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Le Mali était encore en ébullition hier. Cette fois, pas par suite de l’attaque d’un camp militaire de l’armée malienne ou de la MINUSMA par les nombreux groupes terroristes qui essaiment derrière les dunes de sable du grand Nord. Ce n’est pas davantage des affrontements entre la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) et le Groupe d’auto-défense touareg Imghad et alliés (GATIA) pour le contrôle de Kidal qui ont fait de nouveau monter cette fièvre qui ne descend du reste presque jamais depuis quelques années. Cette fois, c’est à Bamako même et pour des raisons, a priori, éloignées de la tempête politico-sécuritaire dans laquelle se débat le pays de Modibo Kéita.

La capitale a en effet été le théâtre, hier, d’échauffourées entre plusieurs centaines de manifestants et les forces de l’ordre. Les uns dressaient des barricades sur la voie publique ou jetaient des pierres sur les autres, les autres répliquant à coups de gaz lacrymogène avant de tirer à balles réelles. Bilan : au moins un mort, jusqu’à hier soir, et plusieurs blessés dont certains dans un état critique.

A l’origine de ces manifestations, la comparution du blogueur Mohamed Youssouf Bathily, alias Ras Bath, devant le tribunal de la commune 4 de Bamako. Porte-parole du Collectif pour la défense de République (CDR) et chroniqueur radio, il a été arrêté le 16 août 2016 alors qu’il s’apprêtait à aller enregistrer son émission, Carte sur table, qui est très écoutée sur les ondes de la radio Maliba FM. Selon les médias maliens, celui qui ne manque pas de critiques acerbes à l’encontre des autorités maliennes a fini par les irriter.

Le Mali n’avait pas besoin, par ces temps qui courent, de cette éruption de violence, lui qui est déjà en quête d’une inaccessible paix dans la partie septentrionale de son territoire, où son armée et son administration peinent à se redéployer ; et dont la capitale reste l’antre d’un terrorisme latent, déjà frappée à plusieurs reprises par des attentats et des prises d’otages qui ont fait des dizaines de morts et des blessés. Les eaux du Djoliba n’ont donc pas besoin d’être davantage troublées, et il faut espérer que les autorités maliennes, pour reprendre le titre de l’émission de Ras Bath, joueront carte sur table et qu’elles avaient de bonnes raisons de vouloir entendre le blogueur, sinon elles auraient mis le feu aux poudres pour rien et fait d’innocentes victimes.

D’ores et déjà, il y a même lieu d’ouvrir une enquête pour vérifier l’usage éventuel de balles réelles et situer les responsabilités.

Mohamed Arnaud Ouédraogo

L’Observateur paalga du 18 Août 2016