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Alty Barry a vécu l’enfer aux mains de Papa et de Sanoudéen. Mais elle s’est vengée ensuite.

Les filles qui comme Belle fille ont fait le choix du commerce de leur corps n’ont pas la vie facile dans le milieu bamakois. Surtout lorsqu’elles opèrent sans protecteur attitré.

Certains des délinquants auxquels elles ont à faire sont de vrais psychopathes, comme le tandem infernal dont notre « héroïne » a fait la connaissance lors de sa plongée en clandestinité.

Les deux hommes, qui avaient eu vent du larcin commis par Belle Fille au bar Bozo (voir notre numéro d’hier), la conduisirent dans leur tanière située aux environs du marigot de Kalabancoura, où ils lui firent subir un traitement particulier.

Da Monzon Diarra dit Papa (bien connu des services de la police) et Abdaramane Diarra alias Sanoudéen sont ce qu’on peut appeler de vrais caïds. Tous deux font une consommation immodérée de drogues douces, tous deux ont le coup de poing facile.

Papa porte d’ailleurs les stigmates des nombreux combats auxquels il a pris part. Il a une oreille complètement déchiquetée et surtout ses incisives cassées témoignent de la violence des bagarres qu’il a eu à livrer à d’autres caïds.

A la différence de Papa qui parle souvent à tort et à travers, Sanoudéen, dont le physique évoque celui d’un jeune géant, est taciturne de nature. Mais il est autant bagarreur que son compagnon et lui aussi porte les séquelles des combats livrés.

D’ailleurs, les deux hommes ne tournent pas exclusivement leur agressivité vers les autres, ils s’empoignent entre eux régulièrement et ne se ménagent guère. Lorsqu’ils en viennent aux mains, c’est très souvent sous l’effet des drogues qui exacerbent leur agressivité.

Mais il leur arrive aussi de régler à coups de poing la question de savoir celui d’entre eux qui aurait la primeur dans l’usage d’une prostituée. Cependant, ces fréquentes rixes n’ont aucun effet sur leurs relations. Au contraire on l’impression que chaque accrochage les rend encore plus unis qu’auparavant.


Une bonne correction :

prostituee3.jpgMais revenons à notre histoire. Comment Belle Fille a-t-elle fait connaissance de ce duo particulier ?

De la manière la plus ordinaire. Peu de temps après avoir été recueillie par Madou, elle rencontra Sanoudéen et Da Monzon Diarra dans un maquis de la rive gauche.

Les deux hommes, qui avaient eu vent de la mise à prix faite sur la tête de la prostitué, proposèrent de lui garantir leur mutisme, à condition de recevoir de l’argent d’elle et d’user de son corps chaque fois qu’ils en auraient envie.

Belle fille accepta ces conditions. Sur le champ, elle versa à chacun des lascars 50.000 F. Puis elle se laissa conduire par eux dans leur tanière pour y respecter la seconde partie de ses engagements.

Le lendemain, Sanoudéen la conduisit dans sa famille où il la fit manger et boire. Puis le trio revint à la chambre pour y reprendre exactement les mêmes occupations que la veille.

Lorsque la nuit fut tombée, Belle fille retourna à ses activités. Quand elle estima ses gains suffisants, elle tenta de retourner chez Madou mais elle fut interceptée en cours de route par Papa et Sanoudéen.

« Ils étaient tous les deux complètement ivres. Papa pouvait à peine tenir debout et Sanoudéen titubait comme un homme en rupture d’équilibre« , raconte aujourd’hui la prostituée.

Sans ménagement ils lui enjoignirent de les accompagner. Belle fille s’empressa d’obtempérer, car elle savait bien que la moindre hésitation de sa part serait considérée comme une tentative de résistance et lui attirerait une bonne correction. Comme la veille, Papa et Sanoudéen passèrent toute la nuit à assouvir leur libido sur elle.

Ce ne fut qu’aux environs de 4 heures du matin que les deux malfrats interrompirent enfin leurs assauts et laissèrent la malheureuse récupérer. Le trio s’enfonça dans un sommeil de plomb dont il n’émergea qu’en milieu de mâtinée.

« Après que nous nous soyons passé un peu d’eau sur le visage, Sanoudéen m’ordonna de partager mes recettes de la veille. Je me suis exécutée, je n’avais d’ailleurs pas le choix. J’ai extrait mes gains de mon portefeuille et j’en ai fait trois parts égales« .

