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Les Maliens ont été écœurés, le dimanche 15 septembre dernier, en apprenant que trois ministres du gouvernement Oumar Tatam Ly ont été pris à parti par des Touareg lors d’une visite officielle dans la capitale de l’Adrar des Ifoghas. Le convoi de nos ministres – Administration territoriale, Sécurité et Réconciliation nationale – a fait l’objet de jets de pierres et d’invectives de la part des jeunes Touareg instrumentalisés par les responsables du MNLA et les autres groupes armés. Le programme initial de la visite a été bouleversé voire même annulé. Cet acte humiliant est un véritable camouflet et un défi lancé au nouveau locataire de Koulouba, Ibrahim Boubacar Kéïta, investi seulement le 4 septembre dernier. Pas de temps de grâce pour lui par rapport au dossier du nord, une patate chaude entre ses mains. Déjà, le jour même de son investiture, les irréductibles séparatistes du nord avaient fait un pied de nez à IBK en marchant pour «l’indépendance de l’Azawad.»

Quelques jours plus tard, ils remettent ça en s’attaquant ouvertement à des autorités légitimes du gouvernement pour, disent-ils, exprimer leur mécontentement après les accrochages entre l’armée malienne et les bandits armés à la frontière Mali-Mauritanie. Ces groupes au lieu d’être cantonnés continuent de couper le sommeil aux forains dans plusieurs localités du nord. D’où la sortie musclée de l’armée la semaine dernière avec à la clé des arrestations et des saisies de munitions. Ce qui n’a pas plu aux leaders du MNLA qui croient avoir le droit de continuer à se pavaner, comme en terrain conquis dans les sables mouvants du Thegargar.

Ces hors-la-loi continuent de fouler au pied l’autorité de Bamako avec la complicité des forces Serval et de la MINUSMA. Aujourd’hui, certes l’administration malienne a fait son retour à Kidal, mais c’est une simple formalité car, le MNLA et les autres groupes armés continuent de dicter leur loi. Ils occupent les bâtiments de la mairie ainsi que du gouvernorat faisant du gouverneur, le Colonel Adama Kamissoko, un SDF dans une ville où il représente l’Etat malien, c’est-à-dire, l’autorité légitime. Aussi, l’antenne régionale de l’ORTM est sous le contrôle de ces groupes armés qui passent au peigne fin les messages diffusés même par les autorités légales.

Le constat est clair : Kidal est aujourd’hui un Etat dans l’Etat. L’administration centrale ne contrôle rien, c’est la loi des groupes armés avec la bénédiction de la France, qui joue le rôle d’une force tampon entre les militaires maliens et les rebelles. Et pourtant, dans l’accord de Ouagadougou, il est prévu le cantonnement et le désarmement de ces groupes armés. Mais jusque là, rien n’est fait. Les combattants touareg restent confondus à la population civile qu’ils manipulent violentent à leur guise. IBK, qui va célébrer le côté festif de son investiture ce jeudi 19 septembre, doit alors mettre les bouchées doubles en prenant le dossier kidalois à bras le corps. La restauration de l’autorité de l’Etat, message phare de sa campagne, passe par là. Les Maliens ont largement porté leur choix sur lui lors de la présidentielle en grande partie à cause de cette crise du nord qui a fait connaître au Mali l’épisode le plus sombre de son histoire. Il faut à présent agir. Le plus tôt sera le mieux.

Youssouf CAMARA

17 Septembre 2013