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Le monde sportif malien est marqué par de sérieux antagonismes, avec notamment l’existence d’associations parallèles aux fédérations reconnues par le département des sports ou de fissures au sein d’un bureau fédéral engendrées par des querelles d’hommes qui visent leurs intérêts propres. D’où, plusieurs bureaux pour une même discipline dont les jeunes praticiens en pâtissent. Conséquence: le sport malien se meurt. Enquête


Ce bicéphalisme existe dans la quasi-totalité de nos fédérations nationales phares avec, cependant, deux constats majeurs :


Primo,
l’ampleur des nuisances causées à la discipline varie selon les motivations réelles des frondeurs.


Secundo,
le phénomène est largement plus exacerbé dans les arts martiaux, avec, à ce niveau aussi, une mention “spéciale“ au taekwondo.


En football,
depuis le départ forcé de Amadou Diakité (quels résultats après lui ?), la fédération n’a pas connu de vie sereine. L’atmosphère a été polluée autour de son remplaçant, Tidiani Médian Niambélé (bras de fer avec son ministre de tutelle), qui a été finalement emporté par le conseil extraordinaire du juin 2005 (il a démissionné dignement).

A ce conseil du Stade du 26 Mars, alors qu’on attendait l’arrivée à la tête de la fédération de grosses pointures comme Hamadoun Kolado Cissé (qui s’est désisté au dernier moment) ou Moussa Konaté (battu à plate couture), c’est finalement le gros outsider Salif Keïta “Domingo“ qui a été élu sur fond de mécontentement général.

Au moment où son mandat tire vers sa fin (statutairement, au plus tard en juillet 2009), déjà trois tendances se dessinent pour sa succession.

Il y a d’abord le courant de renouveau avec la création de l’Initiative pour un renouveau du football malien, présidée par Boukary Sidibé “Kolon“.

Parce qu’ils pensent que le football malien, jadis puissant facteur de mobilisation et d’insertion des jeunes dans le tissu socio-économique de notre pays, évolue dans un environnement vicié, malsain et inadapté ; qu’il est à la traîne ; et que par conséquent, il s’avère urgent d’agir pour prendre des mesures énergiques et appropriées pour que notre sport roi retrouve son lustre d’antan et redevienne un facteur de cohésion sociale, les Rénovateurs veulent prendre les rênes de la discipline, en toute légalité, sans tambour, ni trompette. C’est la différence fondamentale avec les autres associations sportives parallèles que nous verront plus bas.


Cependant,
ces Rénovateurs traînent un lourd handicap qui rend leurs chances quasi nulles : ils n’ont pas de base, par conséquent, ils ne sont pas électeurs. En clair, ils ne sont pas délégués de ligue, pas plus que membres influents de club. Autre ombre au tableau : Brahima Soumbounou et Mousssa Ben Deka Diabaté ne seraient plus intéressés par la chose. Nous apprenons aussi que Bréhima Traoré n’est pas suffisamment au parfum des activités de l’Initiative.

Si l’on rappelle que Housseyni Guindo “Poulo“ a rejoint le bureau de la fédération, on voit que l’ambition n’est plus que rêve pour ce groupe qui se résume désormais à trois personnes, trois stadistes. Dans le meilleur des cas, ils vont rallier une tendance, pour espérer enlever au maximum un poste.

Le deuxième courant est constitué des Conservateurs, amenés par l’actuel 2è vice président du bureau fédéral, le contrôleur de police Boubacar Diarra, qui ne part pas battu d’avance. Seul bémol : le bilan de la fédération.

Enfin, le moment venu, surgira sans doute un troisième courant, celui des progressistes, dont la force de frappe pourrait être fatale, à condition de s’entendre sur un leader qui fait l’unanimité.

Si les uns et les autres respectent les règles du jeu, le foot malien en sortira grandi ; autrement, il faudra craindre une nouvelle crise du football malien à un moment où l’équipe nationale joue son avenir…historique en Coupe du monde.

Le rugby malien a été miné, ces dernières années, une profonde crise qui a finalement connu son épilogue avec le départ du président Boulkassoum Samaké, contesté, à tort et poussé vers la sortie. “Boul“ était, en effet, la cible d’une dissidence qui aurait ses ramifications jusqu’au sein du département de la jeunesse et des sports.

Cette dissidence était menée par des membres éjectés du bureau soutenus par des expatriés, des coopérants. La crise impliquait même les Ambassades de France, des Etats-Unis et d’Afrique du sud. Son seul tort, c’est d’avoir conduit la discipline du statut de sport de loisir au rang de sport national.

