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La sortie des singles ou des albums de Tata Pound, le plus célèbre des groupes de rap au Mali et l’un des plus populaires en Afrique, est toujours un événement. Et le « Best of » récemment mis sur le marché, pour célébrer les dix ans d’existence du groupe, n’échappe pas à cette tradition.

Sur cette compilation, ce qui attire le plus, c’est le cri de colère de Ramsès, Diodama et Dixon sur deux morceaux qui vont figurer sur un album attendu en octobre prochain. Il s’agit de « Brissa Gnagami » (Confusion) et « Cikan Koura » (le Nouveau message). Quand Tata Pound prend le micro pour transmettre le Cikan (Message) des laissés pour compte, il le fait sans ambages.

Corruption, mauvaise gouvernance, gabegie, délinquance financière, notes sexuellement transmissibles (NST), perversion des mœurs… déperdition des valeurs socioculturelles qui ont tant fait la fierté de ce pays ! Tel est le contenu de « Brissa Gnagami » et de « Cikan Koura ».

Comme on peut le constater, c’est le prolongement de la révolte que ces écorcés vifs avaient commencé dans « Yèlèma » (Changement) sorti dans les bacs en 2006. Une œuvre censurée par le pouvoir (la télévision nationale surtout), mais qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Ce qui a contribué à la notoriété du groupe.

Tata Pound de Badalabougou fête donc cette année ses dix ans. Dix ans de succès et de règne au sommet du hip-hop malien. Cela se fête, surtout que cette longévité ne doit rien au hasard. C’est avant tout le groupe qui est resté soudé autour des mêmes éléments : Sidi Soumaoro (Ramsès), Mohamed Dicko (Dixon) et Adama Diarra (Diodama).

C’est presque le seul pose (groupe) de rap qui n’a pas connu de remous depuis sa création. Cela est très important dans la progression artistique d’une formation et c’est un atout précieux dans le show-biz.

Le mérite de Tata Pound, c’est aussi de faire, contre vents et censures, un rap engagé. Ramsès et ses potes sont en contact permanent avec leurs fans, avec leur peuple. Ils se font ainsi leur porte-parole pour exprimer leur colère, frustration, déception et souffrance. Cela donne lieu à des titres provocateurs, mais réalistes comme « Cikan », « Monsieur le Maire », « Fantaya », « Emigration », « Mon pays SA »…

Pour Dixon, Ramsès et Diodama, il n’est pas question de changer de cible ni de sujet, encore moins d’épargner une personne ou une mauvaise gestion. On comprend alors qu’ils aient respecté cette tradition d’engagement militant sur le « Best of » qui comporte quatre nouveaux titres évoquant l’école, la vie chère, la situation au nord du Mali… Bref, le condensé du quotidien du Mali d’aujourd’hui.

Cet album hors série regroupe les meilleurs titres du groupe depuis sa création. Il s’agit des titres à succès comme « Mon pays SA » ou « Bilali ka bourou ».

La censure ? Ils n’en ont plus peur car ils disent avoir compris beaucoup de choses et ne plus vouloir commettre les erreurs du passé. Ils ont confiance dans le peuple malien.

« Ce peuple, nous ne le trahirons jamais dans notre vie », promettent-ils en chœur. Une promesse qu’ils tiennent sur la prochaine hors série qui sera baptisée « Bè bi ba bolo » (Chacun a son destin entre la main de sa mère) « Brisa Gnagami » (Confusion générale ou désordre). Une œuvre qui est très attendue par les millions de fans du Tata… Pound !

Alphaly

10 Juin 2008