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Alty Barry dite « Belle fille » est le triste symbole de la dégradation des mœurs. Prostituée, voleuse…, la jeune fille dont le physique ne correspond en rien à son surnom, est âgée de seulement 19 ans. Elle n’a pas sa langue dans sa poche quand il s’agit de raconter devant une salle pleine à craquer de policiers comment elle plume ses « clients« , des hommes de tous les âges et de tous les statuts qui arpentent les bars de la capitale à la recherche de chair fraîche.

Ce bout de femme (elle mesure à peine 1,60 m) explique avoir quitté sa famille par aspiration de liberté. Elle a vite appris la face sombre du monde où elle a trouvé refuge. Elle connaît ainsi tous les coins chauds de la capitale comme la paume de sa main.

Le milieu des malfaiteurs de Bamako n’a plus de secret pour elle. Très intégrée dans la pègre, elle prétend avoir passé des accords de protection avec certains gangs qu’elle paie en espèces ou en nature.

Lorsque nous avons croisé Alty Barry au commissariat du 10è arrondissement, elle portait une jupe en jean et un tee-shirt en coton de couleur bleu.

Son visage portait les traces des bagarres avec des clients ou des membres de la pègre bamakoise. Elle venait de passer une nuit derrière les grilles du commissariat et sentait le fauve.


WANTED

Au mois de décembre dernier, « Belle fille » a rencontré un client au bar Bozo. Après avoir « consommé« , l’homme régla la note avant d’aller prendre une douche. Pendant qu’il était dans les toilettes, « Belle fille » ouvrit son portefeuille et y déroba la somme de 135.000 Fcfa.

A son retour de la salle de bain, le client, très satisfait des services de la belle de nuit, n’avait pas eu la présence d’esprit de vérifier son portefeuille. Il s’empressa de récupérer sa voiture pour vider les lieux.

Une fois chez lui, l’homme dont le nom n’a qu’une importance mineure dans l’histoire, découvrit qu’il avait été dépouillé par la professionnelle du sexe. Il revint sur ses pas et interrogea le gérant du bar qui lui annonça que la jeune fille avait très vite quitté l’endroit.

Le pigeon raconta alors le vol dont il avait été victime suscitant la pitié du tenancier du bar qui lui promit qu’il mettrait tout en œuvre pour coincer la jeune fille.
Le gérant du bar mit effectivement en branle ses réseaux de recherche.

Connaissant les mœurs du milieu, il mit à prix la tête de « Belle fille« , promettant 50.000 Fcfa à toute personne qui permettrait de la retrouver. Tous les petits malfrats présents se lancèrent à la recherche de Alty Barry. Mais personne ne parvint à mettre la main sur la jeune fille.

Comme par enchantement, la belle de nuit avait disparu de la circulation. Tous les maquis de la ville et plus précisément ceux de la rive droite ont été passés au crible par les chasseurs de prime sans résultats.

Plusieurs jours plus tard, las d’attendre qu’elle tombe dans les filets tendus, le tenancier du bar Bozo porta plainte contre « Belle fille » au commissariat du 10è arrondissement.

Les policiers actionnèrent à leur tour leurs réseaux d’informateurs pour mettre la main sur la jeune fille. Mais tous échouèrent à retrouver celle que tout le monde avait fini par se persuader qu’elle avait regagné son village.

Dans le milieu, nous explique un jeune consommateur de drogue douce familier des bars, « les jeunes filles arrivées dans la capitale avec pour seul but de préparer leur trousseau de mariage à travers la prostitution, ne perdent pas de temps une fois qu’elles tombent sur un « gawa » (un imbécile) de ce genre. Nous connaissons bien « Belle fille » et nous avons passé plusieurs fois des nuits ensemble. Quand elle a disparu, nous avons tous conclu qu’elle était tombée sur un gros poisson« .


DANS LA CLANDESTINITE

Mais l’analyse de notre interlocuteur n’était pas exacte. « Belle fille« , après son coup, était allée se réfugier chez un membre d’un autre gang. Elle était arrivée chez ce bandit un soir et lui avait dit qu’elle venait de se faire rejeter par ses anciens amis parce qu’elle avait refusé de se donner à eux alors qu’ils avaient tous bu.

Ayant passé une grande partie de la nuit avec un homme insatiable, elle était exténuée et n’avait pas voulu se donner aux autres qui attendaient leur tour, raconta-t-elle. Fâchés contrer elle, ses amis l’avaient alors mise à la porte.

Madou fut sensible à cette fable et accepta de la prendre sous sa protection. Il l’accepta sous son toit, une chambre isolée dans un chantier dans les environs de Sénou. Ne pouvant pas vivre sans « travailler« , Alty Barry attendait le milieu de la nuit et venait au centre-ville mais en évitant tous les maquis où elle risquait de rencontrer ses anciens amis et ceux qui avait mis un « contrat » sur elle.

« Belle fille » continua ainsi à vivre dans la clandestinité jusque dans la journée du 10 décembre où le gérant du bar Bozo la retrouva et la conduisit au commissariat où elle reconnut sans problème avoir vidé le portefeuille d’un client confiant.

Ses révélations permettent de comprendre comment certains gangs sont organisés. De cela nous reparlerons dans notre prochaine parution.

(à suivre)
G. A. DICKO

L’Essor du 12 février 2008.