« Ceux qui veulent ma peau sont des gens venus d’ailleurs qui essayent de me mettre en conflit avec mes propres frères en les soudoyant, en incitant les joueurs à la révolte et au boycott du drapeau national. Mon seul tort, c’est d’avoir mis ce sport au service de la nation malienne », nous confiait le président sortant, peu avant la tenue de la première Assemblée générale, reportée.

Pourtant, l’histoire du rugby malien se confond à Boulkassoum Samaké. En effet, après avoir pratiqué ce sport de la fin des années 70 à 1994 (en Tchécoslovaquie, au Japon et au Mali), il créa en 1995 l’Association malienne pour la promotion du rugby (AMPR) dont le but était la création d’une fédération. Celle-ci verra le jour le 1er avril 2001 grâce à l’implication personnelle du président de la confédération africaine de rugby (CAR) qui est venu spécialement rencontrer le ministre de la Jeunesse et des Sports pour la cause.

La fédération a été dirigée jusqu’en 2004 par Mamadou Sangaré qui a passé le relai à Boulkassoum. Aussitôt installée aux commandes, la nouvelle équipe s’est fixée comme objectif de former une équipe de rugby compétitive en vue de participer à la Coupe du monde 2007 en France.

Aussitôt nommé, il décida de tirer la discipline de son statut de sport de loisir pour “Blancs“ pour en faire un sport national. Puis, commencèrent pour lui des déboires qui se sont amplifiés quand il remembra, début 2006, son bureau au retour d’une compétition de la Confédération africaine de rugby tenue à Niamey (Niger), visiblement sabotée par ses détracteurs. Sous son mandat, le Mali devient membre de la CAR et membre associé de l’IRB (International Rugby Board).

Mais, la crise persiste. Deux assemblées générales furent convoquées dans les règles, les 10 et 24 novembre 2007, mais toujours curieusement reportées avec la complicité de certaines instances sportives parce que Boulkassoum partait favori. A bout, Boulkassoum Samaké cède après un tournoi à Accra (juin 2008).

La participation malienne, selon lui, a été sabotée de bout en bout et de fond en comble. Résultat : le Mali se classe dernier. Début juillet 2008, il démissionne, laissant le champ libre à ses adversaires qui forment une semaine plus tard un bureau, dirigé par Aboubacar Touré dit Tom. C’est une grande perte pour le rugby malien, car, malgré les multiples appels de ses ennemis d’hier, “Boul“ est décidé à ne plus se retourner.

Mais, la perte est encore plus cruciale pour le cyclisme malien, avec le départ de son âme, en la personne de Baba Sanogo. L’ancien secrétaire général a mis fin à ses fonctions lors du conseil national du 17 janvier 2009.

Il s’est retiré de la salle, après avoir défendu son rapport moral et financier. Baba a quitté parce que, tout d’abord, il était déçu du fonctionnement de la fédération ; ensuite, il était la cible d’une frange des membres du bureau et de quelques délégués régionaux ; enfin, il ne pouvait pas compter sur un président qui cherchait à sauver son fauteuil. L’homme est un bosseur, un adepte du travail bien fait, de la discipline au sein du groupe et très rigoureux dans la gestion de la chose publique.

C’est pourquoi, ses adversaires avaient juré de l’abattre. Il a pris les devants en les abandonnant en pleins travaux. Ils l’avaient malgré tout retenu dans le bureau, comme 2è vice président. Mais depuis mardi dernier, il a officiellement envoyé un courriel de démission au président de la fédération, le Cl Yaya Ouattara. Le directeur technique, Corenthin Keïta, humilié dans la salle (le bureau a été constitué sans son nom), puis réhabilité des heures plus tard, en a fait de même. Sans Baba, c’est un pan entier du cyclisme qui s’écroule.

Baba Sanogo a embrassé la discipline en 1991 sous le règne de feu Urbain Sangaré. Après avoir assumé les fonctions de secrétaire général adjoint, il devient titulaire de ce poste en 1995 jusqu’à sa récente démission. Au four et au moulin au cours de ces 15 dernières années, il est à créditer, au plan national, de 4 tours du Mali, de plusieurs championnats, critériums et courses d’animation.

Au plan international, il faut citer le Tour du Faso, la 2è édition de la Boucle du coton au Burkina Faso, le Tour de Guinée, la Route de l’Est en Côte d’Ivoire, le trophée Amissa Bongo au Gabon. Au cours de la même période, Baba Sanogo a vu défiler plusieurs champions qui ont vendu l’image du Mali : Seydou Sanogo, Tidiani Sanogo, Adama Togola, Salia Togola etc.

