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De 2000 à cette année, les U16 Filles et Garçons et les U18 Filles et Garçons du Mali ont collectionné les trophées et marqué de leur empreinte les compétitions à l’échelle continentale et internationale. Aucune sélection africaine n’a fait mieux que les nôtres au cours de la dernière décennie. Décryptage

Chez les U18 Filles, seulement trois éditions ont échappé aux Maliennes, notamment en 2010 et en 2020 en Égypte, en 2012 au Sénégal. Et chez les garçons, le Mali a fréquemment figuré sur le podium avant son sacre en 2018 à domicile et en 2020 en Égypte.

Au niveau mondial, les sélections maliennes s’étaient contentées de «participations honorables», jusqu’en 2019. Cette année-là, les U19 Garçons du Mali avaient ramené la médaille d’argent (battus en finale par les Américains). Une première pour l’Afrique. Deux ans plus tard, les Maliennes sont passées à un cheveu de la première médaille d’une équipe africaine à la Coupe du monde U19 féminine.

Selon de nombreux observateurs, les joueurs et joueuses maliens allient talent, puissance athlétique et intelligence tactique. «Ces performances s’expliquent par le travail à la base. Au Mali, aujourd’hui, nous avons une centaine de centres de basket, y compris dans toutes les régions du pays. Sans compter que la politique de développement à la base s’est accentuée avec le renforcement des capacités des encadreurs de ces centres.

Et le mini basket se développe de plus en plus avec l’appui de la FIBA», explique Mme Diénébou Sanogo, ancienne gloire du basket féminin malien, aujourd’hui Directrice technique (DTN) de la Fédération malienne de basket-ball (FMBB).

Il y a aussi un véritable travail de suivi. Ainsi, récemment en Hongrie (Coupe du monde féminine U19 qui s’est disputée à Debrecen du 7 au 15 août 2021), 7 joueuses des U19 filles du Mali étaient déjà présentes à la Coupe du monde U17 en 2018 et au Championnat d’Afrique U16 2017 au Mozambique. Elles ont pour nom : Sika Koné, Alima Kouyaté, Aminata Brahima Sangaré, Fanta Koné, Diouma Berthé, Saran Berthé et Diarrah Issa Sissoko.

Comme l’ont reconnu nos interlocuteurs, c’est après le sacre des Dames du Djoliba AC (le 9 octobre 2005 à Bamako) en Coupe d’Afrique des clubs champions, que le basket-ball malien a connu une nouvelle ascension grâce à la politique de formation à la base mise en œuvre par la fédération et les investissements de l’ancien président de la République, feu Amadou Toumani Touré «ATT».

«Après son élection comme président de la FMBB en 1999, Hamane Niang a conçu avec son équipe une politique de formation des techniciens et de détection de jeunes talents dénommée conférence ! Les conférences sont annuellement organisées dans toutes les régions et de façon tournante entre les villes. L’objectif a été vite atteint parce que ces conférences ont suscité et suscitent toujours un grand engouement autour de la balle au panier. Cet engouement est aussi à la base de la multiplication des centres de basket-ball dans le District de Bamako et un peu partout dans le pays», reconnaît un responsable fédéral qui n’a pas souhaité être nommé.

«Après le sacre des Aigles Dames en 2007 à Dakar, feu Amadou Toumani Touré s’est beaucoup investi dans la promotion du basket-ball. Grâce à sa politique d’infrastructures sportives de proximité, les quartiers de Bamako ainsi que de nombreuses villes à l’intérieur du pays ont bénéficié de terrains praticables et surtout éclairés.

Cela a eu un impact positif sur la formation puisque les enfants avaient maintenant le temps d’aller à l’école et de venir s’entraîner ensuite. Ce qui a encouragé de nombreux parents à laisser leurs enfants fréquenter les centres. Sans compter que, pendant sa présidence, ATT n’a jamais lésiné sur les moyens pour récompenser les meilleures performances sportives. Cela a été une grande motivation pour les sportifs qui se surpassaient pour être reçus à Koulouba et être récompensés», a-t-il ajouté.

SENIORS À LA PEINE, SURTOUT LES MESSIEURS-Malheureusement, ces brillantes performances ne semblent pas encore impacter positivement les seniors. Chez les dames, le Mali a remporté le trophée de l’Afrobasket 2007 à Dakar (Sénégal) et celui des Jeux africains «Brazzaville 2015» (Congo) et vient de se hisser sur la deuxième marche de l’Afrobasket féminin, Cameroun 2021 (17-26 septembreà Yaoundé).

Mais, aucun titre digne de ce nom ne figure pour le moment au palmarès des hommes. «Les seniors sont coachés par des managers qui leur imposent des conditions de participation en Équipe nationale. Leurs exigences financières sont énormes. Et même si l’état et la FMBB font de leur mieux, certains ne sont pas souvent disponibles et d’autres exigent le paiement d’arriérés de primes. Ce qui n’est pas toujours facile au niveau du ministère des Finances… Seul l’esprit de patriotisme pourrait les guider par rapport à la question des primes impayées», souligne Mme Diénébou Sanogo.

«Vous savez que dans nos états, les sélections nationales reposent essentiellement sur le budget national. Et surtout qu’au Mali nous n’avons pas d’équipementiers ou de gros sponsors. Tout repose sur l’état et la fédération souvent soutenus par le Comité national olympique et sportif (CNOS-Mali)… Il ne faut pas se voiler la face, il n’y a pas de sport d’élite performant sans moyens financiers conséquents», conclut Djénébou Sanogo, élue en juillet 2021 Coordinatrice internationale du Groupe de travail de la Conférence des ministres de la jeunesse et des sports de la Francophonie (CONFEJES) pour la promotion et la participation des femmes et des jeunes filles aux activités de jeunesse, de sports et de loisir (GTCF).

«Cette question d’arriérés de primes est un épine dans le pied de presque toutes les fédérations sportives nationales.

Elle est en train d’hypothéquer les efforts consentis à différents niveaux pour la performance du sport malien», souligne Kader Toé, consultant indépendant et spécialisé dans le management des organisations sportives. Il est vrai que de nombreux ténors ont décliné l’invitation à défendre les couleurs du Mali à l’Afrobasket féminin 2021 au Cameroun. «Cela fait deux ans que nous attendons nos primes de Dakar 2019. Deux ans qu’on nous ballade», a déclaré Touty Gandéga sur les réseaux sociaux pour justifier son absence. «On mouille le maillot, on joue pour la nation avec fierté. Mais, quand je vois la manière dont on nous remercie, j’ai mal», a-t-elle ajouté.

Il faut aussi rappeler qu’à cause du même problème d’arriérés de primes, beaucoup de cadres de la sélection nationale masculine avaient boudé l’Afrobasket «Rwanda 2021» (du 24 août au 5 septembre 2021 à Kigali). Avec trois défaites en autant de sorties, le Mali n’avait pas franchi le premier tour.

Heureusement que le coach Joaquín Brizuela Carrión a su créer une parfaite symbiose entre les anciennes joueuses et la nouvelle génération pour permettre à la sélection profondément rajeunie de tirer son épingle du jeu à Yaoundé. Et selon de nombreux observateurs, le Mali a un potentiel énorme chez les filles avec notamment les U19 considérées comme la meilleure génération du pays, voire du continent africain.

Ce groupe récemment classé 4è mondial en Hongrie pourrait sans aucun doute présenter une autre belle génération à la prochaine Coupe du monde U19 filles en 2023 et permettre plus tard au pays de rêver d’une seconde consécration continentale chez les seniors filles.

Source: L’Essor