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Kayes a été la porte d’entrée de la colonisation au Mali. La cité est restée un foyer d’expansion culturelle. En 2005, le gouverneur de région demandait l’organisation par la ville historique du plus grand rassemblement culturel du pays. La biennale artistique et culturelle approche à grands pas.

Il n’est peut être pas trop tard pour soulever des facteurs qui semblent préalables à la réussite de ce que les autorités présentent comme un projet de développement. Après les journées de lancement des 24 et 25 octobre derniers, le visiteur est en droit de soulever quelques interrogations.

Il va s’en dire que Kayes entend rester fidèle à sa réputation de cité hospitalière, toutefois la ville aura certainement du mal pour -déjà- héberger et restaurer les invités formels (plus de 300) et l’ensemble des participants devant effectuer le déplacement pour l’événement prévu du 20 au 30 décembre 2008.


Richesse historique.

Apres les historiques rencontres inter coloniales de Dakar, les autorités de la République naissante initiaient la semaine nationale de la jeunesse en 1962. La « fédération » de forces vives a connu diverses appellations notamment pour les axes intermédiaires de préparation des troupes.

Devenue biennale artistique et culturelle, elle avait du subir une pause de près de quinze ans. A partir de 2001, on a remis le métier à l’ouvrage. Ce fut la renaissance à Bamako en 2003 et deux années plus tard le forum de diversité culturelle était délocalisé à Ségou. Après cette édition, populations et autorités de Kayes demandaient l’organisation du rassemblement culturel.

Pour causes de contingences électorales, Kayes 2007 a été reportée à cette année. Compétition culturelle, la biennale est majeure tant du point de vue de son « format » considéré comme gigantesque sur le continent (un budget de 575 millions cette année) que par la démonstration de talents qu’elle suscite (plusieurs dizaines d’artistes maliens aujourd’hui confirmés sortent de ce vivier).

En première région on fait sienne l’affaire nationale. La « Jatigiya » viendra certainement au secours d’une capacité hôtelière éprouvée déjà lors des matches de poule de la coupe d’Afrique des nations en 2002. Le comité régional d’organisation envisage recevoir les délégations en compétition dans les plus vastes établissements scolaires. Des invités pourront être logés dans les villas du village CAN et on envisage loger le visiteur chez l’habitant pour une meilleure fraternisation.


Le vent après les sueurs froides ?

Sans aucun doute, les actuelles opérations d’assainissement de la capitale régionale sont plus que salutaires .Dans un plan de couverture sanitaire qui devra aller au-delà de l’adoucissement de migraine ou de paludisme, il ne sera pas inutile de tenir compte de la forme physique générale des principaux acteurs : comédiens, musiciens, chanteurs et danseurs. Ces « patients » viendront des quatre coins du pays (720 éléments, en raison de 90 pour chacune des 8 régions et du District de Bamako).

Il conviendrait donc que le lieu d’hébergement, l’alimentation et la tenue vestimentaire des uns et des autres soient adaptés au climat. En Décembre la température est des plus basses à ses alentours de zone semi désertique et du fleuve Sénégal (le jury officiera dans une salle de 1000 places flambant neuf).

Sur place on réfléchit à l’installation d’un podium sur la pelouse du stade Abdoulaye Macoro Sissoko. Il est bon cependant de se rappeler que le vent n’est pas un allié de l’acoustique et que le respect des artistes et du public fait exigence de sonorisation et de système d éclairage non approximatifs.

Sida et Insécurité

Innovation appropriée, il est prévu un site de dépistage dans chaque centre d’hébergement des festivaliers, de même que des ateliers de formation.

On sent le boum économique. La population est en croissance. Le centre ville reçoit la construction de la mascotte de la biennale, un centre ville qui se caractérise par l’étroitesse de ses rues. Ici on fait peut être pire qu’à Bamako. Tant pis pour le chauffeur visiteur qui prend le temps de réfléchir à la voie à emprunter. Le plus futé accapare la priorité. Les alentours des marchés et des gares sont les plus exposés aux accidents et les motocyclistes de par leur incrédulité semblent avoir été « exportés » de Bamako. Bref, les poids lourds ne sont pas les seuls responsables de l’insécurité routière. Le pont qui surplombe le fleuve Sénégal est devenu étroit, mais reste un lien indéniable entre les habitants de la première région.

Dans la plupart des villages de la région les hommes sont partis à la recherche de fortune en laissant femmes, enfants et parents au pays. Si ces migrants sont physiquement et culturellement partis, ils sont monétairement bien présents. Depuis les sous sols, les appartements squattés et les foyers insalubres outre atlantiques, ils expédient une prospérité dont profitent toutes leurs communautés d’origine: leur contribution à l’économie nationale est d’environ 140 milliards de FCFA par an.


MOÏSE TRAORE (ORTM)

17 Novembre 2008