Enfin, il faut rappeler que le seul club de cyclisme au Mali a été monté sur ses conseils par Adama Togola de Doukolobougou. Les meilleurs cyclistes du Mali sont de ce club là.

A l’instar de Boulkassoum Samaké, Baba Sanogo a été sacrifié sur l’autel des intérêts personnels. Et, malheureusement, au détriment du sport.

Cependant, contrairement à ces sports, dans les arts martiaux, on crée carrément des associations parallèles pour paralyser les fédérations ou les disciplines.


En karaté,
il existe la fédération malienne de karaté (Femaka) présidée par le Cl Ahmed Sékou Niambélé et l’Association malienne de shotokan karatedo (Amshoka) créée par les dissidents de la fédération sous la houlette d’un autre colonel, Adama Traoré.

Pourtant, au plus fort de la crise, le conseil du Snj avait trouvé la parade en aboutissant à un bureau où les postes ont été doublés pour placer un membre de chaque camp. Mais, l’épisode Cheick Telly, démis de son poste pour indélicatesse par le Cl Niambélé, remet le conflit sur le tapis. L’éviction de l’ancien Dtn a davantage renforcé les clivages parce que celui-ci s’est rabattu sur le camp adverse pour combattre la Femaka.

Pour juguler à nouveau la crise, le département et le Comité national olympique et sportif du Mali ont demandé et obtenu de la Femaka qu’elle écourte son mandat et fasse l’ouverture pour l’Amshoka dans le bureau.

Le jour du conseil, les membres de l’Amshoka ont adopté la politique de la chaise vide et les ligues de la Femaka ont naturellement voté pour le bureau sortant, à une exception près. Le problème reste donc entier, en attendant qu’il s’embrase lorsque se mêleront à la guerre l’Association de wadoriou et l’Union malienne pour le karaté (Umpk).

Le judo non plus n’a pas résisté au vent de la division. Vivent à l’heure actuelle côte à côte, la Fédération malienne de judo que préside Amadou Traoré, et l’Association malienne pour le développement du Ju Jitsu (Amdj), dirigée par Séyan Keïta, président sortant de la Fmj. Aujourd’hui, le judo malien est complètement paralysé, pris en otage, dit-on, par les membres de l’Amdj qui empêchent les joueurs de compétir. Pourtant, la discipline qui a connu une longue disette, avait repris de l’envol en 1997 quand Habib Sissoko vint aux commandes. Elu président du Comité national olympique et sportif du Mali en 2000, il passa, plus tard, le flambeau à Séyan qui présidait le Club des Amis du judo. En 2007, ce bureau est débarqué (suite à un conseil convoqué par le département des sports), la population du judo lui reprochant des pratiques sombres et surtout un mandat largement épuisé. Mécontents, certains membres du bureau sortant créent et lancent, en octobre 2007, l’Association malienne pour le développement du Ju Jitsu.

Le Kung Fu n’est pas épargné. L’Union nationale de Kung Fu (Unak) présidée par Me Moussa Coulibaly fait son chemin à côté de la Fédération malienne de Kung Fu wushu de Me Cheick Coulibaly. Même si elles ne regardent pas en chiens de faïence, les deux entités ne sont pas non plus tendres l’une avec l’autre.

Si ailleurs il y a des dissidences, personne n’est jusque là allé au cas du taekwondo où il existe carrément une fédération bis, à savoir la Fédération nationale de taekwondo du Mali (Fenatam), portée sur les fonts baptismaux, en 2000, par des dissidents de la Fédération malienne de taekwondo que dirige aujourd’hui Seydou Toukoto Ly.

Avec les nombreux bons résultats que le taekwondo malien engrange au plan international (le Mali est champion du monde en titre), la crise est moins perceptible. Mais, le pays en récolterait encore plus de médailles si les combattants de la Fenatam, dont certains dont certains sont très brillants, n’étaient pas privés de compétitions internationales.

Aujourd’hui, l’aïkido est l’un des rares arts martiaux où il y a la sérénité. La discipline a résisté à la création de l’Association pour la promotion de l’aïkido au Mali (Apama), car d’une part, les membres de la Fédération malienne d’aïkido (Fema) se retrouvent dans l’Apama, et d’autre part, celle-ci inscrit toutes ses actions dans le cadre de l’autorité de la Fema.

L’autre discipline qui échappe aux turbulences, c’est le Yoshokan Budo, la cadette des arts martiaux.

Créer des associations sportives est certes un droit légal au Mali, mais à condition qu’elles ne contribuent pas à polluer l’atmosphère au sein des fédérations et à paralyser les disciplines

SEKOU TAMBOURA

02 Février 2009