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Vendredi 16 Novembre, au mémorial Modibo Keïta, la plateforme sociale benbere a organisé un espace de discussion entre les jeunes du Sud, du Centre et du Nord Mali pour déconstruire les préjugés existant entre ces populations, en présence de Moussa Mara, président du parti politique Yelema. L’évènement a été organisé dans le cadre d’une campagne mondiale autour de la thématique. Cette année le thème retenu fut : Together We Speak ! (Ensemble nous parlons en anglais).

En amont de l’évènement, plusieurs articles avaient été publiés sur le blog énumérant les différents préjugés que chacun avait sur une communauté donnée. Les représentants de plusieurs communautés étaient présents pour l’occasion. Ils s’exprimaient sur les raisons de ces préjugés et leur conséquence sur la nation malienne. Selon un représentant des dogons : « Il y a amalgame et suspicion ! Car il n’y a jamais eu de cadre de concertation aussi large à l’intention de l’opinion nationale et internationale. Il n’y a jamais eu de conflit entre peulh et dogon. C’est un conflit façonné par d’autres, et c’est nous qui sommes aujourd’hui les victimes. Il faut y remédier. Nous vivions en parfaite harmonie depuis les temps immémoriaux ».

Les différentes entraves à la déconstruction de ces préjugés qui ont été relevées par l’assemblée sont : le manque de communication, d’espace d’échange autour de ces thématiques, de l’ignorance de la culture malienne en général mais aussi des gens malintentionnés voulant créer de la discorde entre le peuple malien. C’est en ce sens que ce cadre de discussion a été établie, qui fut d’ailleurs le seul au Mali pendant cette campagne mondiale de destruction des préjugés.

Ces préjugés sont considérés comme un vrai obstacle entravant la cohésion sociale. C’est une urgence nationale d’y pallier comme l’explique, M.Ag Ibrahim Youssouf Cissé, un intervenant du panel : « En 2012 nous avons été arrêtés par un poste de police des gens du MNLA, j’ai été interprète entre ces gens et mon groupe. On m’a dit que je suis suspect parce que je parlais plusieurs langues. Ma réponse a été que je suis un malien et j’ai embrassé de toutes les ethnies maliennes. Ces préjugés doivent être d’urgence cesser. Il faut qu’on casse les murs de ces préjugés pour un Mali plus unis ». C’était les doléances de plusieurs intervenants qui évoquaient leurs différentes anecdotes aussi comiques que tristes pour eux.

Certains ont blâmé l’Etat de mutisme face à cette campagne mondiale. D’autres l’invitaient à prendre plus de précautions pour unir le peuple malien en discorde à cause de ces idées reçues. Moussa Mara, président du parti politique Yelema intervenait sur ce point : « Je témoigne mon soutien à ce type d’organisation.

S’attaquer à un problème socio-culturel aussi profond, aussi sensible sous l’angle des préjugés, c’est tout à fait méritoire…Nous sommes un pays divers. Les préjugés existent, c’est une réalité. Jusqu’à aujourd’hui, ces problèmes étaient des facteurs de construction que de destruction ». Moussa Mara soutient l’idée que « c’est un dysfonctionnement étatique à cause de l’absence d’une vraie concertation étatique ». Pour lui la solution ne peut être que « politique avec une forte implication de la société aussi ». Il invite tous à établir des « consensus locaux » pour mieux identifier et agir par conséquence. Il invite les jeunes à s’ouvrir aux autres populations en organisant ces types d’espace de concertation dans d’autres localités autre que la capitale.

A propos de Benbere

C’est une nouvelle plateforme, un espace de communication des jeunes du Mali écrivant pour faire valoir leur voix. Le but est surtout d’encourager la cohésion sociale au Mali. En langue peulh, le terme désigne un lieu, un espace aménagé devant la porte du chef du village où les jeunes se retrouvent afin de discuter des maux, des problèmes de la cité, de la société, de la communauté, du village. En Bambara « Ben et Béré » désignent littéralement le « bâton de la paix. » En Sonrhaï, « Beray » désigne le « respect ». C’est grâce à la communauté des blogueurs du Mali (Doniblog) que « benbere » existe. Elle en est l’initiatrice sous l’égide du président de Doniblog, Abdoulaye Guindo.

A propos de la campagne « Together we speak »

C’est CIVICUS ( une organisation internationale à but non lucratif dédiée au renforcement de l’action citoyenne et de la société civile dans le monde entier) qui a lancé la campagne mondiale appelée SPEAK! Ceci pour aider à donner une voix à tout le monde et partout. La campagne a été créée en réponse au contexte mondial actuel, dans lequel de nombreuses personnes sont confrontées à des attaques croissantes contre leurs libertés fondamentales et où une culture de la division pousse beaucoup à se retourner les unes contre les autres.

Aissata Keita

Bamako le 19 Novembre 2018

©AFRIBONE