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Un an après son installation, le collège transitoire de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali a cru malin de faire son bilan. Sur fond d’autosatisfaction quand d’autres parlent de gabegie et de gâchis.

A l’occasion de sa première année d’existence le collège transitoire de la Chambre de commerce et d’industrie (Ccim) a, par la voix de son président, Mamadou Tiéni Konaté, présenté le bilan et les résultats de ses activités à la tête de l’institution consulaire. Comme cela se doit, le bilan a été très flatteur et les résultats auraient dépassé les prévisions. Seulement, cet exercice d’autosatisfaction a été mal apprécié par ses détracteurs et ceux qui contestent sa nomination dès le début. Pour ceux-ci, le président Konaté aurait été mieux inspiré de faire plutôt de l’auto-flagellation.

Selon eux, depuis l’avènement du collège transitoire, la Ccim a commencé sa descente en enfer. C’est ainsi qu’après seulement un an d’exercice, l’institution serait en train de toucher le fond. Le constat a été fait lors de la réunion du bureau du collège et des opérateurs économiques dans la salle de réunion de la Ccim, le jeudi 31 octobre.

Aux dires de certains participants, l’exposé du président Konaté n’a démontré aucun résultat escompté et « n’a porté que sur du faux ». A les entendre, l’installation du Collège, le 15 novembre 2012, avait suscité de l’espoir et de l’engouement, les acteurs du secteur privé étant pressés de sortir de la zone de turbulence. Mais au fil du temps, les espoirs ont été déçus à tel point que les gros calibres du secteur ont décidé de bouder les activités de la Chambre.

Le présidium et l’auditoire de la rencontre du 31 octobre illustrent parfaitement la situation délétère qui règne à la Ccim. Avec, à ses côtés, quelques membres du cercle très restreint qui suce la Chambre, devant, un auditoire composé en majorité des membres du Synacodem (Syndicat national des commerçants détaillants du Mali).

Un bilan trop beau pour être vrai

C’est devant cette participation réduite que le président Konaté a fait son speech destiné en réalité à la télévision nationale. Donc un speech, trop beau pour être vrai. En effet, selon certains participants, le président du collège s’est gardé sagement de révéler à son public que les travailleurs seraient sans salaire depuis six mois, une situation d’arriérés de salaires que ces travailleurs n’avaient jamais connue auparavant, même pas d’un mois a fortiori une demi-année.

Et c’est à ces mêmes travailleurs qui n’auraient pas de salaire depuis six mois que le président Konaté promet le paiement d’un treizième mois. En oubliant que dans la législation en la matière, ce mois de gratification est accordé après la clôture de l’exercice et dans des cas bien précis, et non à mi-parcours et pour des raisons que lui seul connait. Sans base juridique ou même sociale, le président transitoire s’est-il arrogé le droit d’accorder un treizième mois, en octobre parce que c’est le mois de solidarité ? Il y aurait là une aberration.

Qui pourrait lui coûter cher si jamais l’autorité de tutelle s’avisait d’effectuer aujourd’hui un contrôle de gestion, dans le cadre de l’assainissement de la gestion financière de la Chambre.

Aux dires de ses détracteurs, Mamadou Tiéni Konaté n’avait pas qualité pour exécuter les marchés dont il a parlé. Néanmoins, les « dividendes ou commissions » lui ont permis de quitter la location pour se construire enfin un logement.

Avec la complicité du ministre des finances de la transition, Tiéna Coulibaly, des marchés de gré à gré ont été approuvés avec prélèvement de commissions : achat de terrain à 180 millions (100 millions auraient servi de pots-de-vin) ; achat de trois véhicules 4X4 à Dubaï à 210 millions dont deux seulement ont été livrés (50 millions auraient été servis en dessous de la table), un groupe électrogène de Dubaï à 24 millions (13 millions auraient été empochés), des missions commerciales réservées à des proches, au Canada, en Inde, en Turquie, etc.

Pour ceux qui ont le malheur d’être invités à ces voyages sans faire partie du cercle restreint, ils seraient régulièrement victimes d’escroquerie. Telle cette opératrice économique dont on a utilisé la carte de crédits pour payer certaines dépenses, y compris les frais d’hôtel.

Abdel Karim Konaté à la rescousse

Le président Konaté se serait également octroyé, à lui-même et à certains de ses protégés, sans l’aval de la tutelle, des avantages substantiels et des subventions considérables pour préparer la campagne des élections consulaires.

Tout cela se fait sous le regard timide d’un secrétaire général sans responsabilités, bien qu’il soit le représentant de l’Etat. En revanche, le poste de secrétaire général adjoint, un poste fictif créé de toutes pièces pour on ne sait pour quelle raison par Jeamille Bittar, un poste qui ne doit même pas figurer dans l’organigramme est occupé par un homme qui s’arroge tous les droits, devenant ainsi l’homme de main de la transition, décidant des mutations, des renvois, des sanctions, et même de la gestion du personnel.

La transition aurait atteint le comble quand le deuxième vice-président, Youssouf Bathily, aurait créé et mené une mission commerciale sur la Tunisie aux seules fins de se soigner sur le compte de la Ccim.

C’est tout cela que Mamadou Tiéni Konaté appelle le bilan rose d’une année bien remplie, et que d’autres, par euphémisme, préfèrent parler d’année rose et de poches bien remplies pour certains membres du bureau.

Alors monsieur le ministre du commerce, vous qu’on dit homme de rigueur et de principe, il est temps de justifier votre réputation en mettant fin à cette gabegie, en vous attelant personnellement à ce que la transition n’a pas pu ou voulu faire : réconcilier le secteur privé avec lui-même afin d’aller à des élections consulaires apaisées et transparentes, gage de stabilité et de responsabilité dans un monde des affaires en débandade.

Cheick TANDINA

07 Novembre 2013