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Les travailleurs de la Base pour l’équipement des transports routiers du Mali (Betram-sa) sont toujours dans l’attente d’une décision de justice pour entrer en possession de leurs salaires qui ont été suspendus, il y a environ 20 mois par l’actionnaire principal de la société, le groupe Simaga.

Les travailleurs de la Betram-SA ont du mal à croire que le Mali est un État de droit. A la fin de ce mois de février, ils seront à 20 mois d’arriérés de salaires dont 11 mois font l’objet d’une réclamation au niveau du tribunal du travail. C’est un marathon judiciaire qui est engagé par les travailleurs de la Betram contre le groupe Simaga. Ce procès qui dure déjà plus de sept mois doit, en principe, être tranché le 25 février prochain, après de nombreux reports et de jugement en référé.

Ce calvaire que vivent présentement les travailleurs de la Betram résulte largement de l’indifférence de l’État par rapport au suivi du cahier de charges de privatisation de la société. Le phénomène s’amplifie avec les sociétés d’État, comme la Betram, qui ont eu pour repreneur des opérateurs nationaux.

Il faut rappeler qu’en 1975, la Betram a été créée par l’État malien avec l’appui de la république fédérale d’Allemagne pour servir d’appui logistique à l’activité de transport routier. Elle a été cédée en 1993 à 600 millions de F CFA au groupe Simaga associé au groupement d’intérêt économique (GIE) des travailleurs avec respectivement 95 % et 5 % des actions.

La privatisation de la Betram traduisait plus une volonté d’ouverture de l’économie malienne aux initiatives privées qu’à une menace de faillite de la société. Mieux, le choix porté sur le groupe Simaga, qui n’était pas financièrement le plus offrant parmi les postulants, se justifiait par le fait qu’il était associé aux travailleurs, donc un plan social rigoureux. Selon des responsables du GIE des travailleurs, pour l’achat de la société, le groupe Simaga a mis 200 millions de FCFA à la société. Le reste des 400 millions ont été épongés, dit-on, par l’effort des travailleurs.

L’acquéreur n’a pas respecté le cahier de charges de privatisation qui exigeait la mise en œuvre correcte d’un planning d’investissements. La société qui enregistrait dans les années 1990 plus de 2000 entrés de véhicules par an a présentement de la peine à recevoir 250 véhicules. Pire, selon les syndicalistes, les initiatives de relance de la société sont asphyxiées par le groupe Simaga avec des décisions de nomination unilatérales de responsables et la suspension en 1999 du Conseil d’administration excluant automatiquement tout dialogue entre les travailleurs et l’actionnaire majoritaire sur les problèmes de la société.

Rien n’indique que la fin de ce calvaire est pour demain dans la mesure où l’État assiste impuissamment à cette crise qui perdure. La plupart des institutions du pays, de l’assemblée nationale à la présidence de la république en passant par le Médiateur de la république …, ont été sollicitées par le GIE des travailleurs pour arbitrer le différend qui les oppose au groupe Simaga. Mais, toutes ces sollicitations sont restées vaines.

Seydou Coulibaly

18 Février 2008.