le terrain qui commande et le terrain commande ici que l’on ne se taise pas, que l’on ne baisse pas les bras, que l’on ne se ferme ni les yeux ni les oreilles encore moins le cœur. Pour la grandeur d’un vrai Maliba, qui poursuivra deux fois par semaine, le mercredi et le jeudi, dans un billet, les mauvais fils, ces gens là, jusque dans… leurs rêves.

S. El Moctar Kounta

12 Janvier 2011