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« Agitations post mortem », ainsi est intitulée la pièce de théâtre de la troupe de Sikasso.Comment peut-on s’agiter après la mort, s’interroge légitimement le spectateur à l’annonce de ce titre.

Ainsi comme à leur habitude, les œuvres dramatiques de la 3ème Région prennent un malin plaisir à poser d’emblée une énigme.
Quatre personnes se retrouvent l’une après l’autre dans l’au-delà. La première, un Congolais, en costume-cravate, y débarque à la suite du crash aérien.

Le 2è défunt est un spécialiste de l’égyptotologie qui a péri dans le désert du Sahara, alors qu’il entrevoyait les enclaves espagnoles au Maroc : Ceuta et Mélilia. Elles sont devenues célèbres à cause du nombre important de clandestins qui y transitent pour l’Europe.
Le 3è arrivant, une Zimbabwéenne, s’est noyée dans l’Océan Atlantique à la suite du naufrage de leur embarcation de fortune.

Enfin le 4è personnage s’est pendu à un arbre, non loin de l’aéroport de son pays, suite à son expulsion après sa 8è tentative d’entrer en France.
Le procédé qui consiste à prêter la parole à des êtres inanimés, des morts ou à des absents est désigné sous le nom savant de prosopopée. L’auteur, Aliou Coulibaly, essaie une autre façon de faire, afin de mieux faire passer le message. Y a-t-il réussi ? Chacun a son opinion sur la question.

Tous conviendront cependant que « Agitations post mortem » brille de mille feux au milieu de toutes les autres œuvres qui ont traité jusqu’à présent du même sujet d’actualité : l’émigration clandestine
En ce jeudi de Noël, la troupe de Sikasso se présentait devant le jury au stade Abdoulaye Macoro Sissoko de Kayes avec la ferme intention de marquer les esprits.

Ainsi, cette façon originale et inédite (à Kayes) de poser le problème est à inscrire à son actif. Mieux, l’œuvre s’adapte au grand public avec des mots simples, des comédiens qui possèdent leurs personnages, un brin d’humour qui n’altère en rien la gravité du sujet.

Dans son ambition de frapper un grand coup, la troupe de Sikasso a sans doute marqué un autre point avec son ballet à thème « La bataille de Korè », tout au moins dans sa mise en scène. En effet, ce fait historique qui a eu lieu à Ségou a été abondamment traité dans de nombreuses pièces de théâtre et bandes dessinées de notre pays. L’histoire étant connue, seule la créativité dont fera preuve la troupe sera prise en compte par le règlement de la biennale.

Korè Dougakoro Traoré était un chef de province nommée par le roi Da Monzon Diarra. Il a déclaré la guerre à son maître après avoir été qualifié «de « piètre épouse de Dah » par son griot.

Pour avoir raison de la puissante armée de Korè, Dah use alors de ruse, en complotant avec l’épouse de son ennemi et en lui promettant de l’or. Puis, il décide de tuer cette femme après le suicide de son mari qui avait été vaincu et capturé. Le corps de Korè fut transporté et salué et salué à Ségou par l’adage qui dit qu’on peut se précéder les uns les autres mais que le monde finit par effectuer le voyage sur Ségou.

Le ballet est, dit-on, une pièce de théâtre dans laquelle l’expression corporelle remplace le verbe. Contrairement à presque toutes les œuvres du genre qu’il nous a été donné de voir, celle de la troupe de Sikasso ne s’est pas contentée de pas de danse et de chorégraphie sous l’impulsion de la classique percussion.

Elle a prouvé que la mise en scène du ballet peut être enrichie avec une grande variété de costumes, des instruments aux sonorités langoureuses comme la flûte, le violon traditionnel, la guitare et le donso n’goni. Des accessoires de scène comme le fusil, la peau de taureau, les cordes etc. Autant d’éléments qui accompagnent l’expression corporelle et qui éloignent des modèles connus.

Mais dans sa quête d’innovation Sikasso a cédé au péché de mâcher la réflexion à l’intention du spectateur et peut-être d’anesthésier son imagination. Est-ce grave ? La notation le dira.

Envoyés spéciaux

Y. DOUMBIA et O. DIOP

29 Décembre 2008