Partager

Les Echos : Winds of Hope, en deux mots ?

Bernard Picard : C’est une Fondation créée par Brian Jones et moi après notre tour du monde en ballon en 1999. Cet exploit avait créé beaucoup d’attention. Nous avons pensé qu’il fallait utiliser cette attention au profit de causes comme le noma. Chaque membre de la Fédération était déjà actif dans son domaine sur son terrain.

Certains dans la chirurgie, d’autres dans la sensibilisation. l’étiologie, la réinsertion, ou la prévention.


Les Echos : Et la Fédération No-noma ?


B. P. :
C’est un ensemble d’associations et d’ONG qui travaillent sur différents aspects de la lutte contre le noma dans les pays africains. Winds of Hope (les Vents de l’espoir) les a réunies afin de créer des synergies, de communiquer d’une voix unique sur le noma et mener des actions sur le terrain.

Notre but est d’informer, de sensibiliser, de mobiliser la communauté internationale, de lever des fonds pour la lutte contre le noma. La journée mondiale du 22 mai constitue en fait la première action directe de tous les membres de la Fédération.

Les Echos : Existe-t-il un lien particulier entre votre tour du monde en ballon et le noma ?

B. P. : Pendant le tour du monde en ballon, un fabricant de boisson aux Etats-Unis d’Amérique avait promis un million de dollars à la première équipe qui relèverait ce défi. Avec la demande de donner la moitié à une œuvre humanitaire. Quand nous l’avons réussi, nous avions cet argent à disposition pour le donner à une cause humanitaire.

Plutôt que donner une fois à n’importe qui, nous avons décidé de créer notre propre association qui aurait comme but de faire des actions de prévention contre le noma. C’est ici le lien entre le ballon et mon engagement dans la lutte contre le noma, une cause alors inconnue et négligée. Car très peu de gens s’en occupaient.

Les Echos : Une maladie orpheline en quelque sorte ?


B. P. :
Oui. Nous avons appris que l’OMS voulait lancer des programmes de préventions mais n’avait pas d’argent. Et nous nous sommes alliés à elle pour financer les programmes dans plusieurs pays d’Afrique.

Nous avons fait un contrat de 5 ans qui a commencé par le Niger, s’est étendu au Burkina et au Mali, puis au Togo, au Bénin et au Sénégal. Le but de ces programmes est de financer la formation d’agents de santé et de tradipraticiens au niveau de chaque village des pays.

Pour que dans chaque village un agent de santé soit formé pour reconnaître le noma quand il est encore temps de le soigner. Puisque quelques antibiotiques tout au début permettent d’éviter une progression épouvantable de la maladie vers la nécrose.

Les Echos : Que mettez-vous en avant pour cette journée mondiale ?


B. P. :
D’abord, l’information que le noma existe, qu’elle est une maladie de la misère, et qu’il faut absolument arriver à l’éliminer par l’information, par l’éducation. En fait, c’est une manière d’être actif dans la lutte contre la pauvreté.

Il faut bien savoir qu’en Europe aussi il y avait du noma jusqu’à il y a trois cent ans, c’est-à-dire à l’époque où il y avait beaucoup de misère. Le second objectif de la journée, c’est de lever des fonds pour les actions de terrains en Afrique où l’on récence aujourd’hui la majorité des cas à cause de la malnutrition.


Les Echos : Où en est la recherche scientifique sur la maladie ?


B. P. :
Le Dr. Denise Baretti et son laboratoire à l’Université de Genève mènent depuis quelques années des recherches sur le noma. Dans l’ensemble de mes discussions et de mes contacts, il y a l’avis suivant : il existe une claire et évidente diminution des défenses immunitaires avec la malnutrition. Peut-être, après, il y a un agent extérieur ou même pas.

Certaines bactéries de la bouche, avec la diminution des défenses immunitaires, et le manque d’hygiène ou des petites blessures des gingivites peuvent attaquer le visage. On n’a pas encore réussi à prouver si c’est une bactérie ou un virus comme le facteur déclencheur.

Les Echos : Existe-t-il une estimation des cas aujourd’hui ?


B. P. :
Selon les chiffres fournis par l’OMS, il y aurait cent mille cas par année en Afrique. Actuellement, de nouvelles estimations sont en cours. Et il sera intéressant de voir si elles diminuent ou augmentent.

Les Echos : Si finalement l’inévitable se produit, des réparations chirurgicales ont lieu.

B. P. : Tout à fait. De même que des actions qui sont menées au niveau de la recherche, de l’étiologique ou de la sensibilisation dans les villages et de la prévention, certains membres de la fédération travaillent dans le domaine des réparations chirurgicales. Soit en Afrique ou par transfert des cas en Europe. Comme par exemple à l’hôpital de Genève.

Où ils sont opérés par des spécialistes. Mais, souvent, il y a aussi des missions chirurgicales, suisses, françaises, allemandes, danoises ou hollandaises qui vont dans les pays où nous intervenons pour effectuer cette chirurgie réparatrice. Celle-ci est toujours suivie d’actions de réinsertion sociale.


Les Echos : Quelles perspectives envisagez-vous pour votre Fondation et la Fédération No-noma ?


B. P. :
Chaque année, nous réalisons des levées de fonds auprès des donateurs du public, du privé ou des entreprises. Ces apports inestimables permettent de soutenir les actions de prévention que nous menons dans six pays d’Afrique.

Il faudrait certainement les étendre à beaucoup d’autres pays de ce continent si fragilisé par le contexte mondial. L’OMS, de son côté, pose les cadres politiques et techniques. Et nous finançons les actions identifiées et programmées. Je vais souvent sur place pour contrôler et voir si cela correspond à la volonté des donateurs.

Mon but est de poursuivre les interventions grâce à la formation des agents de soins, avoir de ces réunions où il y a cinquante agents de soins venant de cinquante villages, un formateur qui leur apprend qu’est-ce que c’est que le noma, comment le prévenir, comment le détecter, comment le soigner. Le plus tôt possible.