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Très éclectique, la troupe de la Cité des 333 saints a traité de la paix au nord de notre pays, de la religion, de l’émigration, de l’excision, de l’unité africaine, du divorce, de la corruption

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Après la cérémonie d’ouverture et les inaugurations, la soirée d’ouverture avec les troupes des Maliens de France, l’orchestre de l’INA et Habib Koïté, qui ont drainé un public nombreux samedi, les choses sérieuses ont commencé dimanche soir.

Tandis que la troupe de Mopti se produisait dans la salle Massa Makan Diabaté pour l’enregistrement audiovisuel, celle de Tombouctou montrait son savoir-faire au jury au stade Abdoulaye Macoro Sissoko. Un public enthousiaste de près de 3 000 spectateurs a pris d’assaut la salle prouvant par leur présence que les Kayésiens sont acquis à la biennale artistique et culturelle.

Malgré quelques difficultés techniques, la troupe de Tombouctou a fait une très bonne impression. La paix au nord de notre pays, la religion, l’émigration, l’excision, l’unité africaine, le divorce et surtout la corruption et le népotisme dans la démocratie sont les préoccupations pointées par les Tombouctiens.

Dans une mise en scène assez homogène, les comédiens de la Cité des 333 saints ont présenté une pièce de théâtre qui retrace les péripéties de la pénétration coloniale à Tombouctou. La scène se passe en prison où sont embastillés toutes sortes d’individus : une vieille femme dénommée « Mama Africa », Moctar, un opposant aux idées révolutionnaires, un trafiquant, un voleur etc.

Moctar tente de convaincre ses camarades de la nécessité de travailler correctement, sans accepter la corruption afin d’aider le pays à aller de l’avant. Ses interlocuteurs lui suggèrent eux de s’employer plutôt à sortir de prison et à s’exiler en Europe pour aller faire triompher ses idées.
« Mama Africa » profite de l’occasion pour lui rappeler quelques faits historiques. Pour entrer dans la ville de Tombouctou, les Blancs ont dû s’allier des autochtones, bannis par le roi. Ils ont imposé leur culture de l’école, aboli l’esclavage et installé un traitre sur le trône royal.

Si les accessoires de scène et les costumes des personnages s’avéraient parfaitement adaptés, le jeu des acteurs pouvait parfois s’assimiler à une simple récitation.

Le thème de l’émigration clandestine reviendra dans le solo de chant. La soliste de Tombouctou invite, dans une belle envolée lyrique, les jeunes à rester dans leur pays pour protéger et sauvegarder l’héritage de Ahmed Baba, de Soundiata Kéïta, de Babemba Traoré et des autres vaillants guerriers qui ont marqué l’histoire du Mali.

La consolidation de l’Unité africaine, seul gage du développement, passe par la paix et le bon comportement des leaders, tel est le message véhiculé par le chœur. C’est une ode à l’Afrique qui souffre de la misère, des guerres fratricides, des rebellions récurrentes, de maladies comme le sida, le paludisme.

L’ensemble instrumental, composé de n’gonis, violons, monocordes, flûtes, et autres percussions a défendu le droit des femmes, des enfants et de la famille.

Dans le ballet à thème, Tombouctou a souligné les méfaits de l’excision à travers des jeunes filles qui ont éprouvé des problèmes à l’accouchement. La danse traditionnelle « Kadda » a, elle, traité du divorce en milieu tamasheq.

Dans ses deux morceaux de compétition, l’orchestre régional, le Djaba, invite les autorités à faire confiance aux populations, aux leaders religieux et à chacun de nous pour résoudre le problème du nord. Le constat de la chanson est clair : les négociations directes, l’appui des pays amis et les forums n’ont pu apporter la solution. Celle-ci se trouve dans notre culture.

C’est Mopti qui se produira aujourd’hui au stade Abdoulaye Macoro Sissoko devant le jury et le grand public tandis que la troupe de Kidal occupera la salle Massa Makan Diabaté.

Le concert du Carrefour des jeunes sera animé à partir de 16 heures par l’orchestre de Koulikoro. Au même moment, les troupes invitées que sont Babemba et celle des Maliens de France, se produiront en off, respectivement sur la scène installée en plein air face au stade Abdoulaye Macoro Sissoko et dans le quartier de Kayes N’di, sur la rive gauche du fleuve Sénégal.


Y. DOUMBIA

Essor du 23 Décembre 2008