Alty Barry était tellement traumatisée par cette expérience qu’elle prit la résolution de quitter pour de bon la ville. Mais avant cela, elle chercha à trouver refuge chez Madou. Mais elle se rendit compte qu’elle n’y serait pas en sécurité. L’homme avait appris l’affaire du bar Bozo et n’était pas du tout chaud pour l’accueillir.

Belle fille se mit alors à errer à droite et à gauche. Cependant, elle prenait bien soin d’éviter les endroits où on pouvait la reconnaître, la capturer et la conduire chez le tenancier du bar. Mais malgré ses efforts, elle ne parvenait pas à semer le tandem de ses tourmenteurs. Papa et Sanoudéen, dont elle était désormais la pourvoyeuse de fonds, la retrouvaient infailliblement chaque nuit. Ils la rançonnaient avant d’abuser d’elle.

Des termes très crus :

A la police où elle abouti en fin de compte, Alty Barry se montra intarissable. Elle donna une liste précise de tous ceux qui avaient abusé d’elle, ainsi que de ceux qui avaient eu à lui faire payer leur silence.

Les hommes du commissaire Mady Fofana conduits par le chef de la section brigade de recherche et de renseignements se mirent aux trousses des dénoncés, mais sans grand espoir de retrouver beaucoup de ceux-ci.

Comme dans bien des cas, un brin de chance vint au secours des enquêteurs. Dans la nuit du 10 au 11 février dernier une patrouille générale de la police fut lancée. Alors que les éléments de Macky Sissoko arpentaient les nids de la criminalité dans leur secteur, ils tombèrent sur deux jeunes gens entrain de s’échanger de violents coups de poing au fond d’un ravin.

Les policiers s’assurèrent des deux énergumènes, les conduisirent au commissariat pour une vérification d’identité et les placèrent à la grille pour attendre le matin.

Aux environs de 9 heures, Belle Fille qui était enfermée dans la grille des femmes sortit pour se rendre aux toilettes. A son retour, elle vit deux hommes accrochés à la grille et les reconnut aussitôt.

Elle demanda alors à voir le chef B.R. et lorsque celui-ci arriva, la prostitué lui demanda alors comment et où ils avaient arrêté Papa et Sanoudéen.

En entendant ces deux noms, le policier ne put retenir un sursaut. Voilà plusieurs jours qu’il avait alerté tous ses informateurs pour que ceux-ci l’aident à mettre la main rapidement sur les deux malfaiteurs. Et maintenant une banale opération de patrouille lui livrait les introuvables.

Macky Sissoko fit sortir les deux caïds de la grille et organisa une confrontation avec la fille. Les témoins nous racontèrent plus tard qu’ils avaient rarement assisté à un choc d’une telle violence. On aurait dit que la vue de ses tourmenteurs avait suscité une sorte de libération de Alty Barry.

Cette dernière voulait se soulager de tout ce qu’elle avait longtemps supporté en silence. Elle sortit donc tout ce qu’elle avait sur le cœur et ne choisit pas ses mots pour le faire.

Elle usa de termes très crus pour dire ce qu’elle avait subi de la part du tandem. Elle raconta la brutalité dont les deux bandits avaient usé à son égard et déballa les perversions auxquelles les poussait leur libido.

Elle dénonça les sévices qu’ils infligeaient aux jeunes prostituées sans protection. « Je suis certes une voleuse, mais je ne suis pas pire que vous. Votre arrestation va permettre aux prostituées de travailler tranquillement. Vous êtes des criminels et vous vivez du prix de notre sexe« , a-t-elle lancé devant les policiers qui étaient restés ébahis devant sa témérité.

Au tout début, Papa et son compagnon voulurent prendre de haut les accusations de Belle fille. Mais celles-ci étaient si précises et surtout formulées avec une telle impudeur que les deux caïds acceptèrent de tout reconnaître à condition que la fille accepte de se taire et de ne pas les humilier davantage par la révélation de leurs turpitudes.

Mais Alty Barry était trop lancée pour accepter de taire quoi que ce soit. Elle continua donc à accabler le tandem et engloba dans sa malédiction tous ceux qui maltraitaient les prostituées de sa catégorie. C’est donc un dossier plein de renseignements qui sera transmis dans les jours à venir au procureur de la République près le tribunal de première instance de la commune VI.

Un dossier qui intéressera bien sûr la justice. Mais qui devrait passionner les sociologues qui se pencheraient sur le phénomène de la prostitution dans notre capitale.

G. A. DICKO

L’Essor du 13 février 